Cinéma Ecolo Ciné-Jardins : l’ode au passé

Les jardins partagés sont désormais bien installés à Paris (surtout dans l’est). On en trouve également dans la petite couronne et dans le reste de l’Île de France.

IMAG1022Jardin partagé Pommier des Amandiers – Paris 20ème. Crédit Photo : Moi même.

Au départ, cela partait d’un aspect pragmatique (retrouver un lien avec la nature, agir contre le changement climatique, améliorer le cadre de vie et le lien social, s’éduquer à l’alimentation et à l’agriculture…), puis on passe désormais à une dimension culturelle/idéologique. C’est à dire que ces jardins vont constituer des lieux alternatifs pour le débat et la politique.

IMAG1259Le bois-Dormoy, jardin-forêt partagé rendu célèbre pour son accueil des migrants de la Chapelle – Paris 18ème – Crédit Photo : Moi-même

Le mien n’en est pas là et on a pas prévu de local associatif, mais la plupart des jardins partagés du 20ème, 19ème et 18ème ont au moins un espace de convivialité (bibliothèque, salle de lecture de débats ou des projections de films) laissant la possibilité d’effectuer des activités d’éducation populaire, des ateliers pédagogiques ou…plus orientés. Il va de soi que vu la portée souvent très militante et politisée des fondateurs de ces projets (il ne faut pas se leurrer, cela vient rarement des habitants eux mêmes, ils approuvent ensuite au niveau du conseil de quartier).

IMAG1106 (2)Jardin Partagé « 56 » Saint-Blaise, local et panneaux solaires – Paris 20ème – Crédit Photo : Moi-même

Ces débats se tournent alors vers l’écologie, ce qui est logique, mais laquelle? Si des documentaires sont à la fois intéressants et ludiques (accessibles aux enfants) pour favoriser le lien social et l’éducation, tout dépend finalement du choix de ces films! Et malheureusement ce choix peut refléter parfois les propres préjugés, visions et opinions des organisateurs de ces initiatives.

En outre, en matière de documentaire sur l’environnement, on a souvent le droit aux pires caricatures : reportages biaisés, manipulations des images, sélection des cas particuliers et de témoignages voire leur déformation, contre-vérités, faits et consensus scientifiques non mentionnés et j’en passe…

Des exemples? L’ineffable Marie-Monique Robin ; elle avait  pourtant été épinglée pour son premier film inventé (ou plutôt fantasmé) de toute pièce : « voleur de yeux » ou sa sensibilité pour le paranormal… Mais non, les médias dont les chaînes publiques et le service public lui servent les prime-time sur un plateau : le complotisme sous la forme documentaire via Le Monde Selon Monsanto, le biais de confirmation sous la forme des Moissons du futur. Chaque film est repris en livre, c’est un business juteux…

Si ce sont des enjeux fondamentaux de notre société, pour vivre sur terre tout simplement en bonne santé et en équilibre avec notre écosystème, il n’empêche qu’on ne peut pas utiliser l’écologie pour propager des mensonges, des documentaires caricaturaux, farfelus, ou qui relèvent tout simplement de la théorie du complot sans aucun esprit critique. Des débats sont organisés à la suite, mais comment débattre d’un sujet en n’ayant pas les mêmes éléments et des faits fondés de façon à l’aborder sous un angle plus politique (choix de société et des solutions proposées?)? C’est bien cette approche que je défends dans ce blog et au travers de chaque article : d’abord les faits puis ensuite réflexion et débat sur l’intégration de ces éléments dans des politiques économiques et sociales pour l’écologie.


Ce festival des Ciné-Jardin est donc organisé par l’association la Fabrique Documentaire et elle vous invite à découvrir cette année jusqu’au 26 septembre des films sur le thème de l’écologie, l’occasion de réfléchir à cette notion ou du moins ce qu’une vision urbaine peut en faire…

Venez visiter dans le même temps les jardins partagés, du 19ème, 18ème, 20ème, Saint-Ouen et Aubervilliers, ce sera au moins l’occasion de voir la mise en œuvre de la nature en ville et respirer un peu.

Parce que pour le reste…c’est bien ce que je craignais, vu le programme, les films et thèmes choisis respirent toute la caricature d’une certaine écologie populiste et réactionnaire instillée dans notre société postmoderne.

Je reviendrai ici bien entendu sur les films en eux-même. Vu le premier film du 26 juin sur l’agriculture qui argumente à à coup de Marc Dufumier (bon prof honoraire à l’Agro je l’aime bien aussi) et de Claude Bourguignon (là un peu plus problématique vu qu’il défend l’enseignement de la biodynamie), je pars déjà avec un préjugé (vision passéiste du tout bio qui est impossible à généraliser, attention je ne parle pas de « l’agro-écologie »). Mais de toute façon les autres films sont sur l’environnement en général et non plus sur l’agriculture, ça évitera des débats houleux à la fin du film :D.

Le Programme :

Samedi 29 août, Jardin-Refuge Urbain 20ème, le garçon et le Monde : un voyage fantastique, lyrique et onirique à travers un monde dominé par des animaux-machines et des êtres fantastiques. Il soulève les enjeux écologiques de notre monde moderne… On insiste bien sur le moderne et je parie que ça va parler de technologie.

IMAG1111Jardin sur le toit de la rue des Haies – Paris 20ème – Crédit Photo : moi-même

Vendredi 4 septembre, Jardin sur le toit  20e, Bidonvilles, Architectures de la ville future : Au cœur des mondes marginaux que sont les bidonvilles et squats de la planète, des individus s’approprient, érigent et animent une cité à leur image. Le film est un voyage humain et esthétique à travers les continents : à Mumbai en Inde dans le plus gros bidonville d’Asie ; à Rabat au Maroc sur d’anciennes terres agricoles ; à Lakewood au New Jersey dans un tent city ; à Marseille en France dans un quartier de caravanes ; et à Kitcisakik au Québec dans une communauté amérindienne. La bande annonce est ahurissante, c’est un hymne aux Bidonvilles? Le logement du futur? On remarquera que le Film sera présenté sur un équipement public (un gymnase), au milieu de logements sociaux et d’appartements confortables… En fait, au festival de Belleville, j’avais déjà entendu un journaliste vanter les bienfaits des bidonvilles au Moyen-âge (c’est une forme de réappropriation citoyenne de l’espace sans permis de construire, époque merveilleuse non? ). Dans des cas comme ça, on se rend compte que la vulgate postmoderne est compatible avec les pires régressions sociales et communautaires, comme s’ils avaient le choix (les riches  par contre vivent très bien) . Où est l’écologie là dedans? Dans les problèmes sanitaires? Les rats? Les déjections et pollution des sols et de l’eau dans les pays en développement?  Même France ont ils déjà vu des feux de ferraille dans les camps des Roms avec asthmes et fumées toxiques à volonté pour les voisins et surtout pour eux-mêmes ?

Les autres documentaires sont plus classiques et de bonnes intentions pour nous faire découvrir les merveilles écologiques de notre planète. On retrouve cependant encore un documentaire du même style sur le recyclage des déchets dans les Favelas du Brésil... Donc le recyclage est mis en avant comme pierre angulaire de l’écologie (en fait c’est une conception libérale de l’écologie, on le verra), mais dans un contexte où on ne peut pas faire autrement?

En fin de compte, plus on avance, plus en fait tous ces documentaires sont orientés décroissance et écologie profonde, où il se dessine un hymne à la pauvreté et aux communautés autarciques. Le spectateur intéressé n’aura droit à aucun documentaire généraliste présentant les enjeux de notre monde pour les années à venir (défi démographique, changement climatique en agriculture, avec l’urbanisation) et les solutions possibles (car elles sont multiples) dans l’état des connaissances actuelles. Seuls des documentaires sur des sujets particuliers, minoritaires pour Bobos-bio urbains , à la limite de l’indécence, seront visionnés.

Que voit-on ensuite?

Vendredi 25 septembre, Jardins du Ruisseau 18e Cowspiracy: the Sustainability Secret : « Quelle est l’activité humaine qui a le plus d’impact sur l’environnement ? Ce ne sont pas les transports, pas l’industrie… Mais l’élevage industriel. C’est l’idée choc avancée par le documentaire Cowspiracy : The sustainability secret La conspiration des vaches »). [Ce] documentaire enquête sur le silence qui pèse sur l’élevage industriel. (…) Pourquoi les grandes ONG écologiques le ménagent-elles autant ? » (Reporterre). Le titre veut déjà tout dire, le complotisme est presque dévoilé. On nous cache tout! Mais au fait qui a dit que c’était secret (FAO)? Surtout que ça a autant d’impact que les transports (14,5%), mais plus non. C’est vraiment du n’importe quoi…

Le meilleur pour la fin  et une bonne dose rire pour tout sceptique scientifique : Samedi 26 septembre, Jardins de Guinot (Saint-Ouen), Climatosceptiques : 4500 articles de scientifiques reconnus valident la réalité des changements climatiques, 23 articles la nient. Pourtant, 48% des Américains et un tiers des Français persistent à douter de l’existence du réchauffement climatique… Comment les climato-sceptiques ont-ils fait pour kidnapper les cerveaux de 48% des Américains ou d’un tiers des Français ? Tiens, celle là je l’avais encore jamais entendu, les climato-sceptiques ont donc une voix dans le monde? Si les Etats-Unis cela peut être le cas du coté de la droite, il semble qu’au contraire les climato-sceptiques soient minoritaires au vu des sommets organisés (avec succès ou non ce n’est pas le problème) sur le Climat, sans compter qu’on nous parle sans cesse de changement climatique… Mais non, le plus drôle c’est qu’ils ressortent la notion de Consensus Scientifique en citant (waou) le nombre exact d’études sur ce sujet. Je ne préjuge pas du public, mais pour les organisateurs? Je serais curieux de savoir ce qu’ils pensent des OGms (2000 études positives, avis positif de toutes les agences sanitaires du monde entier, des Instituts scientifiques prestigieux etc contre un faible nombre d’études non reproductibles, fantaisistes ou médiatiques), des vaccins (99,9% sûrs), des ondes électromagnétiques (266 études, 85 négatives mais pas reproductibles ou biaisées) etc… J’arrête, je ne voudrais pas laisser penser que les organisateurs de ce joli projet soient des adeptes de Steiner et de l’écologie spirituelle et naturaliste…

Sur ce, bon visionnage quand même si vous y allez et à moi aussi!

 

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A propos Thiloup

Ingénieur agronome urbain, j'ai été plongé dans le bain de la campagne et du jardinage dès mon plus jeune âge dans le Limousin. Critique par rapport aux croyances de notre temps, j'essaye d'analyser des sujets de société relatif aux sciences du vivant en justifiant au mieux mes affirmations.
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