Tempête au HCB Saison 2 : hystérie ou craintes justifiées?

HCB : Haut-Conseil des Biotechnologies

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Riz génétiquement modifié pour combler des carences en fer et en zinc. Source : http://ricetoday.irri.org/genetically-engineered-rice-with-high-levels-of-iron-and-zinc-is-developed

Les organismes génétiquement modifiés reviennent sur la table des gouvernements grâce à l’évaluation des New Breeding Techniques. Ces 8 nouvelles technologies de modifications génétiques (telles que CRISPR cas9 qui a pu soigner un bébé atteint de leucémie) vont apporter de nouvelles possibilités pour l’amélioration des plantes et signent la fin des « OGM » de première génération. L’enjeu est de taille : inclure ou non ces techniques dans l’actuelle directive sur les OGMs (qui inclut la transgénèse donnant les fameuses variétés transgéniques Maïs ou soja) décidera de leur avenir en Europe, et donc de l’avenir des biotechnologies végétales, de la recherche européenne en la matière et de ses entreprises! La commission européenne doit statuer via son groupe de travail en mars, et le HCB doit fournir un avis d’ici le mois de mai pour le gouvernement.

Un conseil de la discorde

Rappelons que le Haut-Conseil des Biotechnologies est une institution bicéphale créée à la suite du Grenelle de l’environnement en 2008 incluant un comité scientifique et un comité d’éthique (CEES). Or c’est l’organisation et la composition de ce dernier qui fait polémique : il est une sorte de forum des lobbies dont certains sociologues postmodernes pensent qu’il représente le mieux la « société civile » (relativisme et addition des opinions comme se valant toutes). Il met ainsi face à face  industriels de l’agroalimentaire et des biotechnologies, syndicats d’agriculteurs, représentants des politiques, associations de consommateurs et des familles, les apiculteurs et les représentants de l’agriculture biologique et les associations écologistes (dont certaines très radicales comme les Amis de la Terre ou bien des faucheurs volontaires!) pour aboutir à des synthèses controversées et générant des tensions au sein même du comité. Dans ces conditions, ce « false balance » se résume plutôt à la foire d’empoigne. Bien que le CEES n’émet que des recommandations liées au cadre juridique, sociétal et réglementaire, elles servent allégrement à brouiller le message de l’avis du conseil scientifique auprès des politiques qui en profitent pour ne pas prendre leurs responsabilités sur le sujet majeur des PGMs.

Scènes de ménage

Pourquoi une saison 2? Parce que le HCB c’est un peu comme Plus Belle la vie, c’est une véritable cacophonie. Il y a eu déjà une saison 1 en 2012 lors de la démission fracassante de la moitié du Comité économique éthique et social suite à de profondes divergences entre ses membres. Et pas des moindres : la représentante de la CFDT (sensée défendre l’outil de travail des chercheurs : les tests en champs) avait vivement critiqué le fonctionnement du CEES et le fait que des membres aient publiquement soutenu le fauchage des vignes de Colmar (au détriment des salariés qu’elle défend!).

Fallait-il donc que ça recommence  pour le  sujet des NBT? Mais n’est-ce pas le but finalement?

Que s’est-il donc passé cette fois-ci? Les questions de génie génétique n’intéressant pas les médias généralistes français (qui à mon sens relayent une désinformation assez surprenante sur ce sujet), aucun ne l’a abordé. Il faut alors consulter les médias écologistes et la sphère militante pour être au courant  du drame de début février :  la démission cette fois-ci d’un membre du comité scientifique suite à la publication d’une première synthèse de travail sur les NBT. Celle-ci doit constituer la matrice du prochain avis du HCB et est une ébauche : « un brouillon ». Évidemment, les médias militants comme Reporterre ont publié la tribune des membres du CEES (voix de la Confédération Paysanne et du Réseau semences paysannes) qui au passage critiquent abondamment un comité dont ils font partie. N’y t-il pas un manque de déontologie?  On retiendra également l’épouvantail du brevetage du vivant qui n’est absolument pas spécifique aux OGms, mais bien à toutes les variétés. Comme un mauvais remake, les 7 associations représentantes de l’écologie politique ont suspendu leur participation, histoire de faire pression sur le bureau ?

Le site d’information de « veille citoyenne » sur les OGMs : Inf’OGM (financé notamment par la Fondation pour le progrès de l’homme) décrit suffisamment la situation. On rappelle que sous des airs de neutralité (centraliser toutes les infos sur les OGms sans prendre parti) ce site passe à son temps à écrire des articles philosophiques et métaphysiques anxiogènes à souhait.

Exploitation de la démission d’un chercheur, pourtant dans son rôle…de scientifique!

Le scientifique Yves Bertheau directeur de recherche de l’INRA, plutôt spécialiste de la traçabilité des OGms et de leur détection n’est a priori pas opposé aux PGMs : lors du débat en 2008 sur la coexistence entre OGMs et non-OGms, il soulignait à juste titre les mesures de précaution à prendre (décalage du semis, barrières pour éviter la dissémination, zones refuges  pour la gestion des résistances) et qui peuvent être négligées par les semenciers. Il demandait alors que le haut-conseil des biotechnologies soit le garant public de cette gouvernance à la française pour un bon usage de cette technologie. Or c’est le refus catégorique de la coexistence  par les associations écologistes membres du CEES qui avait démarré le premier conflit.

Selon les associations, Yves Bertheau aurait démissionné car le HCB aurait censuré sa position divergente au sein du CS dans le premier compte rendu des NBT . Et il aurait pointé  « « les effets non-intentionnels » et potentiellement dangereux des NBT ». Diable, un effet non-intentionnel devient dangereux dans la traduction de Reporterre! Ah que n’a t-il pas dit là! Un mot suffit pour ces mouvements à condamner un problème complexe.

Si on met de côté la rhétorique de la censure pour avis divergent (voir à ce sujet que ça se passe rarement ainsi en science), vu la position précédente de Mr Bertheau, on peut douter qu’il ait vraiment dit cela.

Info’Ogm étant assez transparent (ce qui ne l’empêche pas de philosopher sans contextualiser), la publication de sa lettre envoyée à la présidente du HCB Christine Noiville éclaire pas mal de choses. Et là les raisons sont toutes autres! On observe surtout une cacophonie au niveau du règlement intérieur, des règles de discussion et de la méthode de travail employée (une note de synthèse qui n’existe pas légalement) : de la forme donc!  Quant à l’avis scientifique divergent sur les effets « indésirables »? :

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Les effets non intentionnels prennent tout un autre sens insérés dans cette phrase…Mais un dossier scientifique de cet ampleur doit être exhaustif et la science doit dire tout ce qui se sait, il a donc raison.

Une position plutôt humble et scientifique donc. Rien d’alarmant de ce coté, n’est ce pas plutôt un problème d’organisation et de pression sociétale/gouvernementale auquel les membres du CEES participent allégrement (voir la saison 1)? Un vrai travail scientifique exhaustif semble donc difficile à mettre en place dans ces conditions. Cependant, à entendre certaines associations et militants écologistes anti-Ogms : les défenseurs des ogms auraient dit qu’il n’y a aucun risques ni effets indésirables. C’est bien évidemment faux (là encore pour toutes variétés par définition, les mécanismes ne vont pas changer par le transfert d’un gène!) et cela relève de la technique de l’épouvantail! Simplement un danger n’est pas un risque (lié à la densité et à l’exposition chronique). Et pour le coup, les risques se maîtrisent et on connaît les techniques de surveillance et de contrôle (ce que les anti-OGms nient parfaitement). Au passage, on a la même chose entre un champ bio et non-bio car les variétés ne répondent pas aux même critères. C’est un faux problème.

Un travail sous pression politique qui ne permet pas d’être exhaustif et rigoureux

La suite est aussi flagrante : il commente une  réponse à sa position qui a bien été discutée en séance malgré le fait que le règlement intérieur n’avait été pas respecté quand il l’a demandé. On repassera pour la censure!

Là encore il reproche à ses collègues le fait que « les effets « hors-cibles » ne sont pas un problème car les techniques s’améliore et qu’on peut le contrôler ». Cest vrai en principe et c’est aussi un sophisme effectivement. Mais quel est le but du HCB? Pour rappel, les scientifiques ont chacun une spécialité en biologie liée à la question multidisciplinaire des OGMs, mais ils n’ont pas forcément publié sur les variétés concernées (Bt, tolérance au Round-up ready, variétés biofortifiées reposant sur les nouvelles techniques), ils ne font que compiler les données existantes . Et elles sont rassurantes. Il reproche donc encore un manque de forme, qu’il  pointe des problèmes ne veut pas dire que c’est majeur. Ici, les scientifiques parlent bien du risque (faible) et ils ne considèrent pas pertinent de l’inclure dans un brouillon. Dans le même temps, on note une pression et des réponses « sous stress » demandées par les conseillers des politiques, il y a fort à parier qu’ils n’ont pas voulu détailler pour éviter de faire peur avec des détails anecdotiques. Et quand on voit comment les associations réagissent avec un mot prononcé, on comprend pourquoi! 

Une autre remarque pointée par les associations écologistes porte sur l’équivalence en substance.C’est une veille marotte qui ne repose sur rien car il s’agit  d’une méthodologie validée au niveau mondial. Il est impossible de distinguer un variété transgénique d’une variété non-transgénique sans détecter spécifiquement l’ADN inséré. La transgénèse en effet introduit un, deux ou un tout petit nombre de gènes nouveaux qui ne codent qu’un petit nombre de caractères. Une sélection traditionnelle transfère tout le génome aboutissant à de nombreuses modifications! On peut juger sur ce point ce qui en probabilité est le plus dangereux… En plus, la réglementation européenne OGM oblige à une véritable évaluation (génétique, biochimique) de la plante modifiée pour conclure à son équivalence. Les tests de toxicologie sur l’animal ne sont d’ailleurs pas obligatoires. Le cadre réglementaire est ainsi critiqué et des experts plaident pour une approche au cas par cas en jugeant le produit. Les techniques elles mêmes ne pourront plus être détectables par une analyse moléculaire ce qui rend la législation obsolète.

Yves Bertheau aborde ces exemples dans sa lettre mais sans plus de précisions (ni de sources), pas de quoi en faire une preuve scientifique! La mutation ciblée ne suffit pas effectivement à montrer l’équivalence. Sauf que comme dit précédemment ce n’est pas le cas non plus pour les variétés conventionnelles! N’est ce pas un épouvantail?

En fin de compte, il continue de reprocher dans la suite des vices de forme, des cacophonies, des manques de communication. Plus qu’une expertise scientifique sur les OGms, c’est surtout une bonne analyse du délabrement des pouvoirs publics…

Cependant, après avoir critiqué à juste titre l’avis hors-compétence sur l’aspect réglementaire de ses collègues, on peut s’étonner de trouver à la suite de ses remarques sur les risques : « Je ne pense pas qu’on puisse se passer d’une période de probation d’au moins 10 ans de ces techniques (donc avec des dossiers d’évaluation complets) jusqu’à ce qu’on soit sûr qu’elles sont précises, bien maîtrisées et les effets hors-cibles effectivement recherchés de manière efficace » Plus loin, il parlera de « spécificité parfaite » (ça existe?).

Quel rigueur … et quel effet d’aubaine pour les contempteurs du génie génétique! Les mêmes qui demandent des certitudes indéboulonnables sur l’impact des OGms. Alors que personne n’a dit qu’il y avait pas d’incertitudes! Ils demanderont toujours plus d’études, le sophisme du déplacement des goals est utilisé à l’infini.  Or en science on ne peut pas démontrer une inexistence car on ne peut tester que des hypothèses réfutables. Il y a toujours un risque et le but est de le minimiser par sa maîtrise. Le but est bien de ne jamais autoriser le test des PGMs car le principe de précaution sera caricaturé en inaction.

Et surtout étonnant de sa part, puisque quelques lignes plus haut il dit que l’aspect réglementaire n’est pas un aspect scientifique! Contradiction ou zèle invétéré ? D’ailleurs sur le fond, sait-il que la législation actuelle est trop contraignante pour les petites entreprises, que seules des multinationales (au hasard Monsanto…) peuvent se permettre de payer les tests d’évaluation demandées par la directive OGM ? Et qu’elles ne sont pas justifiées scientifiquement parce qu’on ne le fait pas pour toutes les autres variétés conventionnelles? Ce genre d’argument théoriquement recevable est bien hors de ses compétence car la réalité économique n’est pas compatible avec cela quand on a déjà une concurrence avec les entreprises américaines. Et sa remarque plus loin sur les coûts forcément réduits de façon intentionnelle par ces entreprises capitalistes témoigne d’une certaine méconnaissance de la notion du coût de production…

On lui renvoie donc son argument, si les autres n’ont pas à donner leur avis sur la réglementation (rôle du législateur et du juriste), lui non plus.

Des effets indésirables oui… Mais la science ne peut pas démontrer une absence totale de risques

Dans ce document très long et en fait assez répétitif (ce qui laisse songeur) :« Les progrès toujours en cours prouvent que les techniques ne sont pas encore totalement matures », beau sophisme! Et la voiture? Et le train? L’avion? Les téléphones? Les ordinateurs toujours en évolution? C’est un truisme, aucune technique n’est mature! Pour quelqu’un qui dénonce des sophismes, il en fait aussi un paquet…

« Ce cas particulier d’utilisation d’une technique de transgénèse, temporaire ou stable, ne peut être considéré sans tenir compte des erreurs de manipulation et de possibilités d’échappement dans l’environnement lors de leurs utilisations à l’interface milieu confiné / milieu disséminé, comme par exemple pour des lixiviations ou la détoxification de sols ». On remarquera un drôle de raisonnement par analogie et pas du tout par analyse scientifique. Des bactéries ou des plantes modifiées ne sont souvent pas adaptées à leur environnement et ne vont pas survivre. Les caractères d’amélioration nécessaires pour les besoins humains sont souvent trop gourmands en énergie pour le milieu naturel. Quand par contre il y a des possibilités de croisements avec des espèces sauvages comme le Colza GM, là c’est aussi surveillé et contrôlé (on a aussi des techniques pour limiter la dissémination). Il outrepasse aussi sa compétence également car on ne peut pas tout savoir!  Par ailleurs le CS contient plus d’une quarantaine de membres et le but est bien d’avoir tous les aspects dans les sous spécialités de la biologie pour réfléchir sur  cette question scientifique. Beaucoup de bruit pour rien après un avis contraire sur quarante membres…
Un consensus n’est pas non plus l’unanimité et on ne doit pas l’attendre! L’avis divergent vu par les écologistes est ainsi de nature relativiste : les avis scientifiques sont vus comme des opinions et il suffit d’une divergence pour faire croire qu’il n’y a pas de vérité. L’erreur est humaine, mais la probabilité que plusieurs milliers de scientifiques se trompent sur cette question (les OGms sont les plus étudiés au monde) est faible (pas nulle). 

Les effets indésirables sont évidemment réels et ne diffèrent en fait pas des autres variétés et les moyens de contrôle existent. En tant que scientifique (on dit ce que l’on sait), il est normal que Yves Bertheau les rappelle pour maîtriser les risques. Au passage, le consensus est bien clair : les variétés transgéniques (et celles des NBT rappelées dans la première « note » du HCB) sont aussi voire plus sûres que leurs homologues non modifiées. Enfin, les impacts environnementaux dépendent essentiellement de la gestion agronomique (pesticides et résistance commune à tous les systèmes de production!). A nous de faire des variétés « socialement » utiles avec les bons critères les plus écologiques possibles, mais ce n’est pas une question de « modification du vivant ».

Sa lettre est finalement une longue dissertation sur les risques probables d’une autorisation dérégulée. Des banalités sont avancées sur les enjeux financiers (oui), les négligences (oui), les éventuels effets épigénétiques (sérieusement et pour tous les transposons/ ARN interférents des variétés actuelles? Et les produits carnés?), les profits à court terme des semenciers (oui). Et alors? Est ce une raison pour ne pas les tester en champ dans le but d’avoir une évaluation des risques et de leur utilité?  Évidemment qu’il faut penser à tout ça, mais c’est un problème de gouvernance et de politique et pas de science. L’incertitude existe pour tous les domaines et elle subsiste toujours, ça n’empêche pas d’avancer et de développer des techniques qui fonctionnent. La réglementation impose ces suivis post-commercialisation mais elle n’est plus adaptée à l’évolution de la science. Alors pourquoi ne pas en faire une nouvelle moins contraignante et incluant cette gouvernance et ce contrôle?

En critiquant ses collègues de façon exagérée alors que lui-même s’attarde sur des détails hors de sa compétence, des banalités (oui on ne peut pas prouver l’innocuité à 100% d’un produit, c’est IMPOSSIBLE),  il outrepasse finalement lui aussi les conditions pour lequel il a été mandaté. L’échange des courriers montre qu’il n’a jamais été censuré et que la discussion a eu lieu, mais que le règlement et l’organisation est médiocre. Ajoutez cela au vu de la teneur du débat des égos bien proportionnés, vous obtenez une controverse en apparence scientifique et qui ne l’est pas. Il semble d’ailleurs regrettable qu’en dépit de ses avis scientifiques, il adhère à l’idéologie postmoderne de la gestion des controverses. Sa conclusion effarante demande un groupe de réflexion contenant uniquement des sociologues, des juristes et des biologistes non utilisateurs de NBT. On est en plein dans la négation de la notion d’expertise scientifique en faisant taire le Comité scientifique.

Conclusion : beaucoup de bruit pour rien

En résumé, non sa divergence principale portait sur la méthode de discussion et la forme du document à présenter aux politiques. Non, il n’a jamais  démissionné à cause  d’une divergence sur les effets dangereux intrinsèques supposés. Ce n’était qu’un prétexte pour pointer l’information incompréhensible sans les bénéfices et les risques destinée aux politiques. Il a pointé en toute rigueur les incertitudes qui existeront toujours, et fait preuve de Zèle sur des recommandations hors de sa compétence. Il souligne aussi l’amateurisme inquiétant d’un Haut-comité sensé aider le politique à décider de l’avenir des biotechnologies végétales en France. Finalement, il semble surtout orienté et semble regretter l’organisation du comité qui répond pourtant à ses critères postmodernes…

Ce sont donc  des conflits internes et des querelles idéologiques sans rapport avec la science,  mais suffisant pour déclencher une tempête … dans un verre d’eau comme le dit la présidente du HCB.

NB : Ce Zèle et l’instrumentalisation de l’incertitude me fait penser à ça :

trustmeImbiologist

Quand on analyse les arguments des anti-OGMs on tombe sur les mêmes procédés que les climatodénialistes.

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Pourquoi les veggies ont raison

plat-végétarien

En théorie oui…et avec tous les arguments rationnels et logiques suite aux nouvelles connaissances scientifiques, tout le reste n’est que sophismes, appels à la nature et autres figures de rhétorique pour se mentir à soi même : c’est la dissonance cognitive. Attention : je ne dis pas qu’il est possible d’arriver à ne plus manger de viande (pour des raisons économiques, culturelles, traditionnelles etc c’est à dire tous les arguments sophistiques), je dis que ce ne sont pas des raisons fondées. Il est évident qu’en démocratie cette  question doit être débattue, mais par le passé des choses autorisées sont devenues immorales et interdites grâce au soulèvement d’une minorité. L’Histoire et le monde évoluent et rien ne peut justifier l’immoralité.

Note : Je voulais écrire un article sur le sujet depuis longtemps et les réseaux sociaux ont beaucoup apporté à renforcer cette réflexion. Cet article résume ainsi les contributions collectives depuis quelques mois que j’ai pu lire via des camarades d’école (on en retrouve pas mal chez les biologistes et agronomes), de mes lectures sur le mouvement de la cause animale, de connaissances rencontrées grâce aux réseaux sociaux, ainsi que des discussions du groupe Zététique qui m’ont apporté beaucoup d’éléments éclairants repris ici. J’ai pu les compléter par une recherche des sources adéquates et apporter des précisions supplémentaires. Merci donc aux biologistes, zootechniciens et zootechniciennes et veggies pour ces apports.

Ce qu’il ne faut pas inventer pour justifier de manger de la viande : on appelle ça une dissonance cognitive, c’est à dire que connaissant les réalités de la souffrance animale lors de la production de viande (pas forcément l’élevage traditionnel), on n’invente toutes les excuses pour se le dissimuler à soi. C’est une hypocrisie morale. Alors que moralement, depuis les découvertes scientifiques en éthologie et en neuropsychologie animale : on sait que les animaux d’élevage (et d’autres dont les primates, les homards, les crabes) sont des êtres sentients . Ce mot est un néologisme et va au-delà de la sensibilité : il caractérise à la fois la sensibilité (les animaux ressentent de l’émotion, de la crainte, de la peur, de la douleur, ils peuvent avoir des émotions négatives et positives), certains sont doués de formes de consciences caractérisant ce qu’on appelle l' »esprit » (et ce n’est pas forcément identique à nous, ce sont des comportements tout aussi complexes!).

Des progrès en élevage…Mais des conditions encore inacceptables pour la filière :

Ce préambule est nécessaire car nul n’est sensé l’ignorer quand il mange des produits animaux : l’élevage en soi peut négliger les besoins et le bien être des animaux. Toutefois, beaucoup de progrès ont eu lieu en Europe (via la mise en place des 5 libertés de l’animal) :

1. libres de soif, de faim et de nourriture impropre ;
2. libres de désagréments corporels et thermiques ;
3. libres de douleurs, de blessures et de maladies ;
4. libres d’angoisse et de stress chronique ;
5. libres de présenter leur comportement naturel.

L’application se décline en une remise aux normes de tous les bâtiments d’élevage, des bonnes pratiques et attribue à la recherche un pan entier d’études. Cet investissement sur les normes (agrandissement des stabulations, volume d’air plus important pour éviter de respirer l’ammoniac de ses excréments, aires de circulation agrandies pour la traite, matelas pour la litière, nourriture et eau suffisante, brosses etc…) a coûté beaucoup d’argent aux éleveurs, c’est même une cause (parmi d’autres) de leur trésorerie négative avec la crise agricole.

Néanmoins, la structure et l’organisation même de l’élevage génèrent encore une souffrance qu’on n’accepterait pas pour des êtres humains (sensibles et sentients au même titre que les animaux). Les végétariens acceptent d’ailleurs certaines souffrances en n’étant pas végétaliens!

Le lait : on sépare le veau de la mère pour l’engraisser en élevage de taurillons (la vache à viande mange avec son petit dans les pâturages), puis on l’abat. Idem pour la mère au bout de 6 ans de cycles gestation-lactation (et moins que ça pour les super-vaches Prim’Holstein) au lieu de 15 ans d’espérance de vie.

-Les oeufs et volaille : quand on renouvelle le cheptel, on élimine les mâles qui ne peuvent pas avoir d’oeufs (sexage des poussins) en les broyant de façon abominable. Parfois dans un élevage de grande dimension il y a débecquage (on leur coupe le bec pour éviter le cannibalisme qui n’est pas un comportement naturel de l’animal). De même pour la ponte en cage et les poules sont abattues au bout de 90 semaines (sur 5-6 ans d’espérance de vie). La sélection génétique vise maintenant les 500 oeufs en 100 semaines… Le taux de mortalité a diminué de moitié depuis 10 ans chez les poules pondeuses (de 6% à 3%), mais il existe. Néanmoins, il existe désormais des techniques génétiques de détection du sexe dans l’œuf ce qui permettrait d’éliminer les embryons avant qu’ils éclosent. Encore faut-il les obliger! Il y a aussi possibilité de sauver les poussins mâles et de les engraisser pour ensuite vendre les poulets, on retombe sur les autres problématiques même si c’est une bonne initiative.

Mais tout ceci correspond aux procédés de transformation et de commercialisation et ne sont pas causés par l’éleveur (à part dans les grands élevages), c’est la filière qui est en cause. Dans l’ensemble, l’élevage a beaucoup progressé sur les 5 libertés. Il reste néanmoins quelques problèmes :

Toutes les vaches ne sont pas dans des élevages herbagers ou au moins avec une possibilité de sortir dans le pré les jours de beau temps. Le transport des animaux surtout s’il est à destination des pays de l’UE ou du moyen-orient peut être terrible

Les porcs sont parfois castrés sans anesthésie et idem pour le transport (circonstances stressantes des camions pour l’abattoir).

Poules : en l’absence de perchoir, leur rythme de jour et de nuit est perturbé. Leur comportement naturel n’est pas de vivre dans le voisinage d’animaux de leurs espèces et il y a une hiérarchie dans un poulailler : elles peuvent être forcées à l’être (surtout dans le cas des grands élevages). Si la litière n’est pas adaptée, elles sont empêchées de prendre un bain de poussière ou de gratter le sol (émotions positives). Un transport dans des caisses à claire-voie avec le risque de fracture d’ailes ou de pattes est terrible.

La sélection génétique qui a eu lieu après la guerre (et avant pour les animaux « domestiques ») peut aussi générer des souffrance physiques via les choix de traits utiles pour l’être humains : problèmes respiratoires et de mobilité via une disproportion entre les chairs et le squelette/appareil respiratoire (chats persans, dindes reproductrices), prédispositions génétiques à des maladies (races de chiens), problèmes reproducteurs (césarienne obligatoire pour les vaches de race blanc bleu belge).

Les nouvelles méthodes de séquençage haut débit et de modifications génétiques vont accélérer cela pour le pire… ou pour le meilleur. Il y a nécessité d’intégrer le bien être animal dans les critères de sélection.

L’émergence d’une conscience animale (résumé de l’interview d’une éthologue à lire pour plus de détails)

La conscience se définit en philosophie comme « la faculté mentale qui permet d’appréhender de façon subjective  sa propre existence (incluant les émotions, les sensations). En neurosciences, elle est en fait une faculté complexe à définir. On peut aussi dire qu’elle se caractérise par une aptitude à s’adapter à des circonstances changeantes. Ainsi l’écologie comportementale et l’éthologie montrent de nombreux exemples d’animaux dans la nature (cerfs, oiseaux, tétras lyre…) qui sont capables d’avoir une compréhension suffisante du monde pour  le manipuler et atteindre leurs propres fins. Les comportements dus à l’instinct et à des processus mécanistes (comme le pensait Descartes) sont en fait l’exception. Des mécanismes d’apprentissage, de mémorisation et d’évaluation d’une situation existent chez les animaux et vont aboutir à une forme de « décision » en fonction de cette évaluation.  Ils rendent ainsi leur vie meilleure en ayant une compréhension minimale du monde. Le langage existe également chez les primates et certains oiseaux (chants qui comportent des phonèmes) pour défendre son territoire.En revanche,  il est certain que pour la plupart des animaux il n’y a pas encore de preuves significatives de ces formes de consciences : il convient de faire attention aux biais anthropomorphiques (interprétation de l’attitude et automatismes). Cependant, il n’y a pas non plus les preuves qu’ils n’en ont pas!

Néanmoins, il reste la sensibilité, les besoins éthologiques qui eux sont prouvés et documentés.  Le fait est  qu’un animal souffre quand on l’élève, qu’il peut mourir avant l’âge normal (alors que cela peut être évité) et qu’il peut ressentir de la peur à l’approche de l’abattoir. Cela ne semble t-il pas moralement suffisant pour arrêter de les manger non?

L’humain être de technologie, de culture et d’éthique qui évolue dans sa condition :

Dans notre société, la peine de mort et la torture ont été abolies (malheureusement pas partout encore), les sévices sur les enfants aussi, on ne traite plus comme inférieurs des personnes considérées au départ comme différentes (femmes, esclaves). L’humain a interdit également le cannibalisme. Certes, ce n’est souvent pas par bonne volonté, mais plutôt grâce à des opportunités et des circonstances favorables au changement et au progrès. L’humain est ainsi un être de technologie qui invente sans cesse face aux nouveaux enjeux  et problématiques (démographie, santé, construction, énergie, environnement) qu’il rencontre, les technologies sont donc facteurs d’évolutions et de mutations profondes. Les historiens des sciences et techniques s’accordent à dire que, par exemple, c’est la découverte du charbon et pétrole au XIX ème siècle qui a enclenché l’abolition de l’esclavage humain et animal (une énergie humaine et animale remplacée par une autre plus puissante). A coté de l’évolution biologique et de ses caractéristiques, l’humain a ainsi une extraordinaire capacité à améliorer son bien-être et changer sa vie pour évoluer de façon historique. Il est un être de technologies, de culture et donc d’éthique. A partir du moment où on a les connaissances scientifiques sur une situation, on bascule du choix personnel à un choix éthique (on ne peut plus faire comme si on ne savait pas sauf à entrer en dissonance cognitive). N’est ce donc pas sa responsabilité sur Terre d’éviter la souffrance d’animaux sensibles qui ne sont différents qu’en terme de degré?

Bien sûr, en plus de ces évolutions, il y a toujours eu une minorité d’humains qui ont trouvé insupportables et moralement injustifiées certaines pratiques (torture, mise à mort, sévices sur les enfants, discrimination raciale, exclusion des femmes), jusqu’au jour où ils ont dit Non.

Vrai et faux : Y a t-il des raisons rationnelles et logiques à ne pas manger des produits animaux?

Ce quiz va reprendre les idées reçues et excuses entendues à ce sujet. Normalement après avoir lu cet article, vous devriez savoir qu’il n’est moralement pas justifiable de manger des produits animaux en sachant que cela crée de la souffrance (les choix de consommation sont irrationnels, mais des actes irrationnels sont interdits car moralement injustifiables).

Hélas, ce n’est pas si simple car les végétariens (pas manger de viande), végétaliens (en plus ni lait ni œufs ni miel) et végans (aucun produit issu de l’animal ou activité qui l’exploite) vont être confrontés à des tonnes d’excuses, de tournures sophistiques de la part de gens voulant  confirmer leurs croyances. Évidemment, les concernés pourront aussi justifier la cause animale et leur mode de vie par de la mauvaise science (pseudo-nutrition et mauvais arguments écologiques), ce n’est pas acceptable non plus (mais ce n’est pas forcément la majorité heureusement) et ils seront abordés également. Soyons honnêtes sur les faits et assumons ensuite nos choix éthiques !

Nutrition et alimentation

1)L’homme est omnivore :

Vrai. C’est une évidence biologique, mais ça veut justement dire qu’on a le choix de manger ce que l’on veut grâce à notre système digestif!

2)On a pas besoin de viande, des légumes (choux, brocolis, légumes-feuille) contiennent du fer non hémique, du calcium, du zinc, des acides gras et des vitamines de la même façon.

Vrai/faux. Ils en contiennent autant et certains suffisent. Mais, les matrices végétales et de nombreux facteurs anti-nutritionnels rendent la biodisponibilité de ces nutriments difficile contrairement à la viande. Il est possible d’atteindre une bonne partie des apports en variant ses sources végétales(légumineuses, haricots, fruits à coque, huiles de lin et canola pour les oméga3 à la place du poisson), mais dans la majorité des cas (surtout pour les enfants) il est conseillé d’avoir des aliments supplémentés (pas des compléments alimentaires mais des produits transformés enrichis) comme céréales enrichies (fer), produits céréaliers, jus enrichis et surtout beaucoup de produits à base de soja fermenté ou non, graines germées également pour le Zinc et des suppléments.  Le seul vrai problème reste pour la vitamine B12 qui n’est contenu que dans les produits animaux (et indispensable au cerveau) : le supplément est indispensable (lait de soja enrichi en B12 ou céréales).

3) On va être carencé en protéines  :

Vrai-Faux. Là encore il est vrai que les végétaux contiennent des acides aminés non-indispensables (qu’on ne synthétise pas et dont on a pas besoin) et une très mauvaise biodisponibilité (50% pour le blé) : le soja reste la meilleure source des apports, et on peut aussi varier avec des légumineuses (haricots et lentilles), produits céréaliers et fruits à coque. Toutes les protéines végétales n’ont pas la même digestibilité, ni la même qualité ou quantité d’acides aminés indispensables : il faut donc diversifier au maximum les sources…Il peut aussi avoir des problèmes de ballonnements. Toutefois, ceci (mais comme précédemment) peut être modifiable grâce à l’amélioration variétale et la génétique des plantes (voir projet légumineuses). De nouveaux compléments alimentaires apparaissent comme les micro-algues et les insectes (non sentients) pour avoir de nouvelles sources de protéines et de nutriments. Il y a donc une diversification énorme de notre alimentation qui ne justifie plus de manger de la viande.

4) Les végétaux crus comme les graines germées ont plus de pathogènes (voir en Allemagne en 2011)

Vrai-Faux. En théorie oui et même en lavant les aliments (raison pour laquelle la cuisson à améliorer la qualité de vie, voir plus loin), mais dans le cas de l’Allemagne c’était parce qu’ils n’ont pas désinfecté au chlore les graines germées ce qui aurait pu éviter ce drame. La « chimiophobie »cause parfois plus de tort…

5) On est super maigre avec ce régime :

Faux. On rééquilibre tout de même le rapport lipide/protéine ce qui est meilleur pour la santé . Quant à  la densité énergétique, il suffit de manger plus, idem pour l’apport en protéines. Le soja et les fruits à coque comme la noix ont aussi une forte densité énergétique.

6) La viande rouge donne le cancer :

Faux-Vrai. Tout est mauvais pour la santé et est potentiellement cancérigène (voir le classement IARC), mais c’est une question de dose et d’exposition (le risque). Et il est franchement faible dans notre cas car il y a aussi des prédispositions génétiques. On estime à 34000 morts par cancer dû précisément à la viande rouge dans le monde, par rapport à la pollution de l’air (5 millions) et le tabac (6 millions), on est loin d’un risque majeur pour la santé publique… La consommation de viande rouge des français est en fait inférieure aux limites possiblement toxiques. Les chiffres cités (87 kilos par an) incluent souvent toutes les viandes (porcs, volailles, lapins, abats) et ils n’ont pas le même effet nocif. Les français restent des consommateurs raisonnables de viande (dont la consommation diminue de tout même). Ce n’est pas le meilleur argument pour défendre le véganisme.

7) Le soja et certains composés des légumes (isoflavones, flavonoïdes) sont considérés comme perturbateurs endocriniens voire générateurs de cancers

Vrai. Nombreux rapports de l’ANSES à l’appui : ils sont déconseillés chez l’enfant et chez la femme enceinte. Mais là encore comme dans le cas des PE de synthèse (bisphénol A), quelles sont les doses admissibles journalières et les comportements de ces molécules? Il ne faut pas tomber dans la peur. Les expositions pour les nourrissons semblent importantes, mais il manque des études cliniques et épidémiologiques concluantes. Si c’était avéré, la réglementation sur les teneurs des produits enrichis doit être modifiée en connaissance de cause. On sait aussi que les végétaux contiennent 50 % de métabolites secondaires probablement cancérogènes. Il manque des données sur les effets à long terme des cancers pouvant être déclenchés par des perturbateurs endocriniens d’origine végétaux. Mais, les études montrent aussi que les végétariens et végans sont quand même en meilleure santé globalement. Les équilibres entre les différents composés (anti-radicalaires, antioxydants) permettent d’avoir une balance positive. Mais ne se nourrissent-ils pas mieux en général que les autres (information et sensibilisation suffisante)? C’est un biais possible de telles études.

8) Les végétaux, fruits à coques et légumineuses contiennent des allergènes :

Vrai. Mais ces pathologies sont tout de même minoritaires dans la population pour le moment (l’allergie au gluten a par exemple a une prévalence de 0,3%). Et on peut parfaitement imaginer grâce aux progrès technologiques de concevoir des aliments spécialisés et  diététiques (comme on a déjà pour les personnes âgées et sportifs). Comme dans le cas de molécules cancérogènes ou tératogènes, les technologies existent pour améliorer cela (comme quand on élimine les précurseurs de l’acrylamide dans la pomme de terre).

9) Et pour les autres intolérances, le diabète et l’obésité : l’ajout de fructose et d’additifs en tout genre dans les produits transformés peuvent être problématiques… Difficile de ne plus manger de viande dans ces conditions !

Vrai/Faux. Sophisme de la solution, que ce soit le cas maintenant n’empêche pas de le réaliser. On peut limiter ces pratiques. De la même façon on peut produire des aliments  spécialisés et adaptés dans une société totalement végan. Sinon la viande in-vitro sera possible pour remplacer la viande. (bon pour le moment  c’est toujours fait à partir d’animal dans des conditions atroces).

10) De toute façon pour avoir un élevage respectueux des besoins animaux il faut passer au bio :

Vrai/Faux. Les poulets de chair vivent en cages (batterie), mais ceci est une norme qui s’applique à tous les élevages désormais. Être contre les élevages en batterie n’est donc pas suffisant pour passer au bio. Le bio tient compte effectivement des conditions d’élevage (densité, surface mini du parcours et taille maximale des bâtiments, écosystème pris en compte sur le parcours avec des arbres et arbustes)… Mais, le label rouge aussi soit de la viande de qualité! D’ailleurs, le taux de mortalité diminue de la même façon, mais il est tout de même le double en élevage bio par rapport au conventionnel (et plus que le Label Rouge).
Ensuite, l’argument de la nourriture de mauvaise qualité en élevage conventionnel est faux, vu que les normes imposent une nourriture de qualité au plus près de leurs besoins. Tandis que le bio interdit certains additifs de synthèse (acides aminés), on pourrait ainsi dire que leurs besoins ne sont pas totalement couverts…Idem pour les parcours des poulets et poules en plein air qui ne servent pas à grand chose car ils vont rester proches du bâtiment et un stress environnemental peut déclencher une maladie. Enfin, q
uelque soit le système choisi ce sont des animaux immatures qui sont abattus pour des questions de rentabilité (ratio aliments/gain de poids). C’est donc un problème intrinsèque à la nature de l’élevage moderne.

11) C’est mieux pour le goût et le plaisir de manger de la viande :

Faux. C’est une question subjective et en plus ce n’est pas prouvé, les recherches en sciences des aliments œuvrent en permanence pour améliorer la qualité des produits agroalimentaires. Ce n’est pas fondé et c’est un appel à l’hédonisme. En plus, il existe aussi l’hédonisme utilitariste qui recommande d’avoir du plaisir et d’éviter la douleur comme guide de tout notre comportement, cela implique de ne pas faire souffrir autour de nous. Des comportements qui peuvent nous apporter du plaisir ne sont pas forcément moralement justifiés. C’est parce qu’on a cette conscience de la souffrance animale que nous avons ou nous pouvons inventer les moyens de s’en passer et faire cesser l’exploitation animale comme jadis l’exploitation des humains perçus comme différents.

12) On peut revenir à de la consommation familiale avec un poulailler dans son jardin :

Faux. Si l’espérance de vie peut-être respectée dans ce cas et qu’on puisse manger des œufs de façon plus raisonnable, il reste des interrogations. Dans quels conditions les animaux vont être abattus? Les pratiques d’autrefois n’ont pas montré de grandes attentions pour le bien-être animal (décapitation, égorgement qui peut rater, pas d’étourdissement), ça reste d’une rare violence…

Biologie de l’évolution/ Anthropologie

13) Les élevages existent depuis que l’humain existe il y a 10000 ans et même avant il a toujours consommé de la viande (chasseurs cueilleurs)

Vrai/Faux. Sophisme de l’appel à la nature. Ce n’est pas parce que ça existe depuis toujours que cela ne peut pas changer. Les conditions de vie et d’alimentation de l’époque (et pendant 10 siècles) répondaient à ce besoin. C’est le cas par exemple  aujourd’hui des populations dans les pays en développement (1 milliards de personnes selon la FAO) mangent de la viande pour pallier le déficit en cultures agricoles. Aujourd’hui notre nourriture est tellement diversifiée (dans notre cas en pays industrialisé) qu’on peut s’en passer (cf Nutrition).

14) Il y a des prédateurs dans la nature, les animaux se mangent entre eux sans s’en soucier et nous sommes aussi des prédateurs

Faux. Encore un appel à la nature!  D’une part dans une chaîne ou un réseau trophique, nous ne sommes pas vraiment au sommet. D’autre part parce qu’il y en a pas (macrofaune et microfaune du sol qui décomposent, micro-organismes), et aussi parce que des animaux sont aussi capables de nous manger! Ils le font quand ils le peuvent, mais dans nos sociétés développées c’est devenu rare (mais c’est encore le cas en Afrique) c’est tout. De plus, c’est parce que nous humains avons une conscience et une éthique qu’on peut arrêter de le faire, que des animaux le fassent n’est pas un argument (sophisme de la solution immédiate). Il serait par contre moralement acceptable de consommer des animaux morts naturellement ou à la fin de leur espérance de vie réelle (et au moyen des nouvelles technologies de transformation adéquat pour la qualité alimentaire) dans cette perspective.

15) S’il était inutile de manger de la viande, la sélection naturelle aurait éliminé ce caractère non adaptatif à l’environnement depuis longtemps

Faux. C’est presque de la sociobiologie une pseudoscience établie via une vision partielle et fausse de la théorie de l’Evolution! D’une part l’évolution ce n’est pas que la sélection naturelle, c’est aussi la dérive génétique, la sélection sexuelle et les exaptations (caractère sélectionné pour un raison et utilisé pour une autre) etc…C’est également à cause de tous ces procédés évolutifs complexes que la notion d’espèce fait débat, c’est une convention humaine pour étudier notre environnement sans représenter TOUTE la réalité. Une espèce n’est pas non plus à son optimum évolutif dans un environnement fluctuant, la balance avantages/inconvénients de la consommation de viande a pu être positive par le passé quand les besoins énergétiques, protéiques etc étaient difficilement couverts. Aujourd’hui encore une fois avec toute notre nourriture diversifiée, il se pourrait que ce soit négatif et donc non justifié, à confirmer dans cette discipline ?

16) La viande dans cette perspective a été un facteur d’évolution pour augmenter le volume de notre cerveau, l’Homo sapiens sapiens existe grâce à elle :

Vrai/Faux. D’une part l’évolution simultanée n’est nullement preuve de cause à effet. Il se peut que ce soit une corrélation (augmentation du taille de cerveau en même temps que la consommation de viande) sans causalités. D’autre part, les recherches s’accordent à dire que c’est multifactoriel (régression musculaire et augmentation parallèle du volume crânien, cuisson des aliments, recherche nourriture, organisation sociale, agriculture et glucides). Il semble de plus en plus que ce soit d’ailleurs les glucides (arrivée de l’agriculture) couplé à la cuisson des aliments (le feu) qui sont les principaux facteurs de cette augmentation. En fin de compte, la viande a bien pu participé, mais rien ne dit que sans elle, l’humain n’aurait pas connu la même évolution.   Ces arguments paléontologiques, évolutifs et anthropologiques invalident au passage les régimes crudivores et paléo (à la mode chez les pseudo-nutritionnistes du net).

Culture, économie, traditions

17) C’est une atteinte à notre culture (les produits animaux sont solidement ancrés ainsi que la gastronomie) à nos terroirs et à nos traditions :

Vrai/Faux. C’est un sophisme de l’appel à la tradition. D’une part, il y a des possibilités biotechnologiques de produire du lait végan pour pouvoir continuer à produire nos fromages locaux de la même façon. D’autre part, ces évolutions détruisent mais créent aussi : les personnes finiront par s’habituer à ces nouveaux aliments, y prendront goût (celui-ci n’est pas inné et la dimension éducative est très importante dans celui-ci). Il y aura de nouvelles pratiques, de nouvelles entreprises, de nouveaux emplois et de nouvelles habitudes. On peut aussi inventer une nouvelle gastronomie! Il y a des grands chefs végétariens et végans. L’économie et les traditions culturelles ne sont pas des arguments logiques et fondés car ils peuvent changer. Ensuite, il est vrai que sociologiquement ce sont des évolutions très longues.

18) Cela va éliminer les éleveurs et renforcer l’industrialisation de notre alimentation

Vrai/Faux. Je partage cet avis, mais il s’agit de politique de  » projet de société », alors oui c’est essentiel quand on réfléchit de façon collective. Mais ce n’est pas non plus logique et fondé rationnellement (le but de cet article). Enfin, on justifiait aussi l’esclavage pour les nécessités économiques, de traditions et de rentes  (Voltaire). De la même façon, le refus du droit des vote des femmes a été justifié pour des raisons politiques (conservatrices, trop religieuses et alliées de la monarchie ou plus « simplement » inaptes à comprendre la politique). Les intérêts particuliers ne représentent pas toujours l’intérêt général, c’est à dire les libertés fondamentales et l’immoralité de la souffrance animale. Enfin, on peut imaginer les conditions pour qu’ils ne perdent pas leurs métiers (voir Écologie).

Écologie et environnement (on le trouve dans les deux parties)

19) L’élevage produit une grande partie des Gaz à effet de serre 

Vrai/Faux. Il y a beaucoup d’idées reçues sur ce sujet.

-On parle d’abord de la perte de « matière » entre les fourrages consommés et le kilogramme de chair produite. En fait, cela dépend beaucoup du type d’élevage (poissons d’élevage, porcs, poulets ont un beau taux de conversion kg fourrages pour kg produit, ce sont les bovins qui ont un mauvais taux), du système de production (intensif et extensif), des bonnes pratiques…

-L’alimentation animale en France est à majorité de l’herbe avec des compléments (8% de mais, 0,1% de soja soit rien). Un système intensif peut optimiser ses GES grâce à la méthanisation (15%) tout en produisant de l’énergie verte, tandis qu’un élevage herbager s’il est trop chargé (UGB) peut avoir des effets délétères. Mais dans le cas contraire les effets sont positifs grâce aux prairies (8 millions d’hectares!) naturelles, permanentes et temporaires. Elles procurent : biodiversité, drainage, limitation de l’érosion, recyclage des nutriments, précédents de culture sans engrais et habitats divers et variés grâce aux haies et bocages qui sont importants pour nos paysages.  Cela est utile dans une perspective d’agro-écologie et de durabilité de toute l’agriculture. Les GES peuvent être ainsi compensés par le stockage de carbone.

-Il est montré également que la baisse des engrais organiques appauvrit la fertilité des sols, s’en passer serait ainsi mauvais pour une agriculture durable. Les dernières données vont dans le sens d’un stockage de carbone largement sous-estimé. Cela dépend bien d’où on se trouve car les élevages n’ont pas les mêmes conséquences suivant le contexte environnemental original. Les projets européens NitroEurope et Animal Change montrent que les prairies stockent autant de carbone que les forêts européennes et peuvent compenser 30 à 80% des émissions GES de leurs ruminants.

-Ainsi, le chiffre de la FAO ne prend pas en compte ces compensations à une échelle plus globale (l’élevage compte alors pour 14,5 % des GES dans le monde et 8% en France). En analyse en cycle de vie, on trouve plutot 5% (GIEC).

20) L’élevage a un impact sur la biodiversité alors qu’on peut avoir des écosystèmes naturels :

Vrai/Faux. Il est vrai qu’avec l’augmentation de la population, 50% des terres risquent d’être utilisées pour répondre à la demande en viande (le double est prévu pour une population de 10 milliards d’humains). La consommation de viande serait ainsi la troisième cause de perte de la biodiversité. Sauf qu’on parle ici des habitats « naturels » et qu’on raisonne de façon homogène. Ce raisonnement aborde la question au niveau mondial en se limitant à la disparition des habitats, mais se valent-ils tous? Quel rapport entre nos forêts et l’Amazonie? Les savanes et les marécages? Les forêts de Chine ou d’Indonésie? La question de la perte de biodiversité est un sujet en discussion scientifique et on manque énormément de données pour se faire une idée, elle a plusieurs échelles (du gène à l’écosystème). Il semble incongrue de comparer entre les pays alors que ce ne sont pas les mêmes biodiversités.  Comment quantifier les pertes? Et quantifie t-on les espèces apparues ou les nouveaux écosystèmes grâce à des paysages entretenus? Les services écosystèmiques ont autant de bénéfices que de risques et il convient de les évaluer Cette question se confronte donc aux questions et aux déficits de la science écologique actuelle et l’agronomie comme on a vu précédemment a besoin d’engrais organiques.

-L’illustration de cette hétérogéinité suivant le climat, le sol, la biodiversité originale s’illustre par le fait que dans les zones pastorales subtropicales et semi-arides n peut compenser également les émissions de GES. Idem en Amérique du Nord. Par ailleurs, les écosystèmes naturels sont attrayants d’un point de vue romantique, mais dans la réalité ils sont aussi nuisibles. Ainsi,  les prairies évoluent en friches puis en forêt ou en zones humides et zones marécageuses émettant du méthane, sans fixation de carbone. Et les zones humides en plus d’apporter des nuisances (moustiques, hébergement de pathogènes) ne contribuent plus à la production alimentaire, dans certaines zones du monde ceci est problématique.

-Les haies et les bocages sont essentiels pour la régulation des cycles naturels (azote, carbone, eau) et héberger la biodiversité pour les auxiliaires de cultures et ainsi baisser la pression des ravageurs. Leur présence est même plus significative sur la biodiversité que le système de production (bio ou non-bio).

-Le projet GENOSOL de l’INRA a montré que les sols prairiaux et forestiers sont bien plus riches en biodiversité, moins sensibles à l’érosion, plus riches en biomasse que les sols des cultures. Les solutions d’intensification écologiques sont possibles et il ne faut pas les balayer. Les recherches préconisent par exemple de privilégier les monogastriques (poulets, porcs) aux bovins pour les émissions de GES et le meilleur taux de conversion global afin de répondre à la demande mondiale sans aggraver la crise environnementale. Il en résulte un changement de mode d’alimentation dans tous les cas.

En résumé, bien plus qu’une réalité moins romantique, c’est aussi une vision un peu trop réductrice qui sous-estime la « nature ordinaire » pour le citoyen. Celle-ci est anthropisée. Remplacer ces espaces par des forêts (qui ont certes un bon taux de carbone stocké en croissance) n’est pas forcément très apprécié car la « nature sauvage » n’est pas vue comme utile (sans compter l’effet d’aubaine et l’urbanisation). De même pour des zones humides (marécages) qui remplaceraient les prairies alors qu’elles sont aussi sources de dangers (moustiques, pathogènes, bêtes sauvages…). La nature du citoyen est plutôt récréative (et ça ne se limite pas à des balades en forêt surtout que la majorité sont privées et peu entretenues). Dans ce cas, la prise en compte de nos besoins (ici la nature modifiée à notre guise) et notre bien-être (au même titre que les animaux) est un bon argument pour maintenir une forme d’élevage dans un respect et une bienveillance mutuelle (sans consommation par exemple, ou bien avec consommation au bout de l’espérance de vie des animaux pour atteindre un équilibre).

21) De même pour l’eau, ce sont des coûts écologiques

On entend souvent le chiffre de 15000 L d’eau consommé par kg pour les bovins (et 1000 L pour le lait repris dans le film Cowspiracy) c’est un hoax repris par les médias sans aucun recul critique : ce chiffre non standardisé prend en compte le cycle naturel de l’eau (eau de pluie) qui retourne aux prairies.  L’institut de l’élevage travaille au niveau mondial à le standardiser mais on est plutôt aux alentours des 550 L d’eau par kg de boeuf produit et 200 L pour une vache en lactation… Un calcul simple aurait révélé l’absurdité : multipliez 150000 L par la consommation totale de viande rouge des français et comparez à l’eau totale consommée en France (toutes activités), convertissez les unités en m3: vous obtenez un chiffre 10 fois supérieur rien que pour la production de viande!  Ce chiffre se basait peut être sur un pays en particulier, mais il est absurde de généraliser au monde entier.

22) Les élevages et ses effluents ont un impact sur la qualité de l’eau et les zones humides (eutrophisation, nitrates,algues vertes)

Faux. Partiellement vrai. D’une part, la règlementation avec la directive nitrate a obligé à pas mal de changements pour gérer ces effluents (et ça concerne surtout le lisier des élevages de porcs intensifs principalement en Bretagne). D’autre part, contrairement aux idées reçues, l’eutrophisation est principalement déclenché par le phosphore. Or celui-là est majoritairement d’activité humaine non agricole (50%), les nitrates intervenant pour 25%. Depuis lors, les stations d’épuration éliminent le phosphore et purifient l’eau de manière plus efficace. Beaucoup de progrès ont été ainsi faits. Quant aux nitrates, la norme est totalement obsolète car elle se base sur une étude peu rigoureuse de 1958, leur nocivité a été en fait remise en cause plusieurs fois depuis. On parle sérieusement depuis 2011 des vertus et bénéfices santé des nitrates pour notre développement. De même, les nitrates auraient ralenti l’eutrophisation en favorisant les cyanobactéries.

23) Le soja fait déforester l’Amazonie :

Faux. Cet argument est plutôt en faveur du véganisme. En effet, dans le monde la majorité du soja est consommé par les animaux, seulement 4% est mangé par les êtres humains (il serait donc facile de l’inverser  sachant que le rendement du soja est environ 30 fois plus élevé par hectare qu’un bœuf en pâturage)

24) L’élevage utilise 2/3 des sols arables du monde, autant qui ne sont pas utilisés pour l’alimentation humaine et nourrir la planète

Vrai/faux. Sur le chiffre brut c’est exact. On peut revenir aux arguments sur prairies qui ne sont pas mauvais quand la balance est équilibrée (et surtout certains articles omettent totalement la biodiversité qui est plus importante qu’en forêt même pour un taux de carbone stocké inférieur!). Pour les fourrages : une minorité de protéines pourraient être utilisées pour la consommation humaine, mais une majorité 70% ne sont pas digestibles pour l’être humain et le taux de conversion est très bon (0,8 à 1 voire plus dans des bons systèmes herbagers!). Ensuite, l’allocation de changements de sol a un effet sur le climat : le retournement des prairies va provoquer des émissions importantes de GES sans compter les autres pertes. De plus, cette répartition résulte de l’observation et du savoir des agriculteurs et éleveurs : ils savent qu’ils ne sont pas bons pour leur cultures. Les cultures fourragères ne sont pas très exigeantes et des sols pauvres conviennent, mais c’est insuffisant pour le blé de l’alimentation humaine .

Toutefois, on peut faire le choix d’avoir des forêts à la place (stockage carbone important) avec les conséquences sur les abeilles sauvages (flore sauvage) et les effets sur l’agriculture… Nos paysages ont aussi une valeur environnementale et ils sont récréatifs (pastoralisme, promenades en Montagne, espèces spécifiques, cours d’eau, vie des campagnes), ce sont donc aussi nos propres besoins et désirs qui résultent de cet entretien par l’élevage. Quant à l’impact du régime végétarien sur la planète, il ne comporte pas de différences avec le régime carniste (notamment parce qu’on doit manger plus). C’est donc indirectement faire souffrir les animaux liés à l’agriculture. L’environnement contrebalance donc vraiment les autres arguments et mérite d’être mis dans la balance (en les maintenant sans consommation à nouveau par exemple), le temps au moins de résoudre la crise climatique car celle-ci va affecter tous les êtres vivants sur terre. Ce serait donc moralement acceptable de garder une forme d’élevage bienveillant.

Politique, éthique et droit

N’étant pas spécialiste, cette blogueuse résume bien les problématiques des excuses politiques ou juridiques (notamment la confusion entre sujets de droits et agents de droit). La vision du logos a vécu par son exclusion des personnes handicapés, des malades mentaux et les personnes âgées dépendantes. Cela nécessite de sortir d’une vision contractualiste (on accorde des droits à des individus qui partagent les mêmes caractéristiques notamment raison, parole, jugement pour faire société) pour aller vers une vision plus utilitariste. Et pourquoi pas une nouvelle forme de contrat incluant les animaux qui fut utile pour l’émancipation des humains?

CONCLUSION :

On attend toujours les arguments fondés pour continuer à consommer des produits animaux. Vous l’avez compris : il y en a pas! Maintenant vous pouvez vivre en connaissance de cause et assumez votre dissonance cognitive (comme moi finalement et je le vis bien) jusqu’à que cette connaissance commence à vous déranger sérieusement. Peut être qu’un jour vous serez végétarien et même végétalien (on reviendra sur les autres revendications discutables des végans en dehors de l’alimentation), tout commence par le doute et la remise en cause de ses propres croyances.

govegan

Malgré cela, la plupart des éthiciens du droit des animaux continuent à manger de la viande, ce qui prouve que la dissonance cognitive peut être très puissante même chez les personnes bien informées et qui réfléchissent sur le sujet. Cette hypocrisie morale malheureusement a lieu sur tous les sujets et les rationalistes, sceptiques s’y confrontent en permanence. Notre cerveau est programmé ainsi et nous pouvons lutter contre.

En résumé, ces choix alimentaires carnistes n’ont pas de raisons logiques et fondées. Nos choix alimentaires deviennent éthiques dans cette perspective. La question est : se valent-ils tous (relativisme)? Faut-il continuer à en manger en sachant tout cela? Une morale qui découlerait de tout ça semble évidente : il est immoral de manger de la viande au vu de l’exploitation et de la souffrance animale (on ne fait pas le bien autour de nous). Cependant, la réalisation effective va se confronter à des choix de consommation, de l’économie , des emplois et de la vie rurale, du contexte géographique, des traditions culturelles et gastronomiques, à du plaisir égoïste etc… 

De plus, sauf à prôner une alimentation exclusivement synthétique (mais possible théoriquement pour les produits animaux), l’agriculture a un impact en soi sur les espèces sentientes sauvages, les abeilles, les insectes (via l’agriculture intensive)… Et si on parle du besoin des animaux, on ne doit pas oublier les nôtres (se nourrir, se vêtir, se déplacer, se loger, se chauffer, s’amuser etc…)!  Le fait même de vivre  implique aussi de la souffrance animale et ceci est non-intentionnel (contrairement au système organisé et rationalisé de l’industrie de l’élevage). Cependant, un nouveau contrat incluant les humains et non-humains nécessite de  chercher le juste équilibre entre nos besoins et celui des autres espèces sentientes dans nos choix alimentaires (ce qui implique aussi de réduire les impacts environnementaux de l’agriculture intensive, l’élevage en règle une petite partie seulement).

On ne peut donc plus se cacher derrière des choix personnels sauf à assumer notre éthique et ignorer cette souffrance animale.Et si cela peut aboutir  à encore plus de bien être animal (par la recherche et les normes plus strictes) jusqu’à ce qu’on puisse s’en passer totalement, alors c’est une bonne cause.

Voilà pourquoi les Veggies ont raison sur le fond et sur tous les plans.

NB : commentaires, arguments oubliés, sources complémentaires et précisions seront très utiles ;).

 

 

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Animal : derrière Antidote Europe la galaxie New Age et des médecines alternatives

singe_vih_vaccin_vignette_0Source : Recherche animale

Certains sujets sont peu médiatisés par rapport aux autres thématiques soulevées sur ce blog. Si on entend de plus en plus parler du véganisme et des actions militantes anti-élevage (comme je l’ai précédemment abordé avec L214), on parle moins de sa frange anti-expérimentation sur les animaux au sein de la recherche : le mouvement anti-vivisection ou de libération animale. Sa cause ne se limite pas aux cosmétiques, dont l’expérimentation peut être très discutable, il œuvre aussi bien pour supprimer toute possibilité d’étude sur modèle animal y compris la recherche fondamentale (et pas seulement les tests d’évaluation comme la toxicologie, les vaccins, les médicaments etc…)!

Ces organismes militants ont un lobbying extrêmement efficace au sein de l’Union Européenne et en France. Ainsi, ils sont à l’origine du durcissement des législations sur l’expérimentation animale qui a failli mener à sa quasi-suppression en 2015 grâce à l’initiative citoyenne STOP Vivisection). Derrière cette initiative fort peu « citoyenne » on retrouve de nombreuses associations, dont l’association ANTIDOTE EUROPE qui est souvent citée par les militants de la cause animale sur les réseaux sociaux pour faire valoir leurs arguments. Le Directeur interrogé systématiquement dans les médias se nomme André Ménache.  Dernièrement, une de leur dernière victoire a été  l’interdiction définitive de la dissection sur des vertébrés (Souris, Grenouille…) dans le secondaire jusqu’à la Terminale et au Baccalauréat.

Créée par des chercheurs issus du CNRS, Antidote Europe se présente comme une association à but non lucratif qui milite contre l’utilisation d’animaux dans le cadre de la recherche et de l’enseignement scientifique. Souvent, on cite ces cas de scientifiques anti-expérimentation animale comme caution pour susciter un débat sur ce sujet (dont je ne conteste pas la légitimité). Qui sont donc ces scientifiques qui luttent contre l’expérimentation animale? Sont-ils si nombreux?

Sous le vernis de l’argumentation scientifique pour justifier les méthodes alternatives (qui existent à 70% et sont imposées par la réglementation européenne des 3R), les raisons pour lesquelles agit cette association ne sont en fait pas les mêmes que celles des militants de la cause animale! Et on se demande bien s’ils ont bien lu leur site de référence en entier.

Après une visite de leur site en profondeur et pas seulement en ayant lu leurs publications scientifiques (dont je discuterai la valeur après), on se rend compte rapidement que c’est un fouillis de campagnes militantes, d’articles de (des)information, d’interviews dispersés et très peu d’articles de fond ou des enquêtes. On ne peut donc pas dire que ce site ressemble à un comité scientifique qui par définition va essayer de vulgariser et de d’exposer les connaissances sur le sujet et les faits de façon la plus objective possible sans justement dire ce qui est bien ou mal. Or le style des campagnes est plutôt de l’ordre du militantisme, et non de la science, on peut donc douter de sa fiabilité sur le terrain scientifique.

Mais c’est la page d’accueil qui commence à éveiller les soupçons où une vidéo présente l’association : https://www.youtube.com/watch?v=pgDHt72j2g4

Sur fond d’apocalypse et de complotisme (on nous ment sur la sécurité sanitaire des aliments, des médicaments, des molécules chimiques, en qui peut-on avoir confiance?) dans un style très messianique (André Ménache est filmé selon une mise en scène assez étrange), on comprend le but de cette association. Ainsi la raison première n’est pas l’arrêt de l’expérimentation animale pour la cause et l’éthique des animaux (qui est celle de nombreuses associations militantes comme Code Animal et les primates du centre de primatologie de Strasbourg), elle est écologiste New Age anti-chimie (médicaments, additifs, soupçons sur l’alimentation industrielle) pour jeter le discrédit sur les centaines de molécules chimiques, médicaments et aliments dont l’évaluation est validée par l’expérimentation animale!

Le ton est donné, André Ménache nous avertit sur les 300 molécules chimiques présentes dans notre corps et supposées dangereuses car l’expérimentation animale a été inefficace pour prouver leur dangerosité (lesquelles?  Aucune source n’est trouvable après recherche). On insiste ensuite sur la préservation des générations futures (ça ne vous rappelle rien…) et de notre santé. L’expérimentation animale est donc ici totalement instrumentalisée et sert de prétexte aux campagnes anti-chimie, anti-pesticides, perturbateurs endocriniens et même aux OGMs . Pour le bien être animal on repassera, d’ailleurs il n’est jamais mentionné sur le site. Un discours qui pourrait même être qualifié de spéciste... Trois graphiques interpellent aussi : ils prennent des chiffres de l’INVS sur l’obésité, Alzheimer et même…l’autisme faisant des extrapolations sur 50 ans ce qui laisse sans voix (les chiffres ont l’air faux la prévalence étant bien établie et si elle augmente c’est parce qu’on commence à les prendre en charge en France!). On reconnaît là les arguments des cercles anti-vaccins accusant les molécules chimiques d’augmenter l’autisme.

Elle rajoute qu’elle œuvre notamment pour une meilleure prévention en matière de santé humaine, informe sur le danger d’utiliser les données issues de l’expérimentation animale, et fait la promotion de méthodes plus modernes et plus fiables, notamment dans son domaine d’expertise qu’est la toxicologie. Mais qu’est ce qu’un expert au juste?

Déformée parfois par les « experts » qu’on peut voir dans les médias, cette notion a pourtant un sens précis : scientificité (hypothèses testables par une expérimentation scientifique et protocole), analyse (taux d’erreur de la théorie fournie), validation (sa théorie a été appliquée?), consensus (sa théorie est vérifiable et validée par le consensus scientifique établi à partir de centaines voir de milliers d’études sur la même théorie), diplôme reconnu dans sa spécialité, publications régulières et reconnues   par les pairs(en peer review c’est à dire que tout est relu par des experts du même domaine de spécialité, institutions prestigieuses, revues à fort impact ou au moins un impact moyen).

Ce n’est donc pas quelqu’un qui, bien que scientifique, va être le tenant d’une théorie qui ne correspond pas à ces critères. Un débat scientifique n’est pas un débat d’opinions et de politique où on mettrait au même niveau de temps de parole la personne en dehors du consensus scientifique. Pourtant ce sont souvent les médias qui agissent de cette façon, voir Olivier Galzi qui avoue donner la parole à tout le monde au sujet du changement climatique. On ne peut donc guère s’étonner que de plus en plus de citoyens soient méfiants vis-à-vis de l’expertise, qui croire puisque on vous présente à égalité le pour et le contre sur un sujet technique et scientifique? « La vérité est sans doute au milieu » dira t-on alors, or en sciences, il y a souvent du vrai et du faux et ce n’est pas un « entre deux ».

Le site est aussi très peu transparent et normalement toute publication indique le domaine de recherche du chercheur, son lieu de travail, les financements de l’étude  (lien d’intérêts) et ses conflits d’intérêts éventuels avec déclaration obligatoire à l’éditeur de la revue). Les articles traitant des faiblesses de l’expérimentation animale pour les tests d’évaluation sont très difficiles à lire, ils ne comportent souvent aucune sources, aucun auteur n’est mis en valeur et ses fonctions non plus. Sur quelques rares articles on comprendra que ce sont Messieurs André Ménache et Claude Heiss qui sont les principaux contributeurs. La vidéo montre deux militantes, mais on peine à trouver d’autres scientifiques français sur ce site. Ils interrogent ainsi quelques médecins, chercheurs anglais et allemands pour l’action européenne. On doute ainsi de l’assertion déjà entendue « de plus en plus de scientifiques sont contre l’expérimentation animale ». Et en plus ces deux anciens chercheurs semblent être à la retraite!

Leur expertise porte uniquement sur la toxicologie. En vérifiant les critères d’expertise, on peut vérifier facilement les publications d’un chercheur ou son appartenance sur Google Scholar ou dans une Recherche PUBMED. On peut ainsi chercher leurs publications.

Et là surprise! On apprend que Mr André Ménache, vétérinaire et zoologiste de formation n’a pourtant quasiment aucune publication en ligne en relation avec sa spécialité. Il a publié deux méta-analyses sur la pertinence de quelques modèles dans les revues adéquats à moyen impact. Mais il n’a par exemple aucune publication portant sur un sujet scientifique utilisant de l’expérimentation animale (neurologie, virologie, neurosciences, toxicologie), on est en droit d’attendre d’avoir une expérience au moins d’expérimentation animale ce qui éviterait de dire que les animaux sont torturés pour la recherche fondamentale. Ses publications dans ces domaines font uniquement appel à des méthodes alternatives, mais deux sont publiés dans une revue inconnue ici et   : aucun impact, absence d’un comité de relecture, et on apprend qu’il faut payer pour être publié en open access. Il s’agit fort d’une revue prédatrice qui publie tout et n’importe quoi. Cela décrédibilise ainsi le peu de travaux qu’il a pu mené sur le sujet. Un tour sur PUBMED donnera d’autres liens, mais aucune publication n’est accessible

Le deuxième chercheur Claude Reiss, présenté comme ancien chercheur en biologie moléculaire et en génétique a déjà un background plus fiable et sérieux. Sauf qu’en fait il est surtout physiciens de formation alors qu’il se présente comme toxicologue. On trouvera seulement sur les deux premières pages des publications un travail en relation avec la génétique moléculaire. On peut comprendre ses positions sur l’expérimentation animale mais il a exercé dans un domaine qui permet déjà des méthodes alternatives (cultures cellulaires, tissus). On ne peut donc pas dire qu’il soit expert de la biologie et donc des systèmes complexes incluant plusieurs niveaux  nécessitant l’expérimentation animale (système biologique entier incluant organes, communication entre elles, processus de régulation avec homéostasie et les rétroactions etc). Quoiqu’il en soit vu la vidéo, on comprend qu’il soit du même courant que André Ménache : un partisan du naturel anti-chimie jetant la méfiance sur les substances chimiques commercialisées actuellement.

Quant à ses publications en co-auteur avec André Ménache, elle porte précisément sur une nouvelle évaluation des molécules chimiques et des pesticides sans expérimentation animale. De même, il s’agit d’une revue à 0 impact et inconnue au bataillon.

Les chercheurs étrangers sont cités mais on ne relève pas énormément de personnes mise à part la puissante association allemande des médecins anti-expérimentation animale. Les coauteurs sur une autre étude étudiant l’impact des molécules chimiques sur les cellules neuronales ont aussi quelques publications dans les mêmes revues à faible ou moyen impact que nos deux auteurs.  Enfin, leurs interviews sont assez clairs : la plupart de ces scientifiques étaient convaincus dès leur adolescence (ils se disent militants et végans depuis toujours). Ils ont donc choisi une carrière scientifique en voulant absolument éviter l’expérimentation animale et en consacrant leurs recherches aux alternatives. C’est très bien et très louable car il faut essayer d’en chercher. Mais de là à dire qu’on peut s’en passer totalement, ce n’est pas vrai. C’est un exemple typique de biais de confirmation et d’un engagement militant et biaisé.

Des raisons détournées pour quel but au final?

S’il semble plus facile selon eux de montrer l’innocuité ou la toxicité de telle ou telle molécules chimiques sans expérimentation animale, au vu de leurs campagnes on peut légitimement s’interroger sur leurs intentions réelles. Les études sur les perturbateurs endocriniens, les pesticides relèvent de la toxicologie (dont ils revendiquent l’expertise et on a vu que ce n’est pas vraiment le cas), or l’analyse des doses ne suffit pas. Il y a aussi une évolution sur le long terme à étudier notamment car un organisme vivant entier a des mécanismes de détoxification, de régulation d’homéostasie et il faut donc de l’épidémiologie pour cela et des cohortes sur le long terme. Si on peut déjà évaluer ces expositions sur les humains, avant de commercialiser une substance ou de réévaluer la toxicité d’une molécule (comme le Bisphénol A), on va avoir besoin du modèle animal pour au moins avoir cette évolution sur le long terme. Un paramètre sera donc étudié dans des conditions contrôlés et déterminera une tendance. Ainsi, le trempage d’une cellule dans la solution de la molécule (qui ne correspond pas aux doses réelles d’exposition en condition in vivo, et ne prend pas en compte le long terme) ne suffit absolument pas. Et d’ailleurs, on se demande bien pourquoi l’article sur les OGms défend…Séralini, le trublion bien connu des études controversées sur les OGms. Alors qu’elles ont toutes été réfutées par l’ensemble des agences mondiales, les scientifiques et le consensus scientifique sur le sujet. Comme par hasard (mais pas de causalité), ses différentes études jugées peu fiables et reproductibles portaient sur l’exposition de cellules au round-up. L’article à totalité complotiste (censure, on veut étouffer l’efficacité des méthodes alternatives), nous donne la preuve définitive du peu de crédibilité scientifique de ce comité. Et au fait il n’est pas mentionné que dans son étude médiatisée Séralini avait laissé des rats avoir des tumeurs de 25% de leur poids alors que c’est limité à 10%, ce fut donc une véritable torture.

Et si la simplification de ce genre de test d’évaluation permettait ainsi de confirmer la substance nocive de toutes les molécules chimiques incriminées par manque de preuves sur un organisme entier? C’est une hypothèse qu’on peut poser. En tout cas, contrairement à leur mot d’ordre annoncé sur leur page, tous les autres articles ne s’arrêtent pas à la toxicologie. Ils sont bien là pour demander la fin de l’expérimentation animale en recherche appliquée ou fondamentale (neurologie, neurosciences, virologie). En manque d’arguments sourcés, ils ont dernièrement relayé l’article le plus argumenté en la matière de la neurophysiologiste AYSHA AKHTAR. Il est vrai intéressant et soulève à peu près tous les points défendus par les militants : proximité génétique insuffisante, exemples des vaccins contre le sida qui n’ont pas fonctionné sur le modèle primate, tests de médicaments inefficaces (comme le dernier exemple en date, le drame de l’essai clinique de Biotrial, on peut d’ailleurs dire aussi que grâce à l’expérimentation animale on a éviter un impact plus fort en atténuant les variations).

Mais sans être expert en toxicologie et ayant une formation en biologie, je ne comprends pas pourquoi ces erreurs et quelques mécanismes non-équivalents entre l’humain et l’animal peuvent remettre en cause le modèle animal. Il semble évident que tous les mécanismes ne sont pas les mêmes, qu’il y a encore beaucoup de choses incomprises, y compris sur l’humain. Cela ne fonctionne pas sur certains, mais pour d’autres si, pourquoi a-t-on tant de médicaments et de vaccins qui fonctionnent grâce à l’expérimentation animale? De même, on observe que les variations entre différents modèles et espèces valent les variations entre les humains ce qui compense les différences (voir sources plus bas).  Demander la fin de l’expérimentation animale suppose qu’on connaît déjà tout sur l’humain, or il y a des exemples montrant que l’inverse peut être vrai aussi où des recherches sur l’humain donnent lieu à des découvertes sur les animaux. On sait que les différents niveaux (de la cellule aux systèmes) ne sont pas encore connus et dès qu’ils le sont on les incorpore aux protocoles expérimentaux pour suivre toujours l’application de la Directive 3R (remplacer, réduire, raffinement). Tous les prix Nobel de médecine font intervenir l’expérimentation animale (voir lien CNRS et explication). Par ailleurs, on oublie que l’expérimentation animale sert à aussi à tester des médicaments vétérinaires pour les animaux en question. Ces vétérinaires de formation n’auraient donc plus de métier! C’est aussi une vision très utilitariste où on extrapole la toxicologie à la recherche fondamentale, l’expérimentation animale concerne 8% de la toxicologie, les modèles utilisés sont minoritairement des animaux domestiques ou des primates. Ce n’est pas non plus uniquement pour concevoir des vaccins ou des médicaments, c’est aussi pour découvrir des mécanismes de diffusion de pathogènes, de virus, d’évolution d’une maladie neurodégénérative (les prix Nobels en question). C’est donc malhonnête de partir de la toxicologie en extrapolant le combat à toutes les expérimentations animales.

Enfin, en regardant les « organisations amies »,c’est à dire où Mr Reiss et Mr Ménache ont présenté leur « travail » sur l’évaluation des pesticides sans animaux, le voile tombe un peu plus : il est cité l’alliance pour la santé, c’est à dire le lobby des médecines alternatives et de la liberté thérapeutique. Tout y est sur leur site : pétition de l’anti-vaccin et militant catholique traditionaliste Henri Joyeux, des livres anti-vaccins de naturopathie, de bénéfices des médecines complémentaires et même un congrès mondial sur l’autisme parlant de dogme de la génétique (alors que c’est un sujet en recherche). Les thématiques chères aux pseudo-sciences sont toutes réunies… On ne sera pas ainsi étonné de retrouver l’ineffable association Générations Futures qui tient un discours anxiogène et de peur bien connu contre les pesticides, on se souvient de leurs études non significatives sur les salades.

En résumé :

Sous prétexte de défendre la cause animale (louable et le bien être animal doit être un sujet de recherche pour améliorer de façon continu les protocoles), cette association fort peu scientifique la détourne pour du militantisme anti-chimie. Il semble fort que ce soit la caution du New age et des médecines alternatives. Mais après tout on comprend mieux que sans expérimentation animale, il sera difficile dans les connaissances d’aujourd’hui de valider les vaccins, phytosanitaires, OGms et autres molécules chimiques…. Il va sans dire que déjà 70% des étapes de recherche sont remplacés par les modèles in silico ou un ivo et il y a beaucoup d’innovations de ce coté, mais ça réduit et ça remplace, ça n’élimine pas totalement. Plus les mécanismes seront compris plus on améliorera au fur et à mesure les protocoles et on se passera alors d’animaux, c’est encore trop tôt.

NB : Un débat intéressant sur ce sujet où on retrouve Claude Reiss, des chercheurs et le GIRCOR (qui n’est pas le lobby de l’expérimentation animale mais un groupe de réflexion, il se contente de communiquer sur la réglementation existante et montre des recherches fructueuses grâce au modèle animal) est disponible. Sur France Inter également avec un des responsables Ivan Balansard. Par comparaison, on remarque que lui est cité dans les publications traitant au primates et s’occupe d’une animalerie au CNRS de Marseille.

 

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[Trad] Pourquoi les tomates n’ont plus de goût? Mythes et réalités

Les médias abondent depuis des années sur ces variétés oubliées de tomates dont la saveur extraordinaire aurait été perdue dans l' »industrialisation ». Mise à part les discours idéologiques sur les semences paysannes ou sur la nostalgie d’avant 1950. Quels sont les faits scientifiques réels là dedans?

Marché à la tomateSource : http://www.garden-deco.fr/entretien-tomates-anciennes-jardiland.html

Cet article est traduit de l’espagnol, un scientifique américain Alan Benett exposera son travail de recherche sur la génétique des tomates au Chili la semaine prochaine, il nous explique pourquoi les tomates ne sont plus aussi savoureuses qu’avant.

« 

Le goût des tomates a commencé à décliner depuis 80 ans, affirme Alan Benett

Nous ne sommes pas seuls. Le sentiment que les tomates d’aujourd’hui ne sont plus aussi parfumées et savoureuses que celles d’hier s’est généralisée au niveau mondial. A tel point que même les scientifiques se sont inquiétés du sujet. Alan Benett, docteur en biologie végétale, est le directeur général de l’antenne de l’université de Californie Davis au Chili, dont le centre s’est installée dans le pays avec le soutien de CORFO (Centre de promotion de la productivité, agence nationale chargée du développement de l’industrie au Chili).

Une de ses recherches répond, précisément à la question que beaucoup se posent en se trouvant face à une salade chilienne : pourquoi les tomates sont de plus en plus insipides et fades?
Sur ce thème, il présentera ses travaux à la troisième conférence de culture scientifique de l’université Andres Bello, celle-ci se tiendra les 19, 20, et 21 octobre au centre culturel Gabriela Mistral de Santiago, dans cet entretien il explique quelque unes de ses principales conclusions.
« Les tomates ont une large histoire de modifications génétiques [par l’homme]. Une est spécifique et se produisit il y a plus de 80 ans : ce fut celle qui facilita la récolte et augmenta la production, mais on ne se préoccupa pas du goût.
Cette modification génétique se retrouve maintenant dans toutes les variétés commerciales majeures. Comme résultat, le rendement de la tomate a augmenté de 300% depuis 1960 et sa saveur a diminué progressivement durant la même période, commente le docteur Bennett.
Les « améliorations » génétiques ne sont pas seulement intervenues sur le goût de la tomate [les techniques de production influent aussi]. « sont récoltées celles encore vertes, ce qui permet de les envoyer à des villes et des marchés éloignés. Cette forme de récolte est un assassinat en série du goût », soutient-il ».
Est-il possible d’inverser la situation pour revenir à des tomates savoureuses, Alan?
-C’est possible. En fait, on travaille sur ce sujet en utilisant des analyses génétiques et chimiques détaillées. Dans quelques années, il y aura de nouvelles variétés commerciales de tomates avec un meilleur goût. [Par exemple], un chercheur de l’université de Floride a produit une nouvelle variété de tomate qui possède 80 % du goût des tomates anciennes et garde 80% du rendement des variétés commerciales modernes.
On dit que les tomates laides, à moitié déformées sont les plus savoureuses, est-ce vrai?
Les tomates traditionnelles tendent à être laides, avec des coins plus verts sombres, des formes rares et elle ne mûrissent pas de manière uniforme.
Mais elles ont un goût meilleur. Quand j’observe ces types là, je pense qu’en réalité elles sont belles parce qu’elles sont le signe de bon goût. Mais une tomate mauvaise peut être aussi laide.
Une tomate de supermarché est-elle meilleure que celle des marchés de producteurs?
-En général, les tomates du supermarché sont les pires par rapport à la forme dans laquelle on les a récolté. Elle se récoltent vertes pour qu’on puisse les transporter à de larges distances sans dommages. Puis, elles mûrissent en les exposant à l’éthylène : une hormone naturelle de la plante qui accélère sa maturation.
Cependant, une tomate qui mûrit hors de sa branche n’arrive  jamais à obtenir le même goût qu’une tomate ayant mûri normalement. Pour autant, c’est possible d’obtenir des tomates plus savoureuses dans des régions où on peut les acheter mûres, récoltées récemment, directement dans la campagne.
Connaissez vous un lieu où on peut obtenir de la tomate avec un goût exceptionnel?
Le meilleur endroit pour obtenir une tomate avec le meilleur goût est ton propre jardin
Ah oui et où je peux trouver des semences?
Tu peux acheter des semences de tomate dans des boutiques comme Homecenter ou Easy. Et tu peux acheter n’importe quelle variété, si on la cultive avec attention et si on la récolte quand elle est mûre, ce sera meilleur que n’importe quelle tomate trouvée en supermarché. Cependant, les variétés avec un goût amélioré ne sont pas encore disponibles à grande échelle.


Commentaires :

Cet entretien d’un chercheur spécialiste confirme les autres recherches, notamment en France avec les travaux de l’INRA, cela dure depuis 80 ans (un peu plus donc que le cas franco-français de la politique agricole, c’est mondial) pour des raisons de productivité. Le goût il est vrai n’était pas à la priorité à l’époque et pour cause, les besoins étaient tout autres!

Si le goût dépend de la variété et des conditions de production et de récolte rappelés ici, il faut aussi dire que le goût est subjectif et dépend des critères de chacun. C’est tout l’enjeu de l’éducation au goût : chacun en fonction de son éducation, de son milieu social n’est pas égal devant les saveurs!

Les reportages en tout genre sur ces tomates goûtées directement dans le champ comme si c’était dû à une quelconque ancienneté et du « bon temps » sont donc extrêmement simplistes. Il y a fort à parier qu’avec des consommateurs non entraînés (en analyse sensorielle on a des gens entraînés à reconnaître les arômes comme les nez en parfumerie) d’aujourd’hui, on ne trouve pas de différences entre des variétés plus anciennes et commerciales, goûtées directement en champ. Le docteur Alan Benett le rappelle bien. Les consommateurs n’apprécient pas non plus tant que ça les variétés anciennes, l’INRA avait déjà expliqué en 2007 que celles-ci n’étaient pas « assez fermes ». De plus, au niveau cognitif, il y a aussi un biais qu’on appelle l’effet halo-santé, c’est à dire que si on croit que ces variétés ont un meilleur goût, alors cette impression se réalise. Candia avait remarqué cela aussi en 2003 pour le lait bio.

Il ne s’agit pas ici de s’opposer aux variétés anciennes (pour rappel il y a plus de 400 variétés inscrites au catalogue français et plus de 3000 au catalogue européen, les autres ne sont simplement plus utilisées et cela peut comporter des problèmes niveau biodiversité, voir le bon résumé de Seppi), il est en effet important que les ressources génétiques existantes puissent continuer à exister et être gérées pour la biodiversité. Mais, invoquer un complot des semenciers ou du complexe agro-industriel est totalement infondé.

Enfin, il est bien rappelé ici l’importance du progrès de l’ingénierie génétique, de la génomique, de la biochimie qui ne sont pas du tout rejetés ici (contrairement aux militants des semences paysannes) : ce seront eux qui permettront de ramener du goût à nos tomates. A des problèmes du XXème siècle (rendements, protection des cultures, conservation et sécurité alimentaire), des solutions du XXème (logistique et sélection sur critère du rendement), les problèmes du XXI ème siècle sont tout autres (nouveau défi alimentaire, protection de l’environnement, produits alimentaires de qualité) et nécessitent des solutions de ce même siècle qui reposent sur des techniques et savoirs contemporains.

Regarder dans le rétroviseur n’a jamais aidé à régler les problèmes, ni humains, ni environnementaux.

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Reportage Festival Cité-Jardins (1) : Le garçon et le Monde

Précédemment j’avais écris sur l’émergence d’un ciné en plein air porté écologie et qui a lieu dans les jardins partagés du Grand Est de Paris. Je me suis rendu à la première séance où le film brésilien le garçon et le monde était projeté. Elle avait lieu dans le quartier Python-Duvernois aux portes du 20ème de Paris (Porte de Bagnolet).

Dans cette cité très enclavée à Paris, presque anachronique (carré de barres HLM avec ouverture dans un mur…), la présence de végétaux est rare. Le stade de la porte de Bagnolet jouxte l’édifice (souvenirs de lycée…), c’est la seule ouverture face aux barres imposantes et verticales qui entourent une grande esplanade minérale. La population, majoritairement originaire d’Afrique subsaharienne, n’a pas vraiment le droit à la mixité sociale (qui n’existe pas), les jeunes dealent un peu en bas. Parfois la présence de consommateurs de drogues peut être dérangeante pour les habitants…

Il y a également un problème de déchets car les habitants ont la fâcheuse habitude de jeter leurs déchets par la fenêtre (c’est pareil dans mon quartier au passage). Cela a donné des idées à une association écologique pour améliorer le cadre de vie. Je précise que ces propos se basent sur mes observations et mes discussions avec les responsables de l’association dont la responsable habite à proximité.

L’association Multicolors œuvre dans nombre de quartiers sensibles dont celui-ci, en collaboration avec le centre social de la cité, elle a construit un espace végétalisé au cœur de l’esplanade. Il s’agit d’un jardin partagé à but uniquement éducatif et pédagogique, la partie jardinage est de toute façon assez petite et fait office surtout d’espace végétalisé pour les habitants.

IMAG1309Jardin éducatif de la cité Python-Duvernois – Paris 20ème

Le local poubelle a été transformé en local de l’association (bon j’avoue ça doit pas aider pour les déchets) qui assure une permanence en organisant des activités de jardinage pour apprendre aux enfants les bases du respect de la nature et des plantes cultivées. Elle offre ainsi une éducation à l’environnement avec une approche assez intégrative (voir plus sur le site, il y a également des activités artistiques).

IMAG1306Local poubelle transformé en local associatif – Python Duvernois – Paris 20ème.

L’écologie a une dimension sociale importante. Avant la séance, un repas collectif est ainsi organisé pour faire connaissance et favoriser le lien social, le film a été choisi en fonction du public de cette association, c’est à dire les enfants du quartier. Rien de tel qu’un repas végétarien savoureux pour délier les langues. J’en apprends plus sur l’identité des visiteurs et les activités de ces associations.

Beaucoup l’ont connu par la publicité de la Mairie, peu sont engagés dans un jardin partagé, mais ils sont intéressés par ce type de projet. Le public est plutôt d’âge moyen (de 30 à 60 ans), principalement des couples avec enfants qui se joignent à ceux du quartier (seul moment de mixité sociale sans doute de leur quotidien d’où l’intérêt d’un tel projet). La fille de la présidente de Multicolors a le même âge que moi (presque 25 ans), nous sommes les seuls jeunes adultes. Le profil des visiteurs et des gérants de l’association est classique dans le milieu de l’écologie urbaine : vêtements amples, pantalons larges en toile pour les hommes et les femmes, cheveux longs, queues de cheval pour les hommes.. Les couples et les familles ont plutôt un style bobo-bio.

Je cherche à savoir les raisons de leurs venues : il en ressort surtout une curiosité et un intérêt pour les jardins partagés. Un visiteur a atterri ici en cherchant des pistes cyclables et des parcours de vélo à Paris… Il me raconte alors sa visite d’une microferme de 4 ha (soit la surface d’une ferme permaculturelle) dans le département du Val-de-Marne. Évidement, le quart seulement est cultivé puisque c’est la surface totale et non la surface « agricole » utile (surface moins les allées, plan d’eau, petits élevages ou poulaillers, pré-bois, différents écosystèmes au choix doivent se compléter au sein de ces microfermes, c’est le principe de l’agro-écologie à la Rahbi ou la permaculture (mais, elle n’est pas considérée comme telle par le milieu scientifique).

Je lui raconte un peu mon parcours, je complète les éléments qu’il a pu observé les cultures sur butte me rappellent étrangement la ferme des Colibris de Rahbi. Je rigole alors en moi-même, vu qu’il s’agit d’une catastrophe agronomique!

Comme je l’avais écris, ce festival est organisé par l’intermédiaire de l’association fabrique documentaire et sa programmation est très discutable… Je veux en savoir plus auprès du gérant. Le thème de 2015 est le climat en vu de la préparation de la COP21 pour sensibiliser les citoyens. Le choix des films a été décidé de façon localiste, c’est à dire qu’ils correspondent au contexte de chaque quartier mais qu’en même temps ils sont basés sur les mêmes thèmes; ils se complètent et « dialoguent ». Le film de ce soir-là est un peu lié au recyclage et donc au contexte précis de la cité Python.

Certains films programmés m’ont intrigué comme celui sur les Bidonvilles (projection vendredi 4 septembre). Je demande à nouveau au gérant si le message est de montrer les bienfaits des bidonvilles. Il me répond que c’est surtout le thème général qui compte vis à vis du rôle de recyclage dans les bidonvilles. J’insiste sur le caractère de pauvreté de ces constructions spontanées, au final il avoue que ce modèle est le futur des villes (ou plutôt le retour au passé?). Mon impression première est donc vérifiée. En effet, l’empreinte écologique des bidonvilles serait faible car les habitants utilisent de manière spontanée (réappropriation de leur espace) des matériaux et des déchets recyclés.

Ceci est un peu absurde, c’est donc réellement une vision décroissante de la société où le repli autarcique dans son espace, dans sa communauté ou sa ville serait conçue de façon spontanée, démocratique et écologique par l’initiative de ses habitants, mais ont ils le choix? D’autant plus que la notion d’empreinte écologique est controversée et ses critères ne sont pas liées au recyclage (qui peut avoir des inconvénients). Les habitants ont aussi besoin de se chauffer (et généralement cela participe à la déforestation de nombreux pays du Sud dans ce cas). Nous y reviendrons lors de sa diffusion…

Bref, un peu étonné, il se met à parler spontanément du film sur l’agriculture « Le temps des grâces ». On peut voir dans ce film, entre autres, Marc Dufumier  : agronome et théoricien du tout-bio (voir ses livres), Claude et Lydia Bourguignon les agronomes chantres de la vie des sols (vrai pour le coup, mais il ne sont pas les seuls à le dire et ils ne publient plus depuis 25 ans…). En fin compte, dans ces films c’est l’image qui compte pour le public, ajoute-t-il : « un agriculteur à la retraite dit ce champs de mais jaune c’est un désert ». Il n’est pas tout simplement mûr?  » On voit Bourguignon qui prend une poignée de terre, c’est vivant! ». Oui et après?

Je lui rétorque que Bourguignon est assez controversé, qu’il n’est pas forcément rigoureux dans ses conférences. La portée de l’image est-ce suffisant?  C’est surtout sensationnel et incite à l’émotion plutôt que la raison, une éducation doit apprendre et faire réfléchir… Il finit par me dire qu’il a privilégié le coté artistique plutôt que scientifique… Tout est dit. Comme si le public ne pouvait pas penser d’une façon rationnelle, sans besoin de complexité d’ailleurs! D’autant plus que ce festival documentaire privilégie les quartiers populaires et que ces populations ont aussi le droit d’accéder à ces connaissances. Enfin, vu le niveau et la connaissance du sujet chez les bobos-bios, c’est peut être le seul domaine égalitaire de ce point de vue…


Les films commencent, d’abord un court-métrage qui est sensé avoir un lien avec le film, vu la présence d’enfants, ce sont des films d’animation qui ont été choisis.

Source : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19547531&cfilm=227624.html

La première séquence de 3-4 minutes explique sur quoi une plante pousse : donc le sol, assez pédagogique mais il manque une partie (la naissance d’une nouvelle plante). C’est un bon moyen d’expliquer l’intérêt de la fertilité du sol et de la préserver. Ça fait penser à l’agriculture de conservation!

Ensuite vient le film : il s’agit d’un enfant à la recherche de son père, parti travailler un matin. Il traverse le pays et se rend compte de beaucoup de destruction : humaine et de l’environnement. L’organisateur du festival me dit à la fin qu’il voit le rapport de production/destruction et son père/les hommes détruisent plus ce qu’ils produisent.  On remarque que le film est financé par PétroBras, impliqué dans une affaire de corruption avec le gouvernement. Vu la déforestation, les déchets et la pollution présents dans le film, il lui est complètement défavorable, mais c’est peut être du Greenwashing ou du BlueWashing?

On perçoit dans le film les champs de coton en monoculture (encore que le soja y est plus connu), sur des dizaines de kilomètres avec des remorques (la fameuse vraie agriculture industrielle). Les ouvriers présentés sont fatigués, exploités, malades… Tous sont tristes, ils rentrent dans des amas d’immeubles qu’on devine être des favelas (bidonvilles).

Les seules distractions sont les publicités, la télévision abrutissante avec des émissions débiles, les objets de consommation… Il y a aussi des moments de joie et de culture (carnaval, fanfares) pour combler cette vie triste.

Si le tout marchand doit être dénoncé, cette focalisation uniquement sur le coté matériel et la production fait penser à la phobie des objets dans certains médias décroissants. Le remplacement des ouvriers par des machines fait songer également à la critique de la technique (Luddites avant la révolution industrielles), argument central de la décroissance également. En fait, c’est assez simpliste car en fait la technique a crée plus d’emplois qu’elle en a détruit.

En bref, si des clins d’œil sont relatifs aux problèmes spécifiques du Brésil : déforestation, croissance rapide et urbanisation, déchets, pauvreté, corruption. Ce film a une portée assez décroissante et n’est pas forcément le meilleur exemple d’éducation à l’écologie c’est à dire en disant que ce développement apporte aussi en terme de réduction de la pauvreté extrême (et donc  ce qui peut favoriser l’écologie à coté en ralentissant la déforestation et a production de déchets néfastes).

C’est néanmoins un très beau film d’animation.

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Des militants de gauche, des écologistes et Périco Legasse : vive la crise! Partie 3

Partie 1

Partie 2

Retour et dernière partie sur l’article de Périco Legasse et de nombreux autres réactions qui se résument en gros « On vous l’avait bien dit et vive la crise ». Cet article de la part de quelqu’un qui a une meilleure connaissance du sujet est plus constructif, mais il y a quelques sous-entendus récurrents qui rendent le débat irrationnel.

IMAG0796Vignoble du Languedoc-Roussillon, Gard, Crédit Photo : moi-même

Le point culminant de la PAC : une surproduction structurelle

Les agriculteurs étaient donc très protégés avec un prix potable et incitatif européen : ils se concentrèrent sur les rendements (1qa/han tout de même) sans se soucier de la qualité et de l’environnement (et il se reposèrent sur le mécanisme stockage/déstockage pour les années mauvaises). Cela aboutit à une surproduction structurelle, le déstockage n’est plus possible.

Pas trop d’organisation intentionnelle à l’horizon là encore, la PAC était parvenue à ses limites, il s’agit au contraire de pragmatisme : quand une politique ne fonctionne plus, on la change. On tente alors d’exporter pour régler le problème via les restitutions qui sont des subventions à l’envers : on vend à moitié prix pour que le blé corresponde au prix mondial (beaucoup plus bas), mais on compense en finançant la différence avec le prix européen. Sauf que ça inonde les marchés des pays pauvres comme l’Afrique (qui eux n’ont pas de protectionnisme, le lien donné est légèrement nuancé car on est loin d’être les seuls dans le monde à le faire).

La suite est connue : surplus de beurre (beurre de Noël) dans les années 80, surplus de céréales dans les années 90. Cette politique fait plonger les marchés mondiaux en créant un dumping (on vend en dessous du prix) et on déresponsabilise les agriculteurs ce qui fait exploser le budget de la PAC. Elle est réformée en 1992 : blocage de l’offre avec quotas laitiers, sucres, vin…

Le GATT abaisse les prix de 50% des céréales et la PAC instaure le gel des terres en protéagineux et oléagineux et met en place la Jachère (on met en place à ce moment les agrocarburants), on compense par des aides (primes à l’herbe, aux vaches allaitantes) contre la surproduction de la viande.

Des conséquences écologiques avérées mais avec une transition en cours

On en arrive à l’environnement, le deuxième remembrement (rassemblement des parcelles agricoles pour constituer de plus grandes exploitations agricoles) a eu lieu dans les années 50 (le premier datait de la Révolution française) : il a entraîné l’arrachage des bocages de Bretagne, de Loire d’Atlantique, un peu en Poitou Charentes.

Les conséquences écologiques sont évidentes : perturbation des écosystèmes, érosion, nitrates dans les eaux souterraines et en surface (formation des algues vertes au large), perturbateurs endocriniens pour la faune comme pour l’Homme (mais quelles conséquences pour ce dernier? C’est très discuté, la dose fait le poison et qu’il y en ai partout ne signifie pas qu’on y soit exposé, il y a eu surtout des conséquences sur les insectes et autres organismes).

Enfin, il y a eu  surtout épuisement des sols qui condamne leur productivité à terme. Par contre, contrairement à ce que dit Claude Bourguignon les sols ne sont pas « morts » : il n’est pas une entité vivante, mais il contient des organismes vivants et l’épuisement se passe quand la quantité en microfaune et macrofaune par unité de sol devient insuffisante pour assurer un renouvèlement de la matière organique. Néanmoins, il y en a toujours…

Cependant, la quantité d’engrais a recommencé à diminuer à partir de 1989 (FAOSTATS), des normes drastiques, des certifications et le plan Ecophyto (pas toujours très rationnel) ont considérablement réduit les épandages, les emplois de phytosanitaires et les pulvérisations (+ innovations techniques à ce niveau).

Sur ce constat, depuis 15 ans l’agriculture française est en transition et s’est diversifiée avec l’apparition de l’agriculture biologique certifiée, 20% des exploitations ont adopté l’agriculture écologiquement intensive (de Michel Griffon) sous la forme d’agriculture de conservation en protégeant les sols qui peuvent séquestrer le carbone et ainsi réduire l’impact du changement climatique (réduction du labour, semis direct). Ces agriculteurs se veulent modèles pour l’avenir.

La PAC dans ses réformes a aussi intégré un pilier verdissement (conditionnement des aides par rapport au bien être animal, au contrôle sur l’environnement, haies et bandes enherbées, services écosystémiques rendus). Cela reste sans doute insuffisant de ce côté et la directive Nitrate rend difficile l’agro-écologie, si on augmente la matière organique il y a nécessité d’apporter de l’azote et les normes actuelles sont trop rigides sans que ce soit forcément fondé scientifiquement.

L’agriculture raisonnée et intégrée a été aussi largement adoptée et les pulvérisations d’herbicides ou de pesticides répondent à des limites strictes d’épandages avec certification. La France fait ainsi partie des pays les plus sûrs en matière de sécurité alimentaire (que les pesticides utilisés de façon raisonnée permettent également, le bio a plus de risques de mycotoxines et autres moisissures voir analyse de l’étude de Baranski et al). Les techniques de lutte biologique (auxiliaires de cultures, biocontrole) sont aussi en expansion, cela rentre dans le concept d’agroécologie. L’agriculture de précision (numérique, capteurs et suivi des cultures en temps réel) est aussi prometteur.

Il y a donc un coté positif que ne souligne pas assez Périco Legasse et en ces temps de déclinisme, il est nécessaire de le rappeler.

La qualité un concept assez complexe

Quant à la qualité de aliments dont il parle, c’est plus compliqué à définir vu que c’est une pondération de plusieurs choses : prix, origine des ingrédients, apport nutritionnel,  la texture du produit et son goût en bouche, apport énergétique, terroir, authenticité, message éthique environnemental ou social… A vous de compléter

Il n’y a pas non plus trop de sens à subventionner les produits de qualité car ils sont sensés avoir un marché rentable par définition ! ça implique seulement une régulation pour éviter la concurrence déloyale. Indépendamment de cette notion de qualité, il semblerait plus pertinent de subventionner des coûts de production supplémentaire par une agriculture plus écologique et de proximité (abattoirs, fruitières à l’image du Jura) demandant plus de main d’œuvre. Cela ne me choque pas en soi qu’on puisse manger quelque chose dit « de qualité » à un moment (ou souvent) dans sa vie. Je ne suis pas pour une agriculture entièrement standard, mais elle existe et existera dans un contexte de marché mondial pour nourrir le monde. Il est aussi difficile de penser que l’agriculture de demain sera celle d’hier.

Sur le coté souvent intuitif du goût, il est évident que manger une tomate de son jardin ou directement en champ est « meilleure » et indépendamment des pesticides ou des variétés! Les différences ne sont pas prouvées. Cela dépend ainsi des conceptions subjectives de chacun (et surtout de ses moyens). Et tant qu’à faire il faut quand même que les prix soient accessibles à la majorité des consommateurs (objectif également de la PAC). C’est pour cela que la diversification actuelle est une bonne chose car elle peut permettre l’innovation (le bio pouvant s’inspirer de l’agriculture conventionnelle et vice versa). Chacun peut y trouver son compte.

La seule dégradation de la qualité des aliments qu’on peut reconnaître : c’était la présence massive de pesticides  dans les fruits et légumes, les fongicides pour le stockage des céréales et les antibiotiques dans la viande. Mais ce n’est plus foncièrement justifié aujourd’hui où on se situe largement en dessous des doses admises et toxiques pour la santé humaine (je renvois à la sécurité alimentaire ci-dessus, c’est un critère de qualité). D’ailleurs, si nos aliments sont si mauvais et toxiques, on se demande pourquoi l’espérance de vie ne cesse d’augmenter. Quant aux cancers, il ne faut pas confondre incidence et variation car la population augmente et donc le nombre de cancers augmente forcément (c’est aussi lié au vieillissement) en variation, mais en incidence il diminue globalement.

Bref cela dépend des critères de chacun. Là ou je le rejoins, c’est sur les plats préparés, il faut vraiment une éducation au goût (plus qu’une semaine du goût) à l’école afin de savoir ce que l’on mange. Les enfants doivent pouvoir apprendre à être libre dans leurs choix alimentaires. Il est déplorable que des adolescents ne savent plus reconnaître des choux, des salades!

En définitive les réformes néolibérales post-années 90 semblent être plus en cause

Là où je vais être d’accord avec Périco Legasse c’est sur le plan politique : la PAC avait instauré la préférence communautaire, c’est à dire une politique protectionniste (taxation aux frontières pour garder un prix stable à l’abri des fluctuations mondiales), qui forme un marché unique au sein des Etats membres et instaure une concurrence des agriculteurs européens entre eux selon la théorie des avantages comparatifs. L’inconvénient c’est qu’elle ne fait pas appel à la coopération et à la concertation entre eux d’où la crise de la surproduction. Les réformes suivantes deviennent microéconomiques.

Cette politique a été plus ou moins démantelée en partie (les tarifs douaniers n’ont pas cessé de baisser depuis) après les réformes de 1992. A ce moment là, c’est la libéralisation des années 90, avec le remplacement du GATT par l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) qui conduit à un abaissement unilatéral des tarifs douaniers et une libéralisation accrue des échanges. Une nouvelle réforme a lieu en 2003. N’oublions pas non plus l’élargissement avec les pays de l’est, entre temps il y a eu l’euro également. La PAC s’aligne définitivement sur l’OMC à partir de cette date. On transforme les aides en aides découplées de la production et à paiement direct (par hectare) pour éviter les distorsions de concurrence sur le marché. C’est une logique microéconomique qui pousse à produire quand les prix sont hauts et à arrêter la production quand les prix sont bas;

Sauf qu’on a bien obtenu les résultats énoncés au dessus (jusqu’à ce que la PAC soit victime de « son succès » dans les années 80), la concurrence est restée saine.

Plusieurs pistes sont alors possibles : puisque nos filières ne sont plus compétitives dans le bas de gamme sur le marché international, la priorité passe par le renforcement du marché intérieur en redéfinissant l’équation du rapport qualité prix. Ou bien assurer la coexistence entre les deux systèmes de production par de nouveaux moyens de régulation et de stabilisation des prix (la Belgique y a pensé)? c’est le sens du rapport de Sénat qui invite à dépasser les dogmatismes en autorisant l’expérimentation des fermes des 1000 animaux. En effet, les petites exploitations à produits standards ne seront plus compétitives, seules des grandes structures peuvent l’être et peuvent assurer le maintien des intermédiaires, de l’amont et de l’aval (un ensemble de 250 000 emplois pour le lait) dans un département. Cela serait ainsi bénéfique pour l’existence de petites structures se concentrant sur le local (signes de qualité, bio ou produits particuliers).

La préservation des races rustiques est aussi un enjeu pour la biodiversité (et la sélection en gérant et en préservant les ressources génétiques), on estime à 80% la perte de ces races locales. Si on arrêtait l’idéologie?

Finalement, le point d’accord est que Légasse souligne le fond du problème : l’union européenne a été fondée sur le principe du marché unique, la compétition économique et « la concurrence libre et non faussée » entre États membres. Pourtant, il parle « de perversion de l’esprit du traité de Rome », j’ai envie de dire que le vers était déjà dans le fruit!

En conclusion, comme dans beaucoup de ses articles (il en a publié après le début de ce gros dossier politiques agricoles), il pose beaucoup de constats et d’idées intéressantes, mais il s’englue dans une vision complotiste et simpliste du Monde. Ils répètent beaucoup d’idées reçues en matière agricole non fondées le tout agrémenté de sophismes en tout genre. Si la sphère alter et anti a parfois des remarques pertinentes sur le sens d’une telle économie, elle n’utilise malheureusement pas toujours des arguments rationnels. Ainsi,  ses remarques irrationnelles ne le rendent pas crédible, dommage de la part d’un excellent critique gastronomique.

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Cinéma Ecolo Ciné-Jardins : l’ode au passé

Les jardins partagés sont désormais bien installés à Paris (surtout dans l’est). On en trouve également dans la petite couronne et dans le reste de l’Île de France.

IMAG1022Jardin partagé Pommier des Amandiers – Paris 20ème. Crédit Photo : Moi même.

Au départ, cela partait d’un aspect pragmatique (retrouver un lien avec la nature, agir contre le changement climatique, améliorer le cadre de vie et le lien social, s’éduquer à l’alimentation et à l’agriculture…), puis on passe désormais à une dimension culturelle/idéologique. C’est à dire que ces jardins vont constituer des lieux alternatifs pour le débat et la politique.

IMAG1259Le bois-Dormoy, jardin-forêt partagé rendu célèbre pour son accueil des migrants de la Chapelle – Paris 18ème – Crédit Photo : Moi-même

Le mien n’en est pas là et on a pas prévu de local associatif, mais la plupart des jardins partagés du 20ème, 19ème et 18ème ont au moins un espace de convivialité (bibliothèque, salle de lecture de débats ou des projections de films) laissant la possibilité d’effectuer des activités d’éducation populaire, des ateliers pédagogiques ou…plus orientés. Il va de soi que vu la portée souvent très militante et politisée des fondateurs de ces projets (il ne faut pas se leurrer, cela vient rarement des habitants eux mêmes, ils approuvent ensuite au niveau du conseil de quartier).

IMAG1106 (2)Jardin Partagé « 56 » Saint-Blaise, local et panneaux solaires – Paris 20ème – Crédit Photo : Moi-même

Ces débats se tournent alors vers l’écologie, ce qui est logique, mais laquelle? Si des documentaires sont à la fois intéressants et ludiques (accessibles aux enfants) pour favoriser le lien social et l’éducation, tout dépend finalement du choix de ces films! Et malheureusement ce choix peut refléter parfois les propres préjugés, visions et opinions des organisateurs de ces initiatives.

En outre, en matière de documentaire sur l’environnement, on a souvent le droit aux pires caricatures : reportages biaisés, manipulations des images, sélection des cas particuliers et de témoignages voire leur déformation, contre-vérités, faits et consensus scientifiques non mentionnés et j’en passe…

Des exemples? L’ineffable Marie-Monique Robin ; elle avait  pourtant été épinglée pour son premier film inventé (ou plutôt fantasmé) de toute pièce : « voleur de yeux » ou sa sensibilité pour le paranormal… Mais non, les médias dont les chaînes publiques et le service public lui servent les prime-time sur un plateau : le complotisme sous la forme documentaire via Le Monde Selon Monsanto, le biais de confirmation sous la forme des Moissons du futur. Chaque film est repris en livre, c’est un business juteux…

Si ce sont des enjeux fondamentaux de notre société, pour vivre sur terre tout simplement en bonne santé et en équilibre avec notre écosystème, il n’empêche qu’on ne peut pas utiliser l’écologie pour propager des mensonges, des documentaires caricaturaux, farfelus, ou qui relèvent tout simplement de la théorie du complot sans aucun esprit critique. Des débats sont organisés à la suite, mais comment débattre d’un sujet en n’ayant pas les mêmes éléments et des faits fondés de façon à l’aborder sous un angle plus politique (choix de société et des solutions proposées?)? C’est bien cette approche que je défends dans ce blog et au travers de chaque article : d’abord les faits puis ensuite réflexion et débat sur l’intégration de ces éléments dans des politiques économiques et sociales pour l’écologie.


Ce festival des Ciné-Jardin est donc organisé par l’association la Fabrique Documentaire et elle vous invite à découvrir cette année jusqu’au 26 septembre des films sur le thème de l’écologie, l’occasion de réfléchir à cette notion ou du moins ce qu’une vision urbaine peut en faire…

Venez visiter dans le même temps les jardins partagés, du 19ème, 18ème, 20ème, Saint-Ouen et Aubervilliers, ce sera au moins l’occasion de voir la mise en œuvre de la nature en ville et respirer un peu.

Parce que pour le reste…c’est bien ce que je craignais, vu le programme, les films et thèmes choisis respirent toute la caricature d’une certaine écologie populiste et réactionnaire instillée dans notre société postmoderne.

Je reviendrai ici bien entendu sur les films en eux-même. Vu le premier film du 26 juin sur l’agriculture qui argumente à à coup de Marc Dufumier (bon prof honoraire à l’Agro je l’aime bien aussi) et de Claude Bourguignon (là un peu plus problématique vu qu’il défend l’enseignement de la biodynamie), je pars déjà avec un préjugé (vision passéiste du tout bio qui est impossible à généraliser, attention je ne parle pas de « l’agro-écologie »). Mais de toute façon les autres films sont sur l’environnement en général et non plus sur l’agriculture, ça évitera des débats houleux à la fin du film :D.

Le Programme :

Samedi 29 août, Jardin-Refuge Urbain 20ème, le garçon et le Monde : un voyage fantastique, lyrique et onirique à travers un monde dominé par des animaux-machines et des êtres fantastiques. Il soulève les enjeux écologiques de notre monde moderne… On insiste bien sur le moderne et je parie que ça va parler de technologie.

IMAG1111Jardin sur le toit de la rue des Haies – Paris 20ème – Crédit Photo : moi-même

Vendredi 4 septembre, Jardin sur le toit  20e, Bidonvilles, Architectures de la ville future : Au cœur des mondes marginaux que sont les bidonvilles et squats de la planète, des individus s’approprient, érigent et animent une cité à leur image. Le film est un voyage humain et esthétique à travers les continents : à Mumbai en Inde dans le plus gros bidonville d’Asie ; à Rabat au Maroc sur d’anciennes terres agricoles ; à Lakewood au New Jersey dans un tent city ; à Marseille en France dans un quartier de caravanes ; et à Kitcisakik au Québec dans une communauté amérindienne. La bande annonce est ahurissante, c’est un hymne aux Bidonvilles? Le logement du futur? On remarquera que le Film sera présenté sur un équipement public (un gymnase), au milieu de logements sociaux et d’appartements confortables… En fait, au festival de Belleville, j’avais déjà entendu un journaliste vanter les bienfaits des bidonvilles au Moyen-âge (c’est une forme de réappropriation citoyenne de l’espace sans permis de construire, époque merveilleuse non? ). Dans des cas comme ça, on se rend compte que la vulgate postmoderne est compatible avec les pires régressions sociales et communautaires, comme s’ils avaient le choix (les riches  par contre vivent très bien) . Où est l’écologie là dedans? Dans les problèmes sanitaires? Les rats? Les déjections et pollution des sols et de l’eau dans les pays en développement?  Même France ont ils déjà vu des feux de ferraille dans les camps des Roms avec asthmes et fumées toxiques à volonté pour les voisins et surtout pour eux-mêmes ?

Les autres documentaires sont plus classiques et de bonnes intentions pour nous faire découvrir les merveilles écologiques de notre planète. On retrouve cependant encore un documentaire du même style sur le recyclage des déchets dans les Favelas du Brésil... Donc le recyclage est mis en avant comme pierre angulaire de l’écologie (en fait c’est une conception libérale de l’écologie, on le verra), mais dans un contexte où on ne peut pas faire autrement?

En fin de compte, plus on avance, plus en fait tous ces documentaires sont orientés décroissance et écologie profonde, où il se dessine un hymne à la pauvreté et aux communautés autarciques. Le spectateur intéressé n’aura droit à aucun documentaire généraliste présentant les enjeux de notre monde pour les années à venir (défi démographique, changement climatique en agriculture, avec l’urbanisation) et les solutions possibles (car elles sont multiples) dans l’état des connaissances actuelles. Seuls des documentaires sur des sujets particuliers, minoritaires pour Bobos-bio urbains , à la limite de l’indécence, seront visionnés.

Que voit-on ensuite?

Vendredi 25 septembre, Jardins du Ruisseau 18e Cowspiracy: the Sustainability Secret : « Quelle est l’activité humaine qui a le plus d’impact sur l’environnement ? Ce ne sont pas les transports, pas l’industrie… Mais l’élevage industriel. C’est l’idée choc avancée par le documentaire Cowspiracy : The sustainability secret La conspiration des vaches »). [Ce] documentaire enquête sur le silence qui pèse sur l’élevage industriel. (…) Pourquoi les grandes ONG écologiques le ménagent-elles autant ? » (Reporterre). Le titre veut déjà tout dire, le complotisme est presque dévoilé. On nous cache tout! Mais au fait qui a dit que c’était secret (FAO)? Surtout que ça a autant d’impact que les transports (14,5%), mais plus non. C’est vraiment du n’importe quoi…

Le meilleur pour la fin  et une bonne dose rire pour tout sceptique scientifique : Samedi 26 septembre, Jardins de Guinot (Saint-Ouen), Climatosceptiques : 4500 articles de scientifiques reconnus valident la réalité des changements climatiques, 23 articles la nient. Pourtant, 48% des Américains et un tiers des Français persistent à douter de l’existence du réchauffement climatique… Comment les climato-sceptiques ont-ils fait pour kidnapper les cerveaux de 48% des Américains ou d’un tiers des Français ? Tiens, celle là je l’avais encore jamais entendu, les climato-sceptiques ont donc une voix dans le monde? Si les Etats-Unis cela peut être le cas du coté de la droite, il semble qu’au contraire les climato-sceptiques soient minoritaires au vu des sommets organisés (avec succès ou non ce n’est pas le problème) sur le Climat, sans compter qu’on nous parle sans cesse de changement climatique… Mais non, le plus drôle c’est qu’ils ressortent la notion de Consensus Scientifique en citant (waou) le nombre exact d’études sur ce sujet. Je ne préjuge pas du public, mais pour les organisateurs? Je serais curieux de savoir ce qu’ils pensent des OGms (2000 études positives, avis positif de toutes les agences sanitaires du monde entier, des Instituts scientifiques prestigieux etc contre un faible nombre d’études non reproductibles, fantaisistes ou médiatiques), des vaccins (99,9% sûrs), des ondes électromagnétiques (266 études, 85 négatives mais pas reproductibles ou biaisées) etc… J’arrête, je ne voudrais pas laisser penser que les organisateurs de ce joli projet soient des adeptes de Steiner et de l’écologie spirituelle et naturaliste…

Sur ce, bon visionnage quand même si vous y allez et à moi aussi!

 

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Des militants de gauche, des écologistes et Périco Legasse : vive la crise! Partie 2

Partie 1 (mis à jour 26/08/15)

Partie 3

Je continue l’analyse de l’article de Périco Legasse, l’occasion de parler un peu des modèles agricoles dans l’Histoire récente.

1950- 1992 : une véritable révolution agricole

On a vu précédemment que ce modèle était donc assez en retard au niveau de l’organisation le rendant peu productif tant au niveau des rendements agricoles qu’au niveau financier (revenu des agriculteurs) par rapport à nos voisins européens. Le gouvernement amorce donc une révolution agricole à la sortie de la guerre (où il y avait des pénuries et du rationnement).

Première vérité : oui cette révolution a été soutenue par des syndicats comme la FNSEA (mais aussi les jeunesses catholiques, les élus ruraux…) en vantant l’amélioration des rendements, la baisse de la charge de travail (augmentation de la productivité du travail c’est non négligeable vis à vis des conditions de travail de l’époque) et l’amélioration du niveau des revenus. Était-ce donc un mensonge? Pas vraiment car les résultats ont été à la hauteur (FAOSTATS). La production en volumes a augmenté ainsi que la productivité du travail : on divise par 6 la population agricole de 1955 à 2010 ( tout compris chefs d’exploitation, actifs familiaux, salariés permanents). Cette agriculture reste alors majoritairement familiale jusqu’à nos jours, les exploitations de plus de 20 ha deviennent la norme.

-On procède à un grand désenclavement des régions (fin du localisme 😉 ) via le déploiement des transports (le train) et les camions.

-La biodiversité au niveau des plantes cultivées et des animaux est réduite (attention au niveau des variétés-population , ça ne veut pas dire qu’elle disparait, il faut nuancer ce concept qui a plusieurs échelons!), l’agrofourniture (aliments pour bétail) se développe. L’industrie de la chimie  se constitue (et les semences) et on encourage à l’achat d’intrants auprès de l’industrie. La vente des produits transformés et leur conservation s’accroit via l’industrie agroalimentaire.

Les systèmes de production se spécialisent donc : cela signifie qu’on brise le modèle polyculture-élevage en introduisant une segmentation dans les systèmes de production.  Les exploitations doivent  se réapprovisionner en intrants auprès des industries (phytosanitaires, agroéquipement, entreprise de semences et de sélection génétique), il n’y a plus de complémentarité entre cultures et entre cultures et élevage. Les régions se spécialisent (porcs en Bretagne, grandes cultures dans le bassin parisien).

-En économie cela est soutenu par la théorie des avantages comparatifs de Ricardo : une région a plus d’intérêt à se spécialiser dans le domaine où est le plus efficace pour échanger avec d’autres.

-Au niveau agronomique, cela se justifie par le milieu topographique, le contexte climatique, pédologique (les sols), la disponibilité des terres agricoles et la présence de débouchés et d’un bassin d’approvisionnement. Ainsi, si on veut que les régions redeviennent autonomes (= retour du localisme) en alimentation comme le propose EELV ou Chantal Jouanno (c’est à dire à peu près tous les produits alimentaires pour un régime équilibré) : un petit calcul pour la région Ile-de-France. Cela donc semble compliqué et impossible techniquement sans sacrifier les rendements et la diversité de l’alimentation (je reviendrai plus tard sur l’agriculture urbaine pour nuancer ce point de vue).

La critique légitime n’est donc pas tant sur un modèle industrialisé (un peu exagéré notre modèle agricole reste très familial et de taille moyenne contrairement à ce qu’on peut voir au Brésil), mais sur une logistique industrielle. C’est à dire qu’on applique l’organisation du Taylorisme et du Fordisme à l’agriculture : division horizontale du travail entre régions et exploitations, division verticale du travail avec industrie amont et aval, séparation des tâches de conception, de mise au point, de diffusion et d’utilisation des nouveaux moyens de production et des itinéraires techniques. Remis en perspective avec les tendances actuelles, on comprend alors tout de suite pourquoi la vente directe est contraire à ces principes. Par ailleurs, ces principes de division du savoir et du travail sont hérités de la pensée des Lumières (à méditer par rapport au désir de retour au passé).

Le capital s’est considérablement accru avec l’augmentation de la surface des exploitations. La mise en place de la politique agricole commune au sein du marché commun a apporté la garantie des prix (sécurité des investissements) et a favorisé l’adoption des nouvelles techniques et moyens de production. On obtient au final un emploi optimum des moyens de production (foncier, emploi, capital) et le transfert des actifs non-compétitifs vers l’industrie (en gros l’exode rural avec développement d’une économie industrielle) et les services, voir FAO.

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Suite à ce rappel, je n’aime donc pas vraiment ce discours sensationnaliste et catastrophiste en désignant un « coupable » c’est vraiment raisonner de façon complotiste comme si un jour la FNSEA s’était réveillée en ayant l’idée « d’industrialiser » pour le plaisir… Cela correspondait à une demande et un besoin de la part des paysans et on ne peut pas non plus reprocher aux politiques de l’avoir fait vu la sociologie de l’époque. Ils avaient fait la même chose sous Méline. C’est donc un peu simpliste.

De là à dire que la politique actuelle de la FNSEA va dans le bon sens, c’est un autre débat. Pour ceux qui ont des opinions tranchées sur ces questions, je rappelle qu’en logique : dire que A est probablement moins meilleur que B, ça ne signifie pas que B est meilleur que A. La réalité est toujours nuancée et complexe.

En fait,  le plus gros vient après, Périco Legasse fait un point Godwin en version agricole en se référant au plan vert d’Hitler. Ce dernier (et avant lui Guillaume II) aurait prévu que la France devienne le garde manger du IIIème Reich en imposant les réformes nécessaires à ce rêve (et du coup la spécialisation régionale). Le plan Schumann aurait ensuite repris ce projet. Cette théorie est avancée par le Centre virtuel de la construction européenne ci-dessus, la formulation repose tout autant sur la rhétorique des coupables et ne repose sur aucune données agricoles et techniques pour infirmer l’efficacité de ce « plan ». En l’absence d’autres sources non trouvées, je reste donc très sceptique sur son existence réelle.

Il s’agit sensiblement d’une figure de rhétorique de sa part. On appelle ça un Homme de Paille. C’est à dire que votre position déforme et rend grotesque la position de vos contradicteurs, à dessein ou pas. Et au final vu les progrès incontestables (FAOSTATS) de la productivité à l’hectare et par travailleur sur cette période pour nourrir le pays et l’Europe, est-ce vraiment important?

Enfin, il faut savoir que cette révolution agricole n’aurait pas pu se mettre en place sans la constitution de centres de recherche nationaux de renommée internationale tels que l’Institut National de la Recherche Agronomique (INRA) pour assurer une évaluation des risques rigoureuse et une recherche agronomique non soumise aux intérêts privés (le privé a aussi ses instituts techniques – ils furent également encouragés- mais il se positionne souvent sur quelques niches). C’est pourquoi sa remarque sur les « gourous de l’INRA » n’a rien à faire ici : il assimile cela à une croyance alors qu’ils ont surtout proposé des solutions scientifiques et techniques par rapport à la problématique de l’augmentation des rendements, c’est donc un amalgame assez grave entres faits scientifiques et courants de pensée. Et en plus il mélange production de connaissances et développements industriels qui ne sont pas du ressort des chercheurs du public (ils peuvent proposer ou analyser une transposition industrielle dans le cadre d’un partenariat). Cette stigmatisation anxiogène induit la méfiance envers l’expertise, notre société l’est déjà assez, il n’y a pas besoin d’en rajouter. Ensuite, si la République « a merdé » (on a vu que c’était faux), encore faut il préciser exactement sur quoi et se baser sur des faits. Ses amalgames et invectives sur  « l’ennemi allemand » et la recherche démontrent surtout un manque d’argument, il est plus facile d’insulter et de rechercher des coupables.

Le reste des commentaires sur cette Révolution agricole est assez étonnant (la chimie c’est mal, on leur vante la réduction du temps de travail etc), faudrait-il que les agriculteurs se tuent à la tâche? De plus en plus, surtout chez les jeunes agriculteurs, il y a une demande de réduction de la charge de travail, de vacances, de jours de congé. On n’a plus le même mode de vie! C’est d’ailleurs une incohérence avec la promotion de l’agriculture biologique ou plus écologique : nécessité de plus de main d’œuvre, mais il sera difficile de faire revenir les jeunes à la terre si ce n’est pas assez attractif… Il semble ignorer aussi l’explosion de la démographie en 50 ans et qu’on sera 9 milliards en 2050. Sans négliger le gaspillage et le contrôle de la production, il faut dans tous les cas produire plus. Il ne s’agit pas de chercher à exporter notre production dans le monde (n’empêche nous aussi la population va un peu augmenter), mais à contribuer au marché mondial par une augmentation de la production de céréales par exemple à 44%. Un marché mondial est une forme de mutualisation des risques car il met à l’abri l’ensemble des pays des aléas climatiques.

Toute la trame de sa réflexion se base en fin de compte sur un prétendu mensonge des performances économiques du modèle agricole, comme si tout avait été prévu et organisé depuis le début.  La science économique que je sache n’est pas exacte.

Par contre quand on constate que ça ne marche plus on change : ce sont des choix politiques. Les retombées n’étaient surement pas prévues et la suite des évènements montre surtout des réformes successives pour tenter de corriger les défauts. Si ces réformes sont guidées par l’idéologie, cela se fait sur le moment, mais de là à croire que la cause première de la modernisation a conduit à la crise d’aujourd’hui, c’est une erreur de logique ou de raisonnement. Il ne doute pas de la bonne foi, mais il ne peut pas s’empêcher d’accuser, ça peut induire de la confusion dans l’esprit du lecteur. Finalement, cette position repose sur une faille logique assez courante qu’on appelle un Non Sequitur, à savoir que la conclusion ne découle pas logiquement des arguments.

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Des militants de gauche, des écologistes et Périco Legasse : vive la crise! Partie 1

J’analyse ici l’article de Perico Legasse sur la crise de l’élevage, l’occasion de rappeler quelques faits historiques pour cet article intéressant mais exagéré. C’est parti pour un peu de développement agricole.

Sommaire :

Partie 1

Partie 2

Partie 3


Depuis quelques semaines (et même depuis plusieurs années), il y a une crise de l’élevage importante, notamment sur le porc :10% des exploitations d’élevage seraient en faillite.

Pourtant, de façon régulière, j’entends chaque jour de la part de camarades, d’amis, de militants écolos, de gens de « gauche », et même de militants « patriotes » : vive la crise!*

La référence est voulue. Cette émission que je n’ai pas connu, diffusée dans les années 80 (avec Yves Montand et Laurent Joffrin), avait l’ambition de convaincre les français que la crise avait du bon, que ça annonçait une nouvelle ère, un changement bénéfique pour tous… On sait ce qu’il en est aujourd’hui et je me contenterais de citer Gramsci pour dire ce que j’en pense (Traduction française : Serge Venturini dans Éclats d’une poétique de l’inaccompli, p. 12).

« La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître :  le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres »

Bref, ces remarques me mettent mal à l’aise (et je ne suis pas le seul, voir cet excellent blog ) : elles sont mesquines, indécentes et témoignent d’ailleurs d’une méconnaissance totale des problématiques agricoles (et de l’entreprise également). Le blog ci-dessus a bien mis les points sur les I, cette crise signifie au quotidien: endettement prolongé, une impossibilité à payer ses factures, puis vient ensuite la faillite et là c’est la ruine pour un couple, des familles, et encore plus pour les célibataires. Il n’y a donc pas de quoi se réjouir.

Pourtant, certains s’en réjouissent comme le journaliste critique gastronomique au Magazine Marianne : Perico Legasse, c’est son article que je vais analyser ici.

Je tiens à préciser que j’ai beaucoup de sympathie pour M Legasse et je me sens proche de ses idées politiques sur beaucoup de sujets. J’admire sa passion pour les terroirs, les régions et les produits de notre pays et c’est par ailleurs un excellent critique gastronomique au sein de Marianne. Je l’ai déjà vu en conférence sur l’agriculture à Sciences Po (à voir sur un Historique de l’agriculture en France et le lien avec l’Union européenne), mais disons que quand il commence à s’exprimer sur des sujets plus précis et techniques en matière d’agriculture et d’écologie, ça coince. De même pour sa femme, la journaliste Natacha Polony *(qui a été de ma tendance politique à un moment), son intérêt pour l’écologie est quand même proche d’un fantasme… décroissant. Je critique donc de façon amicale.

Pour commencer, il faut rappeler les bases de l’économie agricole, ainsi pour vous faire comprendre que cette crise n’a pas un lien direct avec les modes de production (un élevage bio devrait être aussi compétitif dans une économie de marché), je vous invite à lire cet excellent résumé d’un camarade Ancien Agro. Cela donne déjà pas mal de pistes et des solutions possibles.

Dans votre entourage, en plus de rencontrer les experts autoproclamés du « on vous l’avait bien dit, ce modèle n’est pas durable « , vous allez aussi entendre des irréductibles qui ont la solution miracle : la vente directe ou le circuit court. C’est un peu court oui car d’après ce que disent des agriculteurs, c’est une niche (moins de 10 % du marché) et cela demande énormément de travail, d’organisation, un agriculteur ne peut pas tout faire (il a déjà sa production!) et tous les agriculteurs ne sont pas des commerciaux en puissance. Certes on peut toujours embaucher (mais avec quelles conditions de travail ?); c’est d’ailleurs le principal l’argument économique des tenants de l’agriculture biologique et du localisme. Les prélèvements obligatoires, la règlementation et les normes sont déjà très lourds  pour les agriculteurs, la réalité c’est donc plutôt le recours aux stagiaires ou l’appel à des entreprises externes pour des travaux (genre la préparation du sol). Niveau progrès social on peut faire mieux. Évidemment, d’autres agriculteurs plus favorisés peuvent vouloir le mettre en place et cet autre excellent article vous explique pourquoi. Globalement cela reste insuffisant et c’est une fausse alternative (en tout cas dans le système actuel, il faudrait tout réformer).

Revenons à l’article en question. Le premier paragraphe résume grossièrement l’historique de la « Révolution agricole » d’après-guerre. C’est en partie vrai.  En résumé Perico Legasse blâme la mise en place de ce qu’il appelle une « agriculture productiviste et industrielle » dans les années 50, ce modèle de production a surproduit de façon intensive (lait, viande) au détriment de la qualité (et de l’environnement ce qui est vrai). Il a été encouragé par la PAC (qui rémunérait les agriculteurs à la production) jusque dans les années 80. C’est donc un modèle européen. Mais, en France, Il déplore que cela se soit mis en place avec la complicité du gouvernement de l’époque (et des suivants) qui aurait tout cédé à la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles). Ce syndicat agricole était tout puissant à la sortie de la guerre (l’ancien syndicat s’était compromis avec le Régime de Vichy). Il l’est encore aujourd’hui car il représente environ 60% des agriculteurs. Il faut l’avoir en tête quand on critique ce syndicat, ses élus sont choisis démocratiquement et il est majoritaire aux élections professionnelles. C’est donc un choix à respecter même si on préfère ses opposants (la Coordination Rurale et la Confédération Paysanne de José Bové). Attaquer un syndicat est légitime, mais assimiler l’action de ses dirigeants à tous les agriculteurs à lui est indigne et malhonnête. C’est un peu comme si votre patron avait une politique d’entreprise très contestable et qu’on vous assimile à lui. Si les agriculteurs le choisissent c’est bien pour des raisons (et pas seulement parce qu’ils aimeraient polluer). Par ailleurs, Xavier Beulin est lui même agriculteur et éleveur, il est donc légitime au niveau représentation.

Périco Legasse critique donc le choix d’une agriculture intensive en utilisant l’attaque ad hominem contre la FNSEA (et son président Xavier Beulin). D’emblée, c’est un peu fort. Critique t-on autant les autres dirigeants des autres fédérations professionnelles? Le rôle d’un syndicat professionnel est tout de même de défendre ses intérêts, qui ne le fait pas? Dans une société démocratique où le dialogue social doit être favorisé, tous les parties ont le droit d’exprimer leurs revendications. C’est d’autant plus cocasse que dans l’industrie, les syndicats de travailleurs ont la voix des partis de gauche (enfin ce qu’il en reste), mais quand il s’agit de la majorité des agriculteurs (représentés par la FNSEA), c’est tout de suite honteux! On ne peut quand même pas leur reprocher! Cet argumentaire à charge, à tonalité très complotiste (tout a été organisé dans le but de…) ne rend pas très crédible la cause en faveur d’une agriculture plus écologique et de meilleure qualité (à mon sens elle doit par contre rester intensive par rapport aux enjeux futurs). L’autre ennemi désigné est la grande distribution ce qui est déjà plus fondé. On sait effectivement qu’elle se livre à une guerre des prix avec des méthodes pas toujours très loyales (déréférencement, pressions sur les couts). Mais les industries agroalimentaires en souffrent tout autant dans cette histoire (98% sont des PME). Ce n’est pas seulement une opposition agriculteurs vs industrie agroalimentaire et grande distribution. On peut également pointer le manque de solidarité entre les filières : les industries rognant les prix d’achat des premières premières pour garder leurs marges (qui restent faibles pour des produits de grande consommation), la grande distribution faisant de même et ainsi de suite… La crise économique n’arrange pas cette situation de compétition pour survivre. Cela s’est produit la semaine dernière avec Bigard et la Cooperl qui refusent de payer le porc à 1,40 euros (soit au dessus du cout de revient pour éviter de vendre à perte).

Un point maintenant sur l’historique, était-ce si terrible et destructeur ce choix de « Révolution agricole » (repris par les mouvements écologistes)? Mais au fait qu’elle était la situation de la France au niveau agricole avant la deuxième guerre mondiale, puis au sortie de la guerre? Des rappels importants sont nécessaires (Source : cours de développement agricole de Sophie Devienne) :

1890-1930 : une modernisation légère sous protection :

A cette époque, la France fit le choix du protectionnisme (décision de Jules Méline) contrairement à ses voisins anglais et néerlandais. Cette politique sauve l’agriculture française de la ruine suite à la première mondialisation au XIXème siècle. La misère rurale disparait, la mécanisation se poursuit provoquant l’exode rural, les premiers phytosanitaires et engrais de synthèses sont utilisés (phosphore, et les nitrates du Chili puis synthèse en 1920), la productivité augmente pour les petits agriculteurs.

Cet exode rural est compensé par la création d’emplois dans le secteur industriel (révolution industrielle). Mais le développement à cette période est au final très inégal. Le modèle agricole français (exploitations de taille moyenne) se constitue, on observe une diminution des exploitations de moins de 10 ha. L’inégalité entre les territoires augmente, les régions marginales rencontrent des handicaps liés au milieux (montagnes sèches en Midi Pyrénées) et aussi par des handicaps liés au retard de la révolution « fourragère » : difficultés d’adoption de mécanisation de la culture attelée. Des régions entières se vident.

Jusqu’à la fin de la guerre, on a donc un modèle fondé sur des exploitations de taille moyenne, légèrement modernisé, mais qui reste essentiellement sous forme d’autosubsistance (agriculture vivrière), modèle autarcique de la polyculture-élevage (qui est en fait le modèle aujourd’hui de l’agriculture biologique!).

Ce modèle est encore en vigueur dans les pays du Sud et le chiffre des 2/3 des terres agricoles sont occupées par l’élevage vient de là (parce que ce sont des sols trop pauvres mais le vrai chiffre est plutôt de 62% entre pâturages et polycultures fourragères).

A noter que les réformes agraires du 19ème siècle avaient introduit les rotations dans les cultures. Les paysans constituent 53% de la population active, et 70% de la population française est rurale. On comprend donc parfaitement ces choix politiques (et juger en 2015 est donc absurde).

*L’article est à charge et la juge un peu vite, elle fait le tour de France chaque année avec son mari pour visiter ces terroirs justement. Heureusement qu’on peut avoir son avis (avec un contenu bien documenté) en étant parisien (et en ayant un intérêt pour les campagnes)! En plus, d’après ses dires elle habite plutôt dans l’est parisien, l’argument des beaux quartiers est un peu facile…

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