Reportage Festival Cité-Jardins (1) : Le garçon et le Monde

Précédemment j’avais écris sur l’émergence d’un ciné en plein air porté écologie et qui a lieu dans les jardins partagés du Grand Est de Paris. Je me suis rendu à la première séance où le film brésilien le garçon et le monde était projeté. Elle avait lieu dans le quartier Python-Duvernois aux portes du 20ème de Paris (Porte de Bagnolet).

Dans cette cité très enclavée à Paris, presque anachronique (carré de barres HLM avec ouverture dans un mur…), la présence de végétaux est rare. Le stade de la porte de Bagnolet jouxte l’édifice (souvenirs de lycée…), c’est la seule ouverture face aux barres imposantes et verticales qui entourent une grande esplanade minérale. La population, majoritairement originaire d’Afrique subsaharienne, n’a pas vraiment le droit à la mixité sociale (qui n’existe pas), les jeunes dealent un peu en bas. Parfois la présence de consommateurs de drogues peut être dérangeante pour les habitants…

Il y a également un problème de déchets car les habitants ont la fâcheuse habitude de jeter leurs déchets par la fenêtre (c’est pareil dans mon quartier au passage). Cela a donné des idées à une association écologique pour améliorer le cadre de vie. Je précise que ces propos se basent sur mes observations et mes discussions avec les responsables de l’association dont la responsable habite à proximité.

L’association Multicolors œuvre dans nombre de quartiers sensibles dont celui-ci, en collaboration avec le centre social de la cité, elle a construit un espace végétalisé au cœur de l’esplanade. Il s’agit d’un jardin partagé à but uniquement éducatif et pédagogique, la partie jardinage est de toute façon assez petite et fait office surtout d’espace végétalisé pour les habitants.

IMAG1309Jardin éducatif de la cité Python-Duvernois – Paris 20ème

Le local poubelle a été transformé en local de l’association (bon j’avoue ça doit pas aider pour les déchets) qui assure une permanence en organisant des activités de jardinage pour apprendre aux enfants les bases du respect de la nature et des plantes cultivées. Elle offre ainsi une éducation à l’environnement avec une approche assez intégrative (voir plus sur le site, il y a également des activités artistiques).

IMAG1306Local poubelle transformé en local associatif – Python Duvernois – Paris 20ème.

L’écologie a une dimension sociale importante. Avant la séance, un repas collectif est ainsi organisé pour faire connaissance et favoriser le lien social, le film a été choisi en fonction du public de cette association, c’est à dire les enfants du quartier. Rien de tel qu’un repas végétarien savoureux pour délier les langues. J’en apprends plus sur l’identité des visiteurs et les activités de ces associations.

Beaucoup l’ont connu par la publicité de la Mairie, peu sont engagés dans un jardin partagé, mais ils sont intéressés par ce type de projet. Le public est plutôt d’âge moyen (de 30 à 60 ans), principalement des couples avec enfants qui se joignent à ceux du quartier (seul moment de mixité sociale sans doute de leur quotidien d’où l’intérêt d’un tel projet). La fille de la présidente de Multicolors a le même âge que moi (presque 25 ans), nous sommes les seuls jeunes adultes. Le profil des visiteurs et des gérants de l’association est classique dans le milieu de l’écologie urbaine : vêtements amples, pantalons larges en toile pour les hommes et les femmes, cheveux longs, queues de cheval pour les hommes.. Les couples et les familles ont plutôt un style bobo-bio.

Je cherche à savoir les raisons de leurs venues : il en ressort surtout une curiosité et un intérêt pour les jardins partagés. Un visiteur a atterri ici en cherchant des pistes cyclables et des parcours de vélo à Paris… Il me raconte alors sa visite d’une microferme de 4 ha (soit la surface d’une ferme permaculturelle) dans le département du Val-de-Marne. Évidement, le quart seulement est cultivé puisque c’est la surface totale et non la surface « agricole » utile (surface moins les allées, plan d’eau, petits élevages ou poulaillers, pré-bois, différents écosystèmes au choix doivent se compléter au sein de ces microfermes, c’est le principe de l’agro-écologie à la Rahbi ou la permaculture (mais, elle n’est pas considérée comme telle par le milieu scientifique).

Je lui raconte un peu mon parcours, je complète les éléments qu’il a pu observé les cultures sur butte me rappellent étrangement la ferme des Colibris de Rahbi. Je rigole alors en moi-même, vu qu’il s’agit d’une catastrophe agronomique!

Comme je l’avais écris, ce festival est organisé par l’intermédiaire de l’association fabrique documentaire et sa programmation est très discutable… Je veux en savoir plus auprès du gérant. Le thème de 2015 est le climat en vu de la préparation de la COP21 pour sensibiliser les citoyens. Le choix des films a été décidé de façon localiste, c’est à dire qu’ils correspondent au contexte de chaque quartier mais qu’en même temps ils sont basés sur les mêmes thèmes; ils se complètent et « dialoguent ». Le film de ce soir-là est un peu lié au recyclage et donc au contexte précis de la cité Python.

Certains films programmés m’ont intrigué comme celui sur les Bidonvilles (projection vendredi 4 septembre). Je demande à nouveau au gérant si le message est de montrer les bienfaits des bidonvilles. Il me répond que c’est surtout le thème général qui compte vis à vis du rôle de recyclage dans les bidonvilles. J’insiste sur le caractère de pauvreté de ces constructions spontanées, au final il avoue que ce modèle est le futur des villes (ou plutôt le retour au passé?). Mon impression première est donc vérifiée. En effet, l’empreinte écologique des bidonvilles serait faible car les habitants utilisent de manière spontanée (réappropriation de leur espace) des matériaux et des déchets recyclés.

Ceci est un peu absurde, c’est donc réellement une vision décroissante de la société où le repli autarcique dans son espace, dans sa communauté ou sa ville serait conçue de façon spontanée, démocratique et écologique par l’initiative de ses habitants, mais ont ils le choix? D’autant plus que la notion d’empreinte écologique est controversée et ses critères ne sont pas liées au recyclage (qui peut avoir des inconvénients). Les habitants ont aussi besoin de se chauffer (et généralement cela participe à la déforestation de nombreux pays du Sud dans ce cas). Nous y reviendrons lors de sa diffusion…

Bref, un peu étonné, il se met à parler spontanément du film sur l’agriculture « Le temps des grâces ». On peut voir dans ce film, entre autres, Marc Dufumier  : agronome et théoricien du tout-bio (voir ses livres), Claude et Lydia Bourguignon les agronomes chantres de la vie des sols (vrai pour le coup, mais il ne sont pas les seuls à le dire et ils ne publient plus depuis 25 ans…). En fin compte, dans ces films c’est l’image qui compte pour le public, ajoute-t-il : « un agriculteur à la retraite dit ce champs de mais jaune c’est un désert ». Il n’est pas tout simplement mûr?  » On voit Bourguignon qui prend une poignée de terre, c’est vivant! ». Oui et après?

Je lui rétorque que Bourguignon est assez controversé, qu’il n’est pas forcément rigoureux dans ses conférences. La portée de l’image est-ce suffisant?  C’est surtout sensationnel et incite à l’émotion plutôt que la raison, une éducation doit apprendre et faire réfléchir… Il finit par me dire qu’il a privilégié le coté artistique plutôt que scientifique… Tout est dit. Comme si le public ne pouvait pas penser d’une façon rationnelle, sans besoin de complexité d’ailleurs! D’autant plus que ce festival documentaire privilégie les quartiers populaires et que ces populations ont aussi le droit d’accéder à ces connaissances. Enfin, vu le niveau et la connaissance du sujet chez les bobos-bios, c’est peut être le seul domaine égalitaire de ce point de vue…


Les films commencent, d’abord un court-métrage qui est sensé avoir un lien avec le film, vu la présence d’enfants, ce sont des films d’animation qui ont été choisis.

Source : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19547531&cfilm=227624.html

La première séquence de 3-4 minutes explique sur quoi une plante pousse : donc le sol, assez pédagogique mais il manque une partie (la naissance d’une nouvelle plante). C’est un bon moyen d’expliquer l’intérêt de la fertilité du sol et de la préserver. Ça fait penser à l’agriculture de conservation!

Ensuite vient le film : il s’agit d’un enfant à la recherche de son père, parti travailler un matin. Il traverse le pays et se rend compte de beaucoup de destruction : humaine et de l’environnement. L’organisateur du festival me dit à la fin qu’il voit le rapport de production/destruction et son père/les hommes détruisent plus ce qu’ils produisent.  On remarque que le film est financé par PétroBras, impliqué dans une affaire de corruption avec le gouvernement. Vu la déforestation, les déchets et la pollution présents dans le film, il lui est complètement défavorable, mais c’est peut être du Greenwashing ou du BlueWashing?

On perçoit dans le film les champs de coton en monoculture (encore que le soja y est plus connu), sur des dizaines de kilomètres avec des remorques (la fameuse vraie agriculture industrielle). Les ouvriers présentés sont fatigués, exploités, malades… Tous sont tristes, ils rentrent dans des amas d’immeubles qu’on devine être des favelas (bidonvilles).

Les seules distractions sont les publicités, la télévision abrutissante avec des émissions débiles, les objets de consommation… Il y a aussi des moments de joie et de culture (carnaval, fanfares) pour combler cette vie triste.

Si le tout marchand doit être dénoncé, cette focalisation uniquement sur le coté matériel et la production fait penser à la phobie des objets dans certains médias décroissants. Le remplacement des ouvriers par des machines fait songer également à la critique de la technique (Luddites avant la révolution industrielles), argument central de la décroissance également. En fait, c’est assez simpliste car en fait la technique a crée plus d’emplois qu’elle en a détruit.

En bref, si des clins d’œil sont relatifs aux problèmes spécifiques du Brésil : déforestation, croissance rapide et urbanisation, déchets, pauvreté, corruption. Ce film a une portée assez décroissante et n’est pas forcément le meilleur exemple d’éducation à l’écologie c’est à dire en disant que ce développement apporte aussi en terme de réduction de la pauvreté extrême (et donc  ce qui peut favoriser l’écologie à coté en ralentissant la déforestation et a production de déchets néfastes).

C’est néanmoins un très beau film d’animation.

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A propos Thiloup

Ingénieur agronome urbain, j'ai été plongé dans le bain de la campagne et du jardinage dès mon plus jeune âge dans le Limousin. Critique par rapport aux croyances de notre temps, j'essaye d'analyser des sujets de société relatif aux sciences du vivant en justifiant au mieux mes affirmations. Il y a aura peut être un peu de politique aussi sur ce blog et donc vous pourrez voir aisément les articles en ce sens pour les différencier des articles de fond sur un sujet.
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