Le 100% bio est possible…dans un autre monde

Pour la première fois, une étude reconnaît que le 100% bio n’est pas viable sans changements de comportements, et là encore la lecture de l’étude laisse penser à une impossibilité physique et chimique. Les lois physique sont plus fortes que les slogans politiciens…

Bio

Une étude parue dans la prestigieuse revue Nature a tenté de proposer des scénarios pour nourrir le monde en agriculture biologique. Une centaine de scénarios sont proposés pour tester le 100% bio selon différentes variables telles que le climat (influence sur les rendements agricoles), la réduction du gaspillage et la réduction de la consommation de viande.

ScenariosFig3

Calcul des déficits et excès en Azote N en Kg N/ha suivant les différentes variables des scénarios. On voit que les scénarios au delà de 70% de bio ne sont pas viables, la fertilisation étant essentielle pour les rendements des cultures. Muller et al, 2017.

Pour commencer, il s’agit évidemment d’une modélisation théorique avec une centaine de scénarios, ainsi ça ne représente pas une situation réaliste. Il s’agit en réalité de prospective de façon à inspirer des mesures politiques.  Ce n’est en rien une démonstration d’un modèle clé en main. Dans ces conditions, à part montrer une orientation idéologique, ce genre d’exercice a t-il vraiment un intérêt pour l’agriculture qui dépend tant du local et du régional (climat, sol, écosystèmes)? Un scénario mondial au vu des disparités si fortes entre régions ne permet pas d’en déduire quelque chose, les moyennes utilisées sont d’ailleurs biaisées et sont peu transposables dans le cas français.

Sur les auteurs, leurs affiliations n’est pas totalement neutre, ils appartiennent au FIBL qui est un organisme suisse travaillant sur l’agriculture biologique et qui le promeut. Néanmoins, le directeur n’est pas dogmatique et a même défendu les nouvelles techniques d’ingénierie génétique ce qui est plutôt iconoclaste dans le milieu de la bio. Mais il est plus intéressant d’analyser les hypothèses choisies et les résultats de l’étude comme toute démarche scientifique, en fait elles se révèlent biaisées si ce n’est fausses. C’est une véritable caricature où on choisit le pire du conventionnel pour le comparer au meilleur du bio.

Les hypothèses :

Les hypothèses choisies sont dites conservatrices par les auteurs c’est à dire qu’ils supposent que les variables (vitesse d’érosion, consommation d’eau…) entre le bio et le conventionnel sont égales. Ça n’a pourtant rien de conservateur, c’est la réalité factuelle de la littérature scientifique existant sur le bio : dans la majorité des cas à production égale (et donc à grande échelle comme le veut montrer cette étude) on peine à voir la supériorité de l’un sur l’autre. Seuls les fruits et le lait montrent un très bon impact sur l’environnement. On peut donc penser que ces hypothèses de calcul sont bonnes. Mais ensuite, le reste laisse transparaitre de nombreux préjugés.

Un monde bio se résume à plus de déforestation, d’érosion et de surfaces mises en cultures


L’étude nous annonce, qu’en moyenne sans contraintes, les scénarios mènent à une augmentation des surfaces cultivées de 16% à 33% pour des écarts de rendements (baisse) de 8% à 25%, une augmentation de l’érosion de 10% à 30% et donc une déforestation jusqu’à 15%.
D’emblée on ne peut être que sidéré devant tant de réalisme, la majorité de la littérature scientifique laissait entrevoir ce résultat. Mais on aurait espéré que l’étude reconnaisse les faiblesses du bio par rapport au conventionnel pour éventuellement proposer des améliorations. Mais pas du tout, l’étude se met à proposer des contraintes pour que la réalité rentre dans ses opinions préconçues. Il faut donc modéliser les scénarios pour que le 100% devienne réalité via un changement culturel de société comme la consommation de viande et le gaspillage. En gros, changez les humains et leurs comportements et la réalité bio deviendra possible. Est-on toujours dans le domaine de la science à ce niveau?

ACVimpactbio

Le conventionnel est donc reconnu efficient sauf pour les pesticides et l’azote, paramètres largement améliorables selon des systèmes de protection intégrée et raisonnée. En revanche le bio…

Des rendements optimistes et inexistants en France

On s’étonne de voir des rendements qui feraient penser que le bio et le conventionnel produisent pareil : entre 8% et 25% d’écarts de rendement. Ces chiffres sont des données moyennes mondiales, elles sont donc peu pertinentes au vu de la diversité des régions comme je l’ai évoqué. Et pour la France ça ne nous apprend rien.
Surtout, les sources utilisées sont des méta-analyses dans certaines régions du monde et les différences quasi nulles entre le bio et le non-bio correspondent à certaines conditions. Le bio a un sens au niveau local mais ne peut être généralisé. En France, les rendements réels des céréales, oléagineux et légumineuses (85% de notre alimentation) sont bien au delà de 30% par rapport au conventionnel. Et ce n’est pas mieux pour les légumes (pommes de terre par exemple). Les polycultures contrairement aux idées reçues ne font pas miraculeusement augmenter les rendements, elles ont surtout un sens à moyen terme (stabilité des rendements et pression des ravageurs). Une autre source montre une réduction à 20% grâce aux légumineuses, mais là encore il s’agit d’une étude en station expérimentale en conditions contrôlées.
Le rendement risque aussi de diminuer en allongeant les rotations, en effet le bio a souvent des rotations longues en couplage avec l’élevage (5 à 7 ans) avec souvent 2 à 3 ans de luzerne pour nourrir les animaux (ou en bio énergie). Là encore, cela prend la place de céréales et les rendements se réduiront. Les légumineuses prévoient aussi de monter à 20% ce qui prend encore de la place alors que les rendements risquent de diminuer drastiquement (on est à 50% de moins pour le blé bio).
Un effet phytosanitaire négligé dans le rendement :
Une hypothèse manque dans cette étude, c’est que les écarts de rendements sont supposés constants or rien n’indique qu’ils soient indépendants. En réalité, comme la vaccination, les pesticides utilisés actuellement limitent le développement des maladies secondaires les plus virulentes comme le black-rot. Comme les attaques de criquets en Afrique, on pourrait revoir des nuées de maladies. Il faudra en tout cas diversifier les stratégies et il faut l’anticiper. Mais on peut largement douter que les rendements du bio restent aussi hauts dans ces conditions sans l’effet protection de ses voisins conventionnels. Le climat modélise la variation du rendements selon la température, mais on ne prend pas en compte l’éventuelle diminution par une augmentation de la pression des maladies et des ravageurs. Si une part de bio (20% par exemple) permettrait  d’améliorer dans l’autre sens les rendements du conventionnel en favorisant les auxiliaires de culture (mais là encore c’est pas non plus évident pour le bio rien ne prouve que la biodiversité soit augmentée sur un territoire), la réalité ne se résume pas à cette binarité, les techniques sont tout à fait transposables dans le conventionnel et on sait le rendre efficace.
L’impact environnemental est déduit du 0 % phytos, mais le bio n’est pas sans pesticides
Il faudrait rappeler que le bio n’est pas sans pesticides et autorise plus de 400 intrants, les plus utilisés sont du sulfate de cuivre ou du soufre par exemple. Ils choisissent de ne pas modéliser l’augmentation du cuivre. Or au vu de sa plus faible efficacité, il faudrait compter plus de passages et donc plus de C02. Dans ce conditions, la faible baisse des GES avancée dans l’étude sur le climat paraît bien optimiste . Et on ne parle pas de la toxicité accrue ainsi que sa rémanence, les sols des vignobles européens (mildiou et oïdium) sont déjà contaminés en excès.

Une fertilisation déficitaire et qui n’est pas comblée pour +50% de bio

 

La principale faiblesse de l’agriculture biologique soulignée dans la littérature, mais qui n’avait jamais été mise en valeur ni énoncée vraiment est enfin démontrée ici. Aucun scénario n’arrive à 100% et on arrive difficilement à avoir un équilibre en fertilisation azotée au delà de 50% de bio dans tous les scénarios . C’est cette question centrale du recyclage des nutriments (fertilisation NPK) qui est le problème du bio. On doit en effet restaurer les éléments exportés lors de la récolte (selon les lois de la chimie et de la physique, rien ne se perd, tout se transforme) comme l’azote, le phosphore et le potassium. Les cultures consomment plus ou moins ces différents nutriments, mais la fertilisation azotée a été un réel progrès en matière de dosage adéquat et d’augmentation des rendements (linéaire). C’est un vecteur de rendement énorme.
Si certaines régions à l’inverse sont en excès avec des élevages concentrés (Bretagne), il n’en reste pas moins qu’en général en conventionnel on est pas limité par les contraintes du bio et on peut arriver à un équilibre en améliorant le système (ajout de légumineuses, bilan prévisionnel de l’azote )pour ne mettre que ce qu’on a besoin. Ici à moyen terme, les sols s’épuisent et en plus on nous dit que l’absence d’herbicides demandera du labour avec de l’érosion en perspective!
Les légumineuses substituent un peu d’azote, mais là encore c’est largement insuffisant et les auteurs reconnaissent que c’est controversé. On pense qu’elles peuvent apporter 80 U, mais il faudrait 200 à 300 U d’azote pour satisfaire un rendement optimal. Il y a aussi des phénomènes d’inhibition et les légumineuses ne semblent être valables qu’en bio (avec des résultats mitigés en France) . Quant aux cultures associées permettant d’éviter une trop grande perte de rendements, elles sont peu efficaces.
 Il n’y a pas de fertilisation non azotée, ils n’ont pas choisi de le modéliser. C’est dommage, ce serait complémentaire. Parce que toutes les cultures encore une fois ne se valent pas là-dessus, si on passe à un régime végétalien avec des légumineuses, il faut du soja (qui est une très bonne tête de rotation), or il consomme beaucoup de phosphore…
Enfin, sur la fertilisation, le problème c’est qu’on ne sait pas de quel système bio ils parlent. Les normes de la bio ne sont pas les mêmes ni au niveau mondial ni  en UE,  de la même façon on ne sait pas de quel modèle conventionnel il s’agit. Mais au vu des hypothèses, on devine aisément : il s’agit du pire, le plus caricatural en matière de gestion des effluents, de l’azote (sans bilan prévisionnel ou des intercultures) et avec un usage excessif de pesticides.

Ce n’est pas viable? Et bien changeons les comportements et réduisons l’élevage!

 

Ce raisonnement serait ubuesque s’il n’était pas publié dans une revue scientifique de prestige, il s’agirait donc de prendre l’élevage comme variable de substitution comme on fait une règle de trois. Il faudrait quasiment supprimer toutes les cultures et fourrages animaux au bénéfice d’un élevage herbager comptant pour 11% de notre régime alimentaire. Si ce chiffre est un optimum dans des scénarios de régime végétalien. Il n’en reste pas moins que cette substitution est simpliste. En effet les terres d’élevage ne sont pas faites pour les humains, une bonne partie se situe en pente ou dans les montagnes (prairies permanentes), le reste est utile pour les rotations diversifiées (retournement des prairies), et les fourrages poussent moins sur des terres moins fertiles. Transférer de la culture humaine diminuerait le rendement. Enfin, les auteurs parlent de gaspillage, mais réduire l’élevage serait un gaspillage énergétique car l’élevage recycle des protéines non digestibles et valorisent aussi une bonne partie de nos cultures (volaille, porcs).
Mais l’élevage reste important dans le cycle de nutriments, or justement les scénarios soulignent  déficit constant en nutriments pour l’agriculture biologique. On voit mal pourquoi réduire l’élevage, alors que le bio semble être souvent couplé à l’élevage (via les rotations, la luzerne pour remplacer les herbicides et maitriser les adventices) sous la forme de polyculture-élevage.  De plus, il y a des problèmes techniques parce qu’une part on suppose que c’est l’élevage concentré qui est réduit, or c’est celui là qui permet de transférer les boues et épandages de fumiers vers le végétal, du coup comment fertiliser le bio? Et enfin, sur des rotations allongées on a des prairies temporaires qui permettent  une forte biodiversité en microorganismes du sol (donc une fertilité importante) et une forte matière organique grâce à la fertilisation de l’élevage. Or le retournement de ces prairies permet ensuite de réduire le besoin des engrais azotés pour la culture végétale qui suit!
Et puis ça manque de recul historique voire d’analyse agronomique au delà d’une modélisation, en effet l’élevage s’est déjà considérablement réduit. Le modèle polyculture-élevage était la norme il y a 60 ans. En France, on a donc eu une chute des prairies permanentes et temporaires qui parsemaient les régions de grandes cultures aujourd’hui. Or on a observé que cette réduction de l’élevage a réduit fortement la diversité des triplets de rotations (3 ans, passant de 50 à 20 types) en ajoutant du colza, et cette plante étant forte consommatrice en phytosanitaires, c’est elle qui a tiré par le haut l’utilisation intensive du végétal (et par baisse de la diversité on a eu aussi une augmentation de l’utilisation face aux maladies). On peut douter dans ces conditions que la baisse de l’élevage contribue à une agriculture plus durable et sous la forme de bio il y aura un déficit majeur en terme de fertilisation et d’érosion du sol (car le fumier permet aussi la restructuration du sol et la rétention d’eau).
Dans ces conditions, on ne peut anticiper qu’une division des rendements par 8 comme on avait au début du XX ème siècle (à 10 20qx/ha pour le blé). Avec moins de casse pour un scénario à 50% qui parait équilibré (mais là encore à voir au niveau régional et local, ce qui est moins certain en France). Mais on voit quand même une augmentation non négligeable de tous les facteurs qu’on cherche à éviter dans une perspective d’augmentation de la population.

Le gaspillage oui mais pour améliorer le conventionnel 

 

Enfin, la publication a aussi testé le gaspillage alimentaire. Si on peut être d’accord sur ce dernier point, il n’en reste pas moins que c’est aussi un sujet très variable au niveau mondial, il n’est pas dans la même position de la chaine alimentaire suivant les pays riches ou pays en voie de développement. On perd encore ici l’intérêt d’une telle modélisation. Dans les pays riches, c’est au niveau du consommateur essentiellement , même si le travail en amont est perfectible. Ils parlent du compostage et du recyclage des déchets urbains pour éventuellement substituer du fumier, il reste donc à voir si des technologies pourront se développer dans ce domaine et c’est prometteur.
Mais là encore, le compost a besoin de beaucoup d’eau pour être efficace et il doit être transporté (coûts économiques?) des villes vers les champs. Il peut aussi polluer s’il est mal conçu, il manque donc une analyse environnementale pour le recyclage se substituant au fumier. De plus, comme il a été souligné il n’y a pas d’analyse économique dans cette étude et c’est bien dommage. Dans une économie de marché, un 100% bio ne donnerait pas les prix qu’on a actuellement et ils pourraient même rester très chers pour le consommateur à cause des coûts de production plus élevés pour certaines cultures.
Sur l’idée de réduire le gaspillage pour économiser de la nourriture, on a du mal à voir le lien avec le bio parce qu’en même temps son cahier des charges interdit l’utilisation des conservateurs, additifs de synthèse et autres technologies comme l’ionisation (avec de la pseudoscience au passage). Or l’amélioration de la conservation a permis aussi de réduire le gaspillage.
C’est pourquoi à partir de ces éléments, je ne vois pas en quoi le bio serait utile dans cette perspective pour réduire le gaspillage, les pertes d’aliments en passant au bio sont une autre hypothèse qui n’est pas retenue dans les modèles. En revanche, on ne s’appuie que sur les comportements des humains pour réduire l’usage, là encore le modèle ne peut exister que si la société et les humains changent. C’est problématique comme façon d’orienter sa conclusion.

 In fine  : le tout bio se heurte à des limites physiques

 

 En conclusion, sauf si, par malheur, une dictature verte se mettait en place avec la diminution des ressources fossiles aboutissant à l’obligation du bio (et les catastrophes sanitaires, humaines, écologiques que cela pourrait entrainer), le bio n’est pas viable dans le monde actuel. Mais d’un point de vue libre entreprise, il est tout à fait normal de répondre à une demande de certains consommateurs en faisant du bio. De même, des projets territoriaux ou sociaux peuvent très bien intégrer le bio, il peut représenter une utilité dans les parcs naturels, dans des territoires fragiles (agriculture urbaine) par exemple. Les méta-analyses en sources de cette étude indiquaient que le conventionnel peut avoir le même rendement que le bio sous certaines conditions, il est donc préférable d’aider à la conversion dans ces cas ci afin de gagner au niveau environnemental.
Mais cette étude arrive à démontrer en prenant le pire du conventionnel et le meilleur du bio, que le tout bio n’est pas viable physiquement et ne permet pas le recyclage des nutriments NPK, qui est le point central dans l’agriculture. C’est sa principale faiblesse qui est enfin exposée explicitement ici et ce sera donc utile pour l’avenir. Le bio n’existe que dans les projets politiques de quelques personnes, et là encore on peut douter des conséquences environnementales s’il était appliqué.
Même pour le climat, l’étude nous sort une amélioration dérisoire (8% ) alors que des manquements soulignés ci-dessus pourraient même faire augmenter ces émissions. On voit même que le bio ne vaut pas le coup pour lutter contre le changement climatique.

En revanche, le conventionnel montre seulement deux faiblesses et montre une performance inégalée, ces deux faiblesses se règlent déjà par des systèmes intermédiaires telles que l’agriculture de conservation pouvant éviter les conséquences de la baisse de l’élevage.

Alors oui, la réduction du gaspillage et manger moins de viande est nécessaire pour la biodiversité globale (en favorisant les élevages herbagers). Mais ces mesures serviraient à améliorer la performance du conventionnel par l’obtention d’impacts très positifs, et l’équilibre des nutriments est déjà faisable actuellement (agriculture de conservation et intégrée) sans passer en bio. Le bio dans cette perspective n’est pas primordial alors qu’on peut améliorer le conventionnel à moindre coûts.

 

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Interview : Un éclairage sur l’agriculture et à la santé

J’ai donné lieu à une interview audio pour le média en ligne sur youtube Liberté Académique. J’y ai abordé les controverses sur le glyphosate et les ogms et j’ai donné mon avis sur les politiques écologiques.

Bonne écoute!

 

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Une contribution pour l’agriculture au débat de la présidentielle

En cette période d’élections présidentielle, l’agriculture ne figure soit pas dans les débats , soit est présentée comme négative avec l’image de « l’agriculture intensive et chimique » et des pesticides (tous les candidats de la gauche avec des degrés plus ou moins caricaturaux). Tous les candidats excepté François Fillon ne jurent que par le bio, le local et les circuits courts sans jamais s’interroger sur la pertinence économique et environnementale de tels modèles pour une agriculture aussi diversifiée que la France. La dimension scientifique et technique de l’agriculture est totalement occultée : on glorifie  la « révolution numérique, la « rupture technologique » des énergies renouvelables, mais on ne parle jamais de l’innovation et des technologies dans l’agriculture. Pire, certaines à l’image des biotechnologies végétales sont diabolisées, la robotisation, la « climate-smart agriculture » est vu par certains comme un moyen d’augmenter les pesticides. La figure du paysan qui est en fait un agriculteur-entrepreneur n’a jamais été aussi bien formé (44% font des études supérieures) avec des compétences scientifiques et technique (climat, agronomie, mécanique, entrepreneur). Pourtant, le paysan est encore vu de façon romantique comme quelqu’un grattant la terre dans une petite exploitation traditionnelle, ou comme un pollueur arriéré dans une ferme usine au pire.

Tous les discours politiques français en fin de compte traitent l’agriculture comme une « exception » et la rejettent hors du reste du monde technologique et économique.

Alors oui l’agriculture fournit un besoin vital : la nourriture, mais si les expériences de nationalisation et de « Bien commun » avaient fonctionné dans l’Histoire, cela se serait vu. Il y a eu malheureusement de nombreuses victimes. Oui c’est un besoin vital et stratégique (l’indépendance alimentaire est au centre des enjeux géopolitiques), mais l’agriculture fonctionne mieux de façon décentralisée en étant organisée en filières privées au service de la société. Ce sont aussi des citoyen.nes qui la font et ils/elles n’en sont pas moins responsables que les autres :  ils ont besoin de manger, le bien commun n’est pas qu’étatique.

Pourtant encore aujourd’hui, dans la classe politique française, il existe cette envie inavouée d’en faire une exception nationale (ou nationaliste). On le voit encore dans la dernière loi contre l’accaparement des terres qui renforçait le pouvoir des SAFER (agences immobilières monopolistiques qui sont régulièrement dénoncées pour dérives) , elle a été censurée en partie par le Conseil Constitutionnel car elle piétinait le droit de propriété et la liberté d’entreprendre. D’ailleurs, cette politique protectionniste se confond parfois avec la peur de l’étranger; ah ces méchants chinois pollueurs qui viennent acheter des vignobles ou des usines de lait… Pas une seule fois, on ne citera leur intérêt pour la culture française et le bon vin, pas une seule fois on ne dira que la Chine n’a pas les ressources en terre arable pour nourrir sa population immense et qu’elle est obligée d’en acheter à l’étranger (sécurité alimentaire encore une fois). S’il y a d’autres contextes en Afrique, qui peut croire qu’un pays comme la France pourrait se faire dominer? Ce sont plutôt eux qui sont en position de faiblesse pour un phénomène qui ne concerne au maximum qu’un 1% des terres en France : 1% mérite-t’il de sacrifier la liberté d’entreprendre et donc les investisseurs français également pour les 99% autres?

La nostalgie caricaturale d’une agriculture collectivisée est incarnée en Jean-Luc Mélenchon et chez certains écologistes (je l’ai entendu de la bouche de certains employés d’agences régionales), mais elle figure bien dans toute la classe politique à des degrés plus ou moins softs.

Alors que ce modèle subventionné et très administré est en crise par une ouverture progressive aux marchés mondiaux (et l’évolution de la PAC), nous nous trouvons entre un entre deux : l’agriculture souffre de la réglementation, d’une organisation corporatiste empêchant un juste prix et des règles économiques très encadrées dans un contexte concurrentiel avec de moins en moins d’aides. Comment s’étonner alors d’une crise économique de cet ampleur? De mauvais choix dans les filières (viande de qualité et valorisation des races locales) dûs à l’absence d’offre et de demande? Des cultures paysannes  disparaissent ainsi dans l’indifférence sans qu’aucun politique ne parle des enjeux réels pour l’avenir. L’avenir parce que la production alimentaire n’est pas terminée et on ne peut pas uniquement se focaliser sur les enjeux environnementaux! La population française va croître de 15% et la population mondiale atteindra 9 milliards en 2050.

Au dernier Salon de l’agriculture, les visiteurs ont placé en premier trois préférences  : produire durablement de la nourriture de qualité et avec du goût. Or ces objectifs sont majoritairement des acquis de la révolution verte depuis 50 ans! Jamais on n’a aussi bien mangé qu’aujourd’hui avec une diversité de produits et une qualité sanitaire irréprochable. On avait des milliers de morts d’intoxication alimentaire en 1960 contre quelques centaines aujourd’hui et les alerte sur les pesticides ne font que baisser. Certes, le goût n’était pas la priorité et il est plus complexe à prendre en compte, mais désormais il est pris en compte dans les programmes de recherche.  Les prochaines biotechnologies permettront de s’y attaquer en activant ou inactivant des gènes pour augmenter certains composés bénéfiques.

Les questions économiques ont été reléguées au second plan, pourtant les techniques sont en route et se feront pour répondre à ces demandes variées : l’enjeu est d’avoir une politique économique ambitieuse pour l’agriculture. Le choix des modèles de production et de distribution sont l’affaire des consommateurs et des citoyens tirant la demande pour les producteurs et les industriels.

Un contexte en crise et sous de multiples contraintes :

Les enjeux d’ici 2050 sont en effet nombreux et ambitieux, il s’agit en fait de répondre à la question : Comment augmenter la production agricole et alimentaire en quantité et qualité suffisantes pour répondre aux besoins de la population mondiale en pleine croissance de manière durable, tant au niveau économique, que social et environnemental, et dans le contexte du changement climatique ?

Il reste donc à préciser les différents moyens pour y arriver en oubliant pas les modèles économiques.

L’agro-écologie est l’équivalent de « sustainable intensification » au niveau mondial et en anglais c’est-à-dire l’agriculture écologiquement intensive. Le choix des mots est d’ordre pédagogique, elle repose sur ces principes :

-Produire plus, mieux, de qualité des produits alimentaires et non-alimentaires avec un coût abordable dans des filières spécialisées et mondialisées.

-L’accès à une eau de bonne qualité et à coût réduit par la protection et la prévention en amont plutôt que le traitement des eaux.

-Préserver la biodiversité dans les paysages et les parcelles cultivées : Le Sol est reconnu en tant qu’écosystème a une place centrale pour remplacer ou substituer des intrants par la gestion de la matière organique et la biodiversité du sol. Il s’agit aussi de diversifier les cultures et de développer de nouvelles activités (espèces cultivées, arbres, essences, énergies renouvelables).

En conclusion, il s’agit d’arriver à une triple performance économique, sociale et environnementale.

Mais il s’agit de savoir quelles seront les méthodes (robotisation, machines adaptées au non-labour, génétique, aménagements écologiques, type de variétés, rôle de l’élevage, l’organisation à l’échelle du territoire) pour y arriver.

Par exemple, les légumineuses et les couverts végétaux pour réduire les engrais et diversifier les rotations ont aussi besoin d’irrigation et même de phytosanitaires supplémentaires. C’est donc des systèmes complexes et variés et il n’y a pas de réponse unique : tout dépend du contexte local. Dans ce système, les variétés performantes, les nouvelles molécules chimiques à faible impact écotoxique, l’irrigation et la robotisation ont toutes leur place car ils permettent une gestion la plus optimale possible sans rien s’interdire.

Perspectives d’évolution technologique de l’agriculture :

L’agriculture est un secteur aussi innovant que les autres et on a tendance à la traiter en « small is beautiful ». Il n’y a pas à rougir des développements technologiques comme la robotisation ainsi que les biotechnologies : la biologie moderne a accumulé énormément de connaissances, il serait absurde de refuser les avancées scientifiques alors qu’on les accepte sans même s’interroger sur l’éthique/impact sanitaire pour la voiture, l’énergie ou l’électronique…

1)En premier lieu il s’agit de viser l’optimisation dans l’utilisation des intrants, la durabilité est à l’opposé du gaspillage. Par exemple, en production laitière on a les moyens de valoriser tout le cycle de production et pas seulement le lait en y intégrant la production de biogaz et de valoriser les sous-produits. On peut aussi réfléchir à transférer des propriétés intéressantes de plantes comme le métabolisme du maïs aux autres plantes (optimisation de la photosynthèse) ou bien la capacité de fixation d’azote des légumineuses via les biotechnologies.

-D’autre part, il y a une crise de compréhension de l’agriculture via une urbanisation grandissante. Ainsi, il reste à encourager le développement de la communication entre agriculteurs et consommateurs pour connaître le métier et les contraintes agricoles. Il faut que la société soit consciente que tout choix dans l’agriculture a un coût. Si on veut voir des vaches dans un pré, il faut savoir que cela a un coût environnemental et être prêt à le payer.

Cette urbanisation oblige à un nouveau contrat entre la société et les agriculteurs : de nouveaux modes de financements, de production et de distribution se créent (AMAP, plateformes numériques, crowfunding) donnant lieu à l’agriculture urbaine, aux microfermes urbaines où à des nouveaux modes de vivre-ensemble avec la nature (jardins partagés, cultures en ville). De nouveaux marchés pourront ainsi se créer et fournir à une population urbaine des produits variés et locaux.

-Les débats sur l’étiquetage nutritionnel soulève l’importance de l’information du consommateur pour ses choix, mais la fiscalité comportementale ou l’incitation paternaliste n’a pas toujours des effets escomptés . L’éducation à la nutrition et au goût à l’école est essentielle pour avoir de vrais choix. Dans ce domaine d’ailleurs, la génétique et la connaissance du microbiote intestinal va aussi avoir un rôle via la nutrigénomique qui est la nutrition personnalisée des humains et aussi des animaux; elle peut relier le producteur au consommateur par le biais d’une technologie d’étiquetage.

La  numérisation des sols, des pratiques agricoles, des écosystèmes et des données sur les plantes vont aussi apporter les moyens d’avoir des pratiques agricoles optimales.

La nouvelle génétique (gene editing) ne produit pas forcément des ogms, mais peut par l’utilisation de biotechnologies activer par exemple les gènes dormants d’une tomate en améliorant ses propriétés nutritives. Elles apporteront aussi des réponses pour la résistance aux maladies ou aux insectes, la réduction de l’utilisation d’eau et des engrais. En viticulture où on utilise 20% de tous les volumes en phytosanitaires, les vignes résistantes sont par exemple un bon moyen de réduire massivement leur emploi.

C’est pourquoi il n’y a pas à opposer agriculture et environnement  car elle est ancrée dans ces préoccupations, et on voit aussi que la compétitivité nécessaire à l’agriculture française peut aussi faire appel à l’agro-écologie pour baisser ses charges. Ce n’est pas qu’une question de normes et de charges sociales même si le poids de l’Etat peut aussi avoir une influence sur le coût de production. Cette agro-écologie est aussi multiple et recouvre différents systèmes agricoles comme les microfermes.

2) Ces techniques se feront de toute façon, il s’agit surtout de les intégrer en redonnant toute sa place à l’offre et la demande par plus de marché.  Les politiques devraient ainsi se concentrer a) sur la place économique de l’agriculture française et de l’agroalimentaire  pour reprendre des parts de marché à l’export (on a perdu beaucoup en 15 ans), b) rendre une certaine compétitivité économique à tous les agriculteurs français et c) mettre moins de concentration monopolistique dans les filières en autorisant les agriculteurs à s’organiser. Le développement d’une agriculture locale et plus proche du consommateur (circuits-courts) se fera aussi car cela correspond à un marché dans les zones périurbaines. De même, ce développement de modèles différents n’est pas antinomique à plus de libertés économiques. Mais cela ne peut pas être une solution à moyen terme pour la majorité des agriculteurs ni par rapport à une population urbanisée qu’il faut nourrir.

Il ne faut pas oublier que le prix reste important pour une majeure partie des français et qu’on compte encore 9 millions de pauvres, les demandes des consommateurs doivent donc concilier de multiples paramètres et on ne peut réduire cela au bio où au bien-être animal. C’est pourquoi l’agriculture productive a tout son sens et sa place.

L’agriculture française semble donc aller dans deux directions : l’amélioration du bilan environnemental de son agriculture productive et d’export et le développement de l’agriculture de proximité ou alternative.

Quelques propositions :

Les programmes détaillés sont finalement peu utiles car ils seront ajustés avec toutes les réalités du terrain qu’on ne peut pas connaître dans leur ensemble. tous ces éléments et les enjeux détaillés ci-dessus permettent déjà d’inspirer une politique agricole conséquente. C’est donc non exhaustif :


Relancer la recherche publique dont l’agriculture (agronomie, écologie, génétique, élevage) en donnant à la fois des crédits stables pour tous les laboratoires (y compris ceux plus marginaux comme la sélection participative et les microfermes) et par projets d’envergure pour mettre en œuvre les connaissances déjà accumulées (il y en a en fait depuis 30 ans à l’INRA!) de façon opérationnelle. La recherche ne peut pas être non plus que top down car les expérimentations sont souvent faites dans des conditions hors réalité économique (seul Ecophyto innove un peu avec son réseau de fermes). On manque cruellement de références techniques agronomiques : il faut via la numérique organiser la diffusion des connaissances et la collaboration directe avec les agriculteurs.  La recherche pourrait par exemple recenser les pratiques innovantes sur le terrain et les évaluer dans le but de les transférer plus rapidement.

Continuer et amplifier la numérisation de toutes les données utiles et en libre accès pour optimiser les charges et les pratiques agricoles tout en informant les centres de recherche de l’utilisation des phytosanitaires pour étudier plus précisément leur impact sanitaire et environnemental.

Il manque un cadre légal basé sur les preuves et indépendant des jugements sur les techniques utilisées. La transition agro-écologique serait efficace au meilleur coût économique et social si elle incite à des systèmes aux meilleurs impacts environnementaux. C’est le cas par exemple de l’agriculture intégrée, raisonnée et de conservation (non labour et semis direct). La production biologique est indispensable comme laboratoire de l’agriculture durable et pour protéger la ressource en eau, mais elle peut en moyenne avoir moins de performances environnementales que ces systèmes intermédiaires. Il faut favoriser plutôt les pratiques et une politique d’alimentation en amont (par exemple nutrition des animaux en oméga3 ou raisonner sa consommation de viande) pour améliorer l’impact environnemental des régimes alimentaires plutôt qu’être figé dans un système particulier.  Un cahier des charges bio peut être moins optimal car limité en termes d’usages.

Les paiements environnementaux sont un moyen de valoriser ces pratiques écologiques si elles restent volontaires et dans les zones sensibles, sinon on risque d’avoir les mêmes effets que pour les subventions.

Permettre le développement économique de l’agriculture de proximité via les circuits courts  pour revaloriser des territoires délaissés. Certaines formes d’agroécologie plus low-tech  comme les microfermes sont  une chance et méritent une consolidation. On doit protéger les terres agricoles de l’urbanisation, mais ceci peut peut être s’expliquer par le contrôle excessif du foncier et le système très encadré qui conduit à des arrangements entre élus, urbanistes et SAFER… L’installation des jeunes doit être garantie avec une bonne fiscalité et les surfaces minimum d’installation pourraient être assouplies. Ce n’est pas aux pouvoirs publics (par l’aval du préfet) de dire ce qui serait rentable ou non, c’est à la responsabilité de l’agriculteur d’anticiper son modèle économique, qui imaginerait qu’on dirige cela pour tout autre type d’entreprise?

-Au niveau économique, la PAC pourrait se concentrer sur le a) développement des territoires pauvres ou en handicap naturel, b) sur l’environnement (avec le renforcement des paiements environnementaux), c) une politique alimentaire et de nutrition (à l’image du PNNS en France pour financer l’éducation au goût) et d) sur l’intervention en cas de crise via des aides contracyliques et un système assurantiel. Mais, le temps des aides publiques et des subventions doit se terminer car les conséquences au niveau international sont nocives comme pour l’agriculture africaine. La liberté d’organisation des producteurs doit par contre être permise pour négocier les prix et les lois LME/Raffarin pourraient être révisées, il n’est pas normal de conserver des monopoles à l’abri de la concurrence mondiale dans la grande distribution et un marché aussi faussé.

La révulsion face aux « fermes usines » est dangereuse car elle s’oppose finalement aux intérêts des petites exploitations. Dans une logique d’économie d’échelle et de concurrence internationale, il est plus sage de confier les produits moins chers et standardisés (mais de qualité grâce aux normes et nouvelles pratiques) à de grandes exploitations et de favoriser la montée en gamme des petites exploitations pour gagner en qualité et conquérir certaines demandes des consommateurs. Il est suicidaire (malheureusement) de continuer à favoriser des fermes de 50 ha en leur disant d’être compétitive sur le marché mondial alors qu’elles ne font pas le poids. Il faut faire en sorte qu’elles se reconnectent au consommateur et au marché (viande de qualité par exemple avec races mixtes). On ne gardera ce modèle familial (quel politique dirait de sauvegarder l’entreprise familiale d’ailleurs?) que si on fait preuve de pragmatisme en autorisant l’investissement sur des grandes fermes mais qui sauvent l’activité de toutes les autres dans un département. Et un peu de liberté : tant que ces fermes respectent les normes et n’ont rien à se reprocher au niveau environnement (il existe des contrôles déjà assez tatillons), laissons les tranquille!

Les conflits d’intérêts dans les filières (corporatisme, plusieurs casquettes en même temps) pourraient être aussi interdits. Mais il ne faut pas oublier que les marges de la grande distribution restent tout de même raisonnables, le problème est bien le prix payé faussé par une administration excessive. Assouplir l’ensemble du système administré et songer à en finir avec une planification excessive à plusieurs échelles (départemental, régional etc, foncier) parait une nécessité. Les terres agricoles peuvent être protégées par une loi et une taille critique, mais une intervention trop régulière est nuisible.

-Le conseil agricole doit être aussi indépendant (un conseil véritable est la maximisation de l’intérêt de l’acheteur et non du vendeur) et concurrentiel pour faire émerger des innovations et des nouvelles pratiques, il y aurait donc à réformer les chambres d’agriculture dans cette perspective.

Repenser une fiscalité qui ne soit pas punitive au niveau environnemental, mais qui puisse internaliser de façon juste les coûts sociaux et environnementaux des choix des agriculteurs. Pour cela, il y a une perte d’expertise en France sur l’économie des exploitations qui ne permet pas d’avoir des connaissances suffisantes pour raisonner l’optimisation des charges (et donc la diminution des intrants) à l’échelle de la ferme. La fiscalité tout en étant favorable au foncier devrait aussi éviter les charges structurelles en décourageant l’investissement à des bonnes périodes (qui plombe ensuite les années difficiles).

En conclusion, l’agriculture française en 2017 est confrontée à son avenir et à des choix douloureux ou optimistes qui décideront de sa forme dans les 10 et 20 ans à venir. Une majorité des politiques proposent une conversion au bio et au local sans mesurer les conséquences de tels choix généraux et trop verticaux, d’autres proposent simplement un ajustement à la marge en permettant le déploiement des progrès scientifiques sans changer le système économique trop verrouillé et encadré.

Ces réflexions personnelles essayent d’inspirer et de concilier ces deux voies pour  faire entendre une autre musique sur l’agriculture en faisant le choix de l’entreprise, en valorisant le statut du paysan-entrepreneur voire chercheur pour redonner envie aux jeunes de s’installer. En fin de compte, c’est une modeste contribution au débat pour une agriculture diversifiée et durable, petite ou grande ancrée dans la culture gastronomique française et qui se valorise à l’international.

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Présidentielles 2017 : Le programme environnement/Agriculture de Marine Le pen

Comme nous sommes en période d’élections importantes pour l’avenir du pays (et du monde), j’ai un peu de temps (entre autres articles en préparation) pour vous faire part de mon analyse sur les thématiques environnement et agricoles des principaux candidats à la présidentielle. Je le ferai avec toute l’objectivité nécessaire car  bien qu’ayant choisi un.e candidat.e je suis de toute façon en désaccord avec la vision générale (pas forcément les propositions concrètes) de la majorité des candidats sur ces thématiques.

Le premier de la série sera donc celui de Marine Le Pen.

marine_le_pen_agiculture

L’écologie n’est pas un thème nouveau pour l’extrême droite, Jean-Marie Le Pen avait déjà abordé ce sujet dès 1995, ce thème est un enjeu majeur  pour le FN car il peut recouvrir une dimension identitaire par la valorisation du terroir et la revendication de l’ homogénéité ethnique (c’est une interprétation raciste de la théorie de l’évolution et les biais du fixisme d’une nature immuable). Sa résurgence dans les propositions de Marine Le Pen se marie assez bien avec les thématiques anti-immigration. Depuis sa prise du parti, un collectif nommé « Nouvelle écologie » s’est crée et est animé par l’économiste Philippe Murer (il a écrit notamment sur la transition énergétique). Néanmoins, les élus frontistes une fois sur le terrain ne sont pas vraiment écologistes.

Dans les 144 propositions du programme Présidentiel de Marine Le Pen, on compte 13 propositions seulement regroupant à la fois l’agriculture et l’environnement, ce qui est assez maigre.C’est assez inquiétant quand 35% des agriculteurs voulant voter se disent prêts à voter pour le FN. Sous la bannière « Une France Durable », deux axes « LA FRANCE, PUISSANCE AGRICOLE AU SERVICE D’UNE ALIMENTATION SAINE » et « ENVIRONNEMENT ET TRANSITION ÉNERGÉTIQUE: LA FRANCE DOIT VISER L’EXCELLENCE » se déclinent. On ne fait pas plus banal…

I) LA FRANCE, PUISSANCE AGRICOLE AU SERVICE D’UNE ALIMENTATION SAINE :

La majorité des propositions économiques sont axées sur du protectionnisme et un isolement commercial de la France au nom d’une « indépendance » (comme si on pouvait être indépendant en se mettant à dos nos partenaires commerciaux), jusque là rien d’étonnant à l’extrême droite.

On peut les diviser entre la sortie de l’UE et d’accords commerciaux internationaux d’une part et la promotion du local, « manger français » d’autre part.

-Patriotisme économique en réservant la commande publique (État, collectivités) pour les paysans et pêcheurs français : autrement dit du protectionnisme en créant un petit débouché artificiel. Que seront ces débouchés? Les cantines? Les restaurants des ministères? Les hôpitaux? Ceci est déjà appliqué dans les mairies, ou par les services restauration des établissements concernés (qui sont des entreprises privées). Et dans la mesure du possible car il n’est pas possible de fournir un repas entier local en production française car nous sommes déficitaires sur les oléagineux, protéagineux et sur les fruits et légumes. Par ailleurs ces marchés ne sont pas suffisants et ne peuvent être qu’une solution à court terme. Aucune proposition ne fait mention du mot  » compétitivité  » pour notre agriculture pour le marché européen ou mondial (nous avons perdu 5% des parts de marché à l’exportation en 15 ans). Il y a aussi un différentiel de coût de production avec nos voisins européens à cause des prélèvements obligatoires très élevés. Il n’y a de toute façon aucune mesure sur le sujet si ce n’est la réduction des normes administratives. La restriction de la concurrence en favorisant un monopole peut conduire également à du favoritisme en pénalisant au final d’autres producteurs français et en limitant l’innovation et la responsabilité. C’est de l’arbitraire pur.

-Refuser les traités de libre échange (TAFTA qui n’est plus de ce monde, CETA) : Rien d’étonnant et la classe politique française est de toute façon dans l’ensemble opposée aux traités de libre échange. Ces traités imposent le libre échange par la bureaucratie (normes homogènes qui sont celles des grandes entreprises, règles d’ États qui ont le plus de pouvoir dans la négociation) ce qui est antinomique à une politique commerciale ouverte et unilatérale.  Cette homogénéisation peut restreindre l’innovation et la concurrence et en confortant des cartels d’entreprises. On peut donc être contre ces traités même en étant favorable au commerce. Néanmoins, rien d’autres n’est proposé pour les remplacer, cela veut-il dire qu’elle ne favorisera pas l’export alors que nous sommes leader sur plusieurs filières (céréales, viande bovine, sucre…)? Le commerce a pourtant aidé l’humanité depuis 2 siècles. L’extrême pauvreté est passée de 95% en 1800 à 12% aujourd’hui et on penche pour une éradication dans 15 ans.  Restreindre des débouchés potentiels à nos agriculteurs tout en prétendant les défendre relève de l’imposture, le protectionnisme par ailleurs peut coûter très cher.

La deuxième marotte est le « développement des circuits-courts » : la logique de l’ensemble des propositions crée une confusion entre circuit court et circuit local. Un circuit court est une circuit de distribution entre le consommateur et le producteur avec moins d’un intermédiaire (vente directe, plate-forme numérique, AMAP, magasin spécialisé). Un circuit long peut reposer sur du local s’il est vendu en supermarché. Si c’est un débouché évident pour des agriculteurs en voie de périurbanisation, ça ne l’est absolument pas pour le reste de l’agriculture, c’est donc un peu court comme vision agricole… Produire local est également un non-sens économique qui n’a pas non plus de sens agronomique (conditions pédoclimatiques).

Interdiction des importations ne respectant pas les normes de production françaises : avant ou après sortie de l’UE? On gardera les normes européennes en normes françaises ?  Les normes françaises étant jugées comme étant pénalisantes par rapport aux normes européennes par les agriculteurs. Les importations doivent déjà respecter les normes du pays. Il s’agit donc d’interdire d’autres importations selon quels critères? Qui contrôlera cela et comment surveiller (une armée de bureaucrates supplémentaires)? Comment seront indemnisés les filières qui dépendent de ces importations? La France importe par exemple de l’alimentation animale qui est nécessaire pour la ration en protéines de l’agriculture productive. On peut suivre les décisions politiques évidemment, mais la filière estime qu’il faudrait du temps pour s’adapter, ça ne peut donc pas s’improviser en 5 ans. Tant d’interrogations sans réponse précise… 

Quant à la traçabilité TOTALE de l’origine géographique et du lieu de transformation : oui pourquoi pas, mais elle peut s’appliquer pour les ingrédients principaux (comme la viande) et les produits peu transformés, mais absolument pas pour des produits totalement transformés. Comme le reste des produits, ceci est intégré dans des chaînes de valeur : il y a plusieurs lieux de transformation même au niveau national.

Promouvoir les exportations agricoles et labels de qualité : sans aucune mesure économique, organisationnelle et de compétitivité présent dans le programme, cela reste incantatoire. Les labels de qualité sont inconnus du reste du monde et n’offrent pas assez de potentiel de croissance pour l’industrie agroalimentaire au niveau international. On voit mal comment favoriser les exportations quand on sera sorti du marché européen et qu’on montrera de l’hostilité aux échanges commerciaux. Comment imaginer que les pays vont se laisser faire sans rien dire? Sans réformes structurelles clairement dites,  cela pourrait amener une explosion des prix pour les consommateurs et appauvrir les agriculteurs en leur fermant des marchés.

Évidemment ce seront les petites exploitations déjà mal au point qui seront balayées car ce genre de mesure ne défavorise jamais les plus riches.

-Encourager l’installation des agriculteurs par des défiscalisations : oui le foncier est majeur pour les jeunes agriculteurs, mais c’est tout? Quels défiscalisations? Quels garantis à ceux qui n’ont pas le capital ? Que dire de l’administration du foncier contre-productif et opaque ? Aucune réforme du système planificateur et monopolistique n’est à prévoir de ce coté.

La protection animale aurait du figurer dans la partie agriculture car cela concerne en premier lieu les éleveurs :

Faire de la protection animale une priorité nationale. Défendre le bien-être des animaux en interdisant l’abattage sans étourdissement préalable et en remplaçant le plus possible les expérimentations animales. Refuser le modèle des fermes-usines, du type « ferme des 1000 vaches : ce thème n’a en fait rien à voir avec l’écologie car ce n’est officiellement pas lié au Développement Durable. Ça ne mange pas de pain dit comme ça, mais on remarquera que seul l’abattage musulman est visé (et pas du tout le reste). L’expérimentation animale n’a rien à voir avec tout ça, je renvoie à mon précédent article pour savoir en quoi c’est utile.  Pour les fermes de 1000 vaches, il n’y a pas  de problème de bien être animal dans cette ferme. Il y a aucune corrélation entre la taille et des pratiques favorables ou non, les normes sont les mêmes et les installations les plus récentes avec le plus de capital sont celles qui ont les moyens de s’offrir tout le nécessaire (litière confortable, ouverture à température ambiante avec régulation automatique des conditions, jouets, espaces suffisants et gros volumes d’air par vache). De même elle permet de produire du biogaz et recycle les effluents, il y a un cycle écologique qui est mis en place. Enfin, ces grandes fermes permettent de maintenir des marchés bas de gamme à l’export (que nos fermes moyennes ne peuvent plus assurer au niveau mondial) afin de garder nos parts de marché et de maintenir l’activité dans un département (tout ce qui est en aval et en amont de l’exploitation tout de même). Elles sauvent les petites fermes au contraire!

Le meilleur reste la proposition la plus systémique : nationaliser la PAC

-Transformer la Politique Agricole Commune en Politique Agricole Française.Garantir le montant des subventions dont les critères seront fixés par la France et non plus par l’Union européenne, avec l’objectif de sauver et soutenir le modèle français des exploitations familiales : c’est à dire revenir à un modèle totalement subventionné alors que depuis 1992 les aides directes ne font que baisser!  Nous voilà revenu à l’après guerre avec un modèle de rattrapage qui a permis de moderniser l’agriculture française totalement détruite et d’arriver à l’autonomie alimentaire pour les céréales et les produits transformés. Or ceci n’est plus valable à l’heure actuelle parce que nous ne sommes pas dans ce contexte, que nous sommes intégrés dans les marchés mondiaux et que cette PAC fut à moyen terme nocive tant pour les agriculteurs européens que pour l’agriculture africaine que les produits exportés subventionnés a ruiné. Par ailleurs, il y a nécessité de développer l’autonomie alimentaire et de diversifier l’indépendance des productions, les subventions ont favorisé les plus grandes exploitations productives comme les céréales en délaissant les cultures mineures, moins productives, l’élevage et les fruits et légumes.

Elle fut ruineuse en terme de budget car l’aide à la production a provoqué des surproductions qu’on devait écouler sur les marchés mondiaux (en faisant baisser les prix pour les autres) ou acheter en masse sans savoir quoi en faire, le budget de l’époque à explosé jusque dans les années 1980. C’est Margaret Thatcher qui a fait arrêter les frais de cette fuite en avant : « I want my money back » . On était obligé de mettre des terres en jachère.

Elle fut ruineuse en terme écologique car les subventions directes déconnectent de la relation aux facteurs de production (sol, intrants, écosystèmes) empêchant l’optimisation raisonnée des charges et l’adaptation au contexte local. Cela peut conduire à des absurdités agronomiques en mettant des cultures non adaptées.

Elle fut ruineuse pour les consommateurs qui payent des produits plus chers (alors que leur budget alimentaire est de 12% aujourd’hui) et pas forcément adaptés à leur demande. Les productions se dirigent en effet toujours vers les subventions, il se peut qu’on cultive rien que pour les subventions sans avoir jamais la notion d’offre et de demande. Or c’est bien la demande des consommateurs et elle seule qui peut permettre des produits durables et de qualité (bien plus qu’ils ne le sont déjà). Les subventions appauvrissent l’innovation, l’adaptation et la créativité :  le réveil fut très brutal et destructeur quand ce système fut ouvert à la concurrence  après 1992. On me racontait encore dernièrement que des éleveurs étaient réticents à offrir un agneau de bon goût pour la fête musulmane de l’Aïd, dans ce système l’esprit entrepreneurial par la conquête des marchés et des  attentes des consommateurs ne peut pas exister.

Comment s’étonner ensuite d’une catastrophe économique? Revenir à ce système  serait catastrophique sur tous les points et la France n’aurait de toute façon pas les moyens financiers pour le mettre en œuvre vu qu’elle serait isolée au niveau commercial et aurait son économie très fragilisée.

En résumé, on ne notera aucune proposition pour régler les vrais problèmes des agriculteurs : comme la répartition de la valeur ajoutée captée par des acteurs monopolistiques (grande distribution et industriels).  La mention de la PAF  penche clairement pour une sortie de la France de l’Union Européenne alors que ce n’est pas annoncé dans le reste du programme et que Marine Le Pen a promis un référendum sur le sujet.

Doit-on alors comprendre que rien ne sera fait pour les agriculteurs avant le résultat? Et si les français votent non? La majorité des propositions énoncées ne seront alors plus applicables et la crise agricole française n’aura aucune réponse.

Au moins on n’entendra plus parler d’agro-écologie, puisqu’au final ces propositions ne mentionnent à aucun moment l’expression » transition écologique. Certains seront contents, mais ça laisse présager la réalité de la « France durable ».

II) ENVIRONNEMENT ET TRANSITION ÉNERGÉTIQUE: LA FRANCE DOIT VISER L’EXCELLENCE

6 propositions pour l’écologie à proprement parler résument cette « France Durable ».

-Pour préserver l’environnement, rompre avec le modèle économique fondé sur la mondialisation sauvage des échanges et le dumping social, sanitaire et environnemental ; la véritable écologie consiste à produire et consommer au plus près et retraiter sur place : une redite de ce qui a déjà été dit pour l’agriculture (sans doute pour meubler).  Évidemment c’est totalement faux, les transports ne comptent pas pour beaucoup dans l’empreinte carbone des productions (17% pour l’alimentation), la spécialisation a déjà bien commencé avant le XVIIIème siècle car cela correspond aux ressources et capacités de chaque pays. C’est justement une adaptation au contexte local et cela respecte donc le sens strict de « l’écologie ».

-Afin de lutter contre la précarité énergétique et agir directement sur le pouvoir d’achat des Français, faire de l’isolation de l’habitat une priorité budgétaire du quinquennat, parce que l’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas : cette partie est bien comprise car la priorité est bien l’efficacité énergétique et la baisse de la consommation, la précarité énergétique est un gros sujet pour assurer un prix décent aux famille les plus modestes. C’est un problème de pauvreté.

-Développer massivement les filières françaises des énergies renouvelables (solaire, biogaz, bois…) grâce à un protectionnisme intelligent, au patriotisme économique, à l’investissement public et privé et aux commandes d’EDF. Décréter un moratoire immédiat sur l’éolien : cela peut se faire sans « protectionnisme intelligent », la recherche est nécessaire et ce dès maintenant pour passer les verrous physiques du faible rendement des énergies renouvelables. Mais ce n’est pas forcément en faisant les mêmes erreurs (colbertisme) du passé qu’on arrivera à optimiser la production d’énergie sur le territoire. Les acteurs et élus locaux ici ne semblent pas avoir leur mot à dire.

– Pour maintenir, moderniser et sécuriser la filière nucléaire française, engager le Grand Carénage, et garder le contrôle de l’État sur EDF, en lui redonnant une véritable mission de service public. Refuser la fermeture de la centrale de Fessenheim : cette position est moins hypocrite que les autres candidats, l’ASN n’a pas trouvé de raison de fermer Fessenheim car des travaux de mise aux normes post-Fukushima ont déjà été faits. Avec les retards de l’EPR, il est difficile de prévoir une fermeture, ce serait plus de l’ordre du deuxième mandat en fonction de la montée des énergies renouvelables. Il faut en effet éviter de faire exploser le bilan carbone de notre production électrique en réduisant trop vite la part du nucléaire alors que nous sommes les meilleurs là dessus. Le véritable enjeu n’est pas d’être anti-nucléaire mais la baisse des émissions carbone si on veut être écolo. Les enjeux comme la sécurité et l’anticipation du coût du démantèlement sont bien compris.

 –Soutenir une filière française de l’hydrogène (énergie propre), par un appui de l’État en matière de recherche et développement, afin de réduire notre dépendance au pétrole :il s’agit de la marotte de Philippe Murer, mais on en est bien loin (même si le CNRS prévoit cela à long terme avec la fusion nucléaire). Sauf que le problème n’est pas la dépendance au pétrole, il faut produire de l’énergie pour faire de l’électrolyse et produire de l’hydrogène, c’est secondaire. C’est donc un faux problème, mais par contre cela peut être complémentaire à l’électrique. Mais cela manque de réflexion sur la mobilité car la consommation augmentera encore si l’usage de la voiture n’est pas réduit.

Dans toutes ce propositions, l’Etat occupe une place centrale car l’énergie est considérée comme stratégique, tout comme la transition énergétique qui doit être pilotée par l’Etat. Cette glorification de  l’Etat-Stratège pose question au vu de son échec et des problèmes financiers d’EDF. On recommence dans l’autre sens?

-Interdire l’exploitation du gaz de schiste, tant que des conditions satisfaisantes en matière d’environnement, de sécurité et de santé ne seront pas réunies, et appliquer le principe de précaution en interdisant les OGM : La même égalité qu’on retrouve chez d’autres politiques : les poncifs  refusant les OGMs et les assimilant au gaz de schiste alors que les consensus scientifiques sur le sujets n’ont rien à voir entre eux et que cela ne touche pas les mêmes problématiques. Le gaz de schiste a des risques reconnus par l’EPA mais qui peuvent être maîtrisés si la réglementation est respectée. Par contre, cela pose la question  éthique de continuer à utiliser des énergies fossiles alors que nous sommes en transition énergétique.  Les OGms sont liés à la sécurité alimentaire et à l’environnement et doivent être étudiés au cas par cas, mais le consensus actuel ne permet pas de les rejeter pour un danger quelconque.

En conclusion, ce programme axé sur le protectionnisme et l’Etat Stratège a une cohérence dans un contexte d’une société fermée où il n’y a pas de mondialisation, pas d’UE, pas de marché mondial. C’est à dire la société d’après guerre. Il repose sur une nostalgie et des mensonges économiques qui sont coûteux à moyen terme. Pour l’agriculture, rien ne se fera sans appliquer une fermeture total des marchés et des échanges et cela ne réglera en aucun cas la crise agricole, mais cela l’empirera.

Sur l’écologie, mise à part la transition énergétique et des idées reçues sur le local, il n’y a absolument rien sur l’économie circulaire (pour justement produire mieux sur place), la biodiversité (comment arrêter l’urbanisation et les atteintes? C’est pourtant un gros sujet!), la transition énergétique se résume aux mêmes recettes du passé en oubliant totalement la société civile, les acteurs locaux et le changement technologique qui a lieu sur ces énergies (où les énergies décentralisées via le numérique et une logique de flux deviendront moins chères que des énergies centralisées). Pourquoi imposer la même énergie à tous alors que des territoires peuvent en exploiter d’autres? C’est cela qui aurait pu être développé dans les axes de recherche, on ne trouvera rien.

Ce programme est une imposture et est inquiétant tant pour les agriculteurs que pour ceux qui s’inquiètent à juste titre de l’avenir de notre environnement.

 

 

 

 

 

 

 

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Loi biodiversité :entre progrès et idéologie. Les vrais enjeux n’y sont pas

Il aura fallu attendre 37 ans (1979) pour que le droit français mette à jour sa législation sur la protection de la nature et la biodiversité avec « la loi biodiversité pour la reconquête de la nature et des paysages », discutée depuis plus d’un an au Parlement. En 40 ans, le changement climatique est devenue une réalité, tout comme l’effet d’un développement humain qui a généré de nombreuses externalités négatives. Partant de ces constats, l’écologie scientifique est au service des gestionnaires pour analyser ces impacts sur notre environnement afin de les réduire, de choisir les systèmes techniques les moins négatifs pour les écosystèmes ou bien de baser notre économie sur ces écosystèmes afin de les accroître*. Au vu du temps passé, il est légitime d’attendre d’une telle loi de mettre à jour notre droit en prenant en compte les nouvelles connaissances accumulées depuis cette période. Et elles sont nombreuses, nous disposons déjà de nombreux consensus scientifiques sur la perte de biodiversité et sur les solutions à mettre en œuvre, tant au niveau agricole, qu’en terme de protection de la nature ou au niveau urbain.

Une définition floue scientifiquement et avant tout politique

Qu’est ce que la biodiversité? A première vue ce mot est utilisé à toutes les sauces au niveau du débat politique. Or scientifiquement c’est un concept difficile à définir et qui a plusieurs niveaux. C’est d’abord sous le nom de « diversité biologique » (en 1980) qu’elle est apparue.
Elle recouvre l’ensemble des formes de vie sur Terre, les relations qui existent entre elles et avec leurs milieux depuis l’origine commune de la vie. Ses niveaux sont le gène, les espèces et les écosystèmes. Ces niveaux ne sont pas indépendants, c’est là que toute la difficulté de l’évaluation et  de la quantification commence.  Il semble difficile de traiter de la même façon que la biodiversité française; la forêt amazonienne ou la savane africaine… Des zones endémiques plus menacées recèlent en effet une richesse spécifique (=nombre d’espèces sur une surface) qu’il y a plus urgent à protéger que dans des zones moins riches. Non seulement, gène et espèce sont des catégories qui ne sont pas encore totalement définies, mais comme le dit Hervé le Guyader, « décrire la biodiversité dans son ensemble signifie connaître à la fois les écosystèmes, les espèces et les gènes. Autant dire que l’on vient de créer un objet dont il est certain que la totalité de ses composants est inaccessible ». Ce mot est donc politique et reflète la géopolitique Nord-Sud. Il privilégie aussi les politiques de biologie de la conservation alors qu’il faut de plus en plus de l’ingénierie écologique.

De la stabilité à la trajectoire : une biodiversité dynamique

L’écologie est désormais évolutive et on abandonne petit à petit le concept d’équilibre fixe et de stabilité : un écosystème est dynamique et a des états ponctuels, transitoires. Tout est aléatoire, variable et hétérogène. Une addition d’espèces ou une perte ne va pas forcément abîmer un écosystème, ils peuvent même l’enrichir (même des espèces appelées invasives). Les écosystèmes sont surtout perturbés bien avant que ça arrive (comme la fin de la glaciation il y a des milliers d’années). Dans les écosystèmes aquatiques par exemple, c’est souvent suite à un milieu perturbé que les espèces exotiques vont occuper la place laissée par la régression des espèces natives. Il n’y a pas d’harmonie ou d’ordre dans la nature (ce sont les fondements créationnistes de Linné).

De la protection de la nature à la résilience et au pilotage de la biodiversité

On admet désormais la notion de résilience. Ce terme est à la mode depuis peu et est utilisé à tort dans tous les domaines. Il relève souvent d’une interprétation fausse. Holling l’a défini comme étant en fait la capacité pour un écosystème d’intégrer les conséquences d’une perturbation dans son fonctionnement, sans pour autant changer de structure qualitative. Un écosystème résilient ne revient pas à un état initial, mais il s’adapte et évolue en assurant sa pérennité par l’intégration de ces changements. C’est cette trajectoire qu’il faut surveiller. Or de nombreuses publications et de discours politiques ont repris ce terme dans son sens physique ou psychologique (retour à l’état initial) alors que sa définition prend bien en compte les trajectoires évolutives des écosystèmes. C’est une stabilité structurale. Le conservatisme et le fixisme semblent être difficile à remettre en cause…

Une bioxénophobie envers les espèces exotiques

Ces représentations de  la nature qui ne doit pas être perturbée (ni par des espèces non-natives, ni par l’humain) relèvent de préjugés essentialistes et d’une construction sociale qui sont plus en plus contredits par les preuves empiriques. Les écosystèmes suivent une trajectoire et on ne peut plus parler de « bon état écologique », de « référence » (sans compter tous les biais liés à l’impression d’un écosystème). Les « espaces de biodiversité »sont ainsi le résultat d’un processus dynamique d’interactions entre des humains et des écosystèmes, associant des composantes biologiques et sociales qui modifient les représentations et l’usage de l’objet. Or en France métropolitaine, cette biodiversité est déjà ancienne et entièrement façonnée par la co-évolution agriculture et écosystèmes naturels. La mondialisation et les échanges a apporté de nouvelles espèces qui se sont parfaitement intégrées aux écosystèmes (Ibis Sacré, crevette américaine, buddleia, moule zébrée). Dans les milieux perturbés on observe ainsi 21% d’espèces exotiques pour 10% fréquente et seulement 1 à 5% envahissantes. C’est le même ordre de grandeur que les espèces natives…

Bien plus que des invasions d’espèces (vu comme la deuxième cause de perte par les ONG), c’est le remplacement des espèces spécialistes (spécialisées d’un milieu et donc traduisant une diversité) par les espèces généralistes (adaptées à tout milieu même à ceux très perturbés) qui est donc majeur.

Ainsi, comme l’écologie est née de diverses idéologies (dont le malthusianisme), elle garde encore ces stigmates et peut parfois se perdre dans des analyses peu scientifiques afin de donner du crédit à ses travaux. Les trajectoires et la biodiversité vont ainsi se piloter** suivant les indicateurs écologiques choisis, il faut accepter qu’il n’y a plus un état de la nature « modèle ». L’écologie scientifique ne peut ainsi plus dire ce qui est bon ou mauvais. Depuis peu, de nombreux écologues et biologistes remettent en cause la « pseudoscience » que serait la biologie des invasions.

Un droit de l’environnement imprégné de fixisme

Pourtant, depuis la première loi sur la biodiversité en 1979, notre droit se fonde sur ce fixisme et cette « nature immuable ». Par exemple, la directive européenne  cadre de l’eau parle de « bon état écologique »alors qu’il est impossible à déterminer de façon unique. Il faut se référer aux multiples états viables que peut connaître un écosystème. Pour un gestionnaire, le « bon fonctionnement » serait alors l’ensemble des états qui permettent le maintien de l’écosystème au prix d’un minimum d’interventions. Elle ne prend pas non plus en compte les espèces exotiques traduisant la vision d’un écosystème originel et pur en excluant les espèces « pas de chez nous ». S’il y a bien entendu des espèces introduites vraiment invasives (malaria aviaire à Hawai ou la moule zébrée aux USA), il existe aussi des espèces natives « envahisseurs de l’intérieur » qui peuvent prospérer selon les mêmes causes et devenir problématiques. On exhorte plutôt les décideurs à se focaliser sur les impacts environnementaux de chaque espèce et à ne pas préjuger de leurs origines. La gestion des espaces naturels doit donc les inclure et reposer sur des preuves empiriques.

Un catastrophisme facile dans un océan d’incertitudes sur le déclin de la biodiversité

Le consensus scientifique établi est qu’il y a un déclin de la biodiversité au niveau mondial avec une variabilité par régions. Mais dans quelles proportions? Quelles causes? Quelles influences respectives de ces causes? C’est cela qui semble pour le moment incertain avec des données manquantes où bien qui ont une trop grande variabilité. Les indicateurs sont en tout cas au rouge (ci-dessous), même si la prise de conscience de la protection des espaces naturels a évolué dans le bon sens.

Rougebiodiversité

Indicateurs biodiversité au rouge avec une prise de conscience au niveau de la conservation (Xavier Le Roux, FRB).

Au niveau global toutes causes confondues, on a surtout des scénarios d’extinction avec une grande variabilité. Des taxons (mammifères, oiseaux, amphibiens, arthropodes) sont sur-présentés ce qui rend difficile l’évaluation d’une crise biologique (par familles). De plus, dans les rapports de l’IPBES ou des méta-analyses :  il y a un manque de données fiables, des zones non-étudiées et pourtant les plus menacées. On évoque des moyennes de 30% d’extinction pour des oiseaux, des mammifères et des amphibiens. Mais on remarque aussi une grande variabilité dans les scénarios sur les causes attribuables à cette extinction (entre 0%-1% et 63%!!).
Dans ces conditions, il reste à discuter la notion de « sixième extinction »(75% des espèces disparaîtraient) comme certaines études peuvent le laisser entendre (on la pense arriver vers 2200). Difficile à dire, notamment parce qu’une crise biologique (au sens de Cuvier) du même ampleur repose sur une évaluation précise par la paléobiologie. Pour mettre en évidence une telle catastrophe elle doit être comparée avec les crises précédentes. On réalise des décomptes des apparitions / disparitions au niveau de la famille, on ne descend pas au niveau de l’espèce (plus difficile à estimer et plus réaliste) . Une étude mentionne que ces données paléobiologiques peuvent prédire une telle crise et qu’il existe plusieurs définitions de crise biologique ou des échelons justifiant ce terme. Alors, combien de familles ont disparu actuellement? Au vu de ces incertitudes, ce sera au nouveau GIEC de la biodiversité : l’IPBES d’y répondre au niveau mondial. Chaque crise a été aussi suivie d’une explosion de vie car les espèces survivantes ont pu coloniser les niches écologiques restées vacantes et ont évolué (au Crétacé/Tertiaire, les dinosaures survivants se sont diversifiés en oiseaux et les mammifères ont pu se déployer).
Extinctions

Scénarios d’extinctions par taxons et facteurs (Pereira et al, 2010). De 0% à 63% : une trop grande variabilité est inexploitable

 Ayant écouté une partie de la séance de la deuxième lecture de la loi avec les sénateurs. La ministre de la biodiversité Barbara Pompili a cité des chiffres précis globaux sur les extinctions par taxons. Or je ne vois pas ces chiffres dans aucune publication et on ne sait pas dans quel pays cela se situe, l’Europe et les USA étant les moins impactés (voir ci-dessous). On ne peut que s’étonner de ces propos alors qu’aucun consensus sérieux n’est établi. Le problème étant que suivant les taxons on ne connaît pas toutes les espèces. On a en effet 99% des microorganismes non-connus! Ou encore 80% des insectes, la moitié des animaux et des plantes…. Seulement 4% des espèces sont décrites.
Selon les dernières publications et la classification des espèces connues, décrites et menacées par l’IUCNl’IUCN : on estime l’extinction des principaux taxons à 26% des mammifères, 13% des oiseaux, 41% des amphibiens , 0,5% des insectes. Cela nuance donc les grosses variabilités précédentes… Ce ne sont pas ceux vraiment décrits par le débat sur la loi. En tout cas, comme des espèces peuvent disparaître sans qu’on n’ai jamais pu les décrire, cela laisse une énorme incertitude tout en poussant à agir  malgré tout…
Peut être s’agissait-il d’une confusion avec la part imputable au changement climatique (tellement il est facile de l’accuser pour tous les changements qu’on va vivre)? Là dessus le biais de publication est assez évident et on a une littérature abondante sur des scénarios d’extinction par ce facteur (beaucoup moins pour tous les autres et pourtant gérables de façon immédiate). Le consensus établi est bien entendu sur sa part de responsabilité et qu’il risque d’augmenter le nombre d’extinctions… Mais là encore dans quelles proportions?

Incertitude sur le rôle du changement climatique dans le déclin de la biodiversité

Des études reprises dans les médias ont repris une fourchette générale  de 15%-37% d’espèces menacées à cause du changement climatique. On extrapole surtout avec un modèle prenant en compte les changements d’habitats, les dispersions et les espèces qui ne pourront pas s’adapter.  Si c’est un seul facteur de risque, cela semble déjà énorme. D’un côté, W.B Foden et al, 2013 trouve un risque d’extinction par le changement climatique de (6–9%) des oiseaux,  (11–15%) pour les amphibiens et (6–9%) pour les coraux. R. Warren et al 2013 trouve 57% des plantes et 34% des animaux. De même on trouve aussi une augmentation avec les scénarios (plus de 2°C ou plus de 4°C…) du changement climatique ce qui empirerait le déclin. Difficile de se retrouver dans ces énormes fourchettes, et sont elles représentatives de la littérature? C’est à dire qu’on ne procéderait pas plutôt à une sélection bien choisie?
C’est ce que montre une méta-analyse récente incluant un modèle statistique plus robuste. La majorité des publications sont plutôt en dessous de 10% du facteur de risque d’extinction attribuable au changement climatique. On l’estimerait en moyenne à 7,9%. Si on passe à plus de 3°C de réchauffement ce qui est fort probable, on sera à 8,5%. 15,7% est la valeur du scénario « catastrophe » à plus de 4°C (ces scénarios étant eux mêmes incertains dans leurs conséquences). Une autre estime bien à 7% ce pourcentage.
risqueextinctions

Quand on regarde le nombre d’études, le facteur changement climatique serait responsable de l’extinction de 8% des espèces (Urban et al, 2015)

Par taxons, on arrive finalement à moins de 10% de risque d’extinction par le changement climatique voire moins que cette moyenne pour les oiseaux, les plantes, les poissons, les mammifères, les invertébrés, les reptiles et les amphibiens (+10%).
Sur les plantes, si on a un taux global de 21% d’extinction estimé récemment (ce qui contredit Pereira et al 2010), la part du changement climatique est estimé à 4% confortant donc les ordres de grandeur de ces estimations.

Des nombreuses limites à l’évaluation du déclin :

Comme souvent ces moyennes importantes pour quantifier les causes ne veulent absolument rien dire pour les politiques publiques car elles masquent la grande variabilité des taux régionaux et locaux. On sait bien que toutes les biodiversités ne se valent pas vu qu’il y a des hotspots spécifiques avec une richesse plus importantes dans certaines régions du monde.  Les déclarations lyriques des discussions en séance et l’aspect guerrier de la loi (Reconquête de la nature et des paysages) oublient ce fait et prétend ramener la biodiversité en France alors que ce problème est mondial et bien plus important ailleurs. Il est d’ailleurs logique que ces « points chauds »aient le plus grand risque d’extinction (Amérique du Sud  23%, Australie et  -Zélande 14%).  Tandis que les plus faibles risques sont en Amérique du Nord et en Europe (5-6%). Sur les taxons 25% de 144 espèces d’ oiseaux communs ont déjà disparu en 30 ans. Plus qu’une disparition de la vie, on a surtout une homogénéisation biotique. La France est surtout concernée par ses territoires en Outre-Mer où 90% de sa biodiversité est présente. La variabilité est d’ailleurs très forte sur les régions du Sud car la majorité des études sont faites dans les pays développés (intéressant sociologiquement…) où on obtient une moyenne mieux estimée. Dans toutes ces études, le manque de donnée et la grande incertitude est globalement soulignée.
Néanmoins, on doit prendre ses précautions car ces études reposent sur de la modélisation qui extrapole des corrélations entre le climat actuel, la distribution des espèces et de nouvelles conditions. Or on omet d’autres facteurs qui interviennent sur le devenir d’une espèce : des mécanismes biologiques, des interactions entre espèces, l’évolution et l’adaptation qu’on oublie paradoxalement, des isolations géographiques, la dégradation de l’habitat etc…
 Le consensus semble être que la vitesse d’extinction d’espèce toutes les millions d’années est bien plus élevée qu’auparavant. Mais, il y a aussi une tendance à le surestimer dans un discours catastrophiste (par les ONGs). C’est pourquoi, de nombreuses publications et évaluations publiques reprennent le chiffre d’une vitesse d’extinction supérieure de 100 fois à 1000 fois que le taux de référence (0,72% des espèces par an). Mais là encore la variabilité avec un écart de 1 à 70.Or la plupart des modèles comme dans les publications précédentes se basent sur la relation espèces-dispersion habitat et celle-ci a tendance à surestimer les taux d’extinction estimés.
Évidemment personne ne dit qu’il faut le relativiser car le déclin est bien là, 7% des espèces se seraient déjà éteintes en prenant en compte les invertébrés dont les données manquent. Mais comme pour les pollinisateurs on ne connaît pas les taux d’extinction exactes dans le monde (en Europe 9% abeilles et 9% papillons), on manque de données dans les régions peu étudiées.  L‘importance de chaque facteur n’est pas non plus déterminé par un consensus scientifique.  Au delà des extinctions, il y a aussi les diminutions de population (30% estimés pour ces deux groupes précédents) qui ne sont pas négligeables au niveau des services écosystémiques comme l’agriculture (pollinisation, baisse de pression des ravageurs).

 La cause majeure : l’occupation des terres

En fin de compte la cause majeure et ses multiples déclinaisons du déclin de la biodiversité, c’est bien l’ occupation des terres. Il s’agit essentiellement de la conversion (37% changement d’usage des terres par exemple déforestation pour élevage ou agriculture, extraction minière) ou de la dégradation d’habitats (44% idem, intensification agricole et/ou urbanisation et artificialisation des sols). Finalement on atteint bien 5% et 7% pour le facteur espèces invasives et changement climatique respectivement. Or les ONG environnementalistes les mettaient en 2ème et 3ème position sans spécifier ces proportions! Ces changements provoquent une disparition des espèces spécialistes et une colonisation par les espèces généralistes (et exotiques). Il s’ensuit une diminution de la richesse spécifique dans les habitats les plus touchés pouvant aller jusqu’à 80%.
De plus, dans le monde, le manque de réglementation sur les phytosanitaires et  des insecticides laisse présager des conséquences néfastes en terme d’ éco-toxicité. Même si pour le moment, on n’a établit que leur présence dans la majorité des eaux dans le monde en ayant des preuves incomplètes sur l’effet sur la biodiversité.

De même pour l’agriculture, l’humain utilise plus d’azote que l’ensemble des cycles naturels et 50% du prélèvement est utilisé pour les engrais.
Si le changement climatique risque d’accélérer les extinctions, on a aussi les extinctions en chaine pouvant affecter certaines chaînes trophiques.
Quant à la biomasse, les humains accaparent 25% de la production primaire net annuelle, soit le double qu’il y a un siècle. Ce doublement est tout de même  assez efficient par rapport à une démographie multipliée par quatre et un produit économique multiplié par 17 .On ne doit pas aller au delà de 29% sauf que l’utilisation des bioénergies (biomasse) relèverait ce taux à 44%, une valeur critique… Les choix énergétiques doivent être intégrés dans la réflexion sur la biodiversité. Comme cet appel d’écologues pour défendre le nucléaire?
Il ressort que c’est bien l’efficience de l’occupation des terres qui doit être améliorée. On peut difficilement accuser les espèces invasives d’être responsable majoritairement du déclin, c’est bien la chasse et la conversion en terres cultivées ou l’urbanisation qui sont les facteurs les plus importants. Or l’office de la chasse ne sera pas inclut dans la future Agence de la biodiversité. Sans cette expertise de la biodiversité terrestre, on peut déjà prédire qu’elle marchera sur une jambe et n’aura aucun moyens financiers et humains. L’augmentation des rendements réduisant la surface nécessaire de culture, il est nécessaire de rappeler que l’agriculture productive (donc à gros rendements ) est une nécessité pour préserver la biodiversité, c’est un enjeu de taille. Sans compter qu’elle devra l’être avec peu d’intrants… Cette loi malgré quelques progrès n’attaque pas frontalement ces enjeux de façon claire et précise.

Quelques progrès dans la loi…

La notion de solidarité écologique inscrite en préambule de la loi est essentielle car comme on a vu précédemment on ne peut pas faire l’économie des enjeux sociaux et d’usage de la biodiversité. Pour surmonter et ralentir le déclin de la biodiversité , il faut aller au delà de la valorisation fonctionnelle des écosystèmes (par exemple un agrosystème va purifier l’air et permettre la pollinisation, une zone humide purifie l’eau et atténue les perturbations) en instaurant de nouvelles relations entre urbains et ruraux.  Chacun est contraint par des dépendances réciproques (en amont et aval d’un cours d’eau) et il s’agit de concevoir de nouveaux tissus sociaux. On a des exemples de part le monde qui illustrent cette notion. Par exemple, la rémunération  des agriculteurs pour le maintien de la qualité de l’eau à Munich et New York City ou la complémentarité entre urbains et ruraux pour un réservoir à Pékin.
Cette solidarité écologique doit s’appliquer concrètement par des innovations sociales et des gouvernances locales (à l’échelle des collectivités) avec un encadrement scientifique nécessaire pour les services écosystémiques. Or aucun article faisant office de norme laissant présager l’expérimentation de ce type d’innovation n’est présent dans cette loi. Les grands principes sont très beaux, mais ils ne demandent qu’à être appliqués. Toute la loi se consacre à mettre en place une comitologie centralisée par la création du conseil national de la biodiversité et de l’agence française de la biodiversité. Mais sans les chasseurs!
Si on note des dispositifs générals et des avancées pour les parcs naturels, les océans, la limitation des brevets sur le vivant pour les découvertes  et la réaffirmation de l’échange des semences entre particuliers; la communication anxiogène et partiellement fausse est de mise. Les mesures décriées sont loin des enjeux réels qu’on vient d’énoncer (néonicotinoïdes ou huile de palme à l’autre bout de la planète alors que la consommation française est dérisoire) et cela traduit un manque de vision globale (notamment sur les alternatives, le mais OGM bt permettant d’utiliser moins d’insecticides).
La loi il est vrai vient après une dispersion de ces problématiques dans la loi ALUR (protection des terres agricoles) et la loi d’orientation agricole (agro-écologie et biodiversité cultivée)… Dès lors on ne voit pas bien ce qu’elle apporte  de plus à part communiquer pour des raisons électoralistes .Pourtant, il y a tant à faire! En France, la transformation des habitats est intense avec plus de 40% d’espaces agricoles urbanisés (l’équivalent du département de l’Aube) tous les 10 ans. La compensation écologique a d’ailleurs des effets pervers et renforce l’artificialisation.

 Une loi sans ambitions ni moyens et pourtant les solutions existent…

Plus qu’une série de mesures visant à des modifications de divers aspects des pratiques (comme certaines mesures communicatives emblématiques), la nature des relations agriculture-biodiversité implique de raisonner sur l’ensemble du système de production ainsi que sur l’organisation spatiale des usages à l’échelle du territoire.
La préoccupation majeure d’une loi ambitieuse sur la biodiversité serait ainsi de limiter le changement d’utilisation des terres notamment dans les pays tropicaux et subtropicaux où la majeure partie de la biodiversité est présente. Face à l’incertitude climatique croissante avec la température, il faut aussi mettre en œuvre la réduction des gaz à effet de serre.  C’est à dire en fait l’Accord de Paris qui vient d’être ratifié! Cette loi biodiversité ne s’attaque donc à aucun de ces problèmes en allant même plus loin par l’exclusion de l’agriculture.
Elle nie que la biodiversité française est issue d’une co-évolution socio-écologique avec l’humain en la considérant comme une menace (notamment l’obligation de protéger des espèces en cas de menace supposée par un préfet ou une assemblée d’experts institutionnels non-élus). Elle stigmatise aussi ses pratiques (non justifiées par la science), elle diabolise des produits négligeables dans la situation française et qui ne correspondent pas à la réalité évoquée. En fin de compte, elle a des obsessions et prend des mesures cosmétiques qui risquent d’être contreproductives .
Ainsi s’il y a quelques progrès sur les principes, aucun article n’annonce un gros changements au niveau de ces enjeux.
L’usine à gaz de la compensation écologique ERC (éviter, réduire, compenser) est renforcée dans la loi. En soi c’est plutôt consensuel, mais son application se révèle en pratique très difficile. Les bénéfices d’une exploitation économique compensent-ils cette perte d’écosystèmes? Le choix de mettre en place des banques de compensation (des actifs de réserves naturels) de manière très floue juridiquement risque d’accroître une gouvernance par le marché. Sans disposer de régulations et de définitions claires des acteurs il y a un risque de multiplication des conflits locaux.  Il conviendrait de prendre en compte les leçons et des limites de cette compensation comme sur le cas de l’aéroport de Notre Dame des Landes (mauvaise estimation des trajectoires temporelles des écosystèmes, usage des terres, mauvaise anticipation des pouvoirs publics, non maturité du génie  écologique). On voit bien qu’au final, l’agriculture en subira les conséquences en étant considérée comme une réserve foncière tout en augmentant l’artificialisation des terres. Les questions  économiques et d’acceptabilité sociale que vont poser ces banques d’actifs naturels vont émerger dans l’avenir.
Pourtant, on connaît déjà depuis 20 ans les solutions concrètes et immédiates qui  ont fait leurs preuves sur le terrain. Par exemple, les effets de la fragmentation des habitats (en partie inévitable avec la démographie et des besoins qui vont avec ) peuvent être freinés en s’occupant plus de l’utilisation des terres entre ces différents points dispersés. On peut ainsi jouer sur la qualité (par exemple en ville améliorer les continuités écologiques des espaces verts) .
Ces solutions sont donc globales et multicritères, elles incluent les systèmes de protections intégrées et de résistance pour baisser l’utilisation de pesticides…  On sait que les arthropodes (auxiliaires de cultures) augmentent en diversité avec les espaces semi-naturels , les haies et bocages et la diversification des variétés cultivées (quand c’est possible).  On sait que les oiseaux spécialistes agricoles apprécient ces milieux également et la diminution d’engrais. En fin de compte, c’est  bien la reconnaissance de l’agriculture et de la nature anthropisée comme éléments essentiels au pilotage de la biodiversité qui doit être affirmée…
L’IPBES (le GIEC de la biodiversité) a d’ailleurs été assez clair dans son rapport sur les pollinisateurs. On peut sourire des préconisations tant c’est en décalage avec le discours français et européen anxiogène qui confond danger et risque.

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Il est plus facile d’instrumentaliser la science que d’appliquer réellement ce qui est dit

 C’est pourquoi dans ce premier rapport non -exhaustif, on trouvera des solutions pragmatiques, immédiates et prouvées (certaines existent déjà d’ailleurs, le reste étant connu mais ne fait pas l’objet d’une documentation validée) comme la rémunération des agriculteurs pour les bonnes pratiques envers les pollinisateurs, des bandes de végétation non agricoles comme les bordures des champs en fauche tardive, l’intensification écologique par la diversification des cultures et des modèles agricoles et la restauration écologique des habitats naturels y compris en milieu urbain.

Conclusion

Tout est dit. Alors qu’on risque d’avoir un courant biodiversité-sceptique se constituer à  l’image du changement climatique dans un futur proche, le catastrophisme n’est pas non plus de mise pour avancer. On ne doit pas opposer la conservation et le pilotage de la biodiversité à l’efficacité économique (ce qui veut dire aussi s’appuyer sur les écosystèmes), on peut s’interroger donc de l’absence du monde agricole dans la loi. Sans adopter une vision multicentrique, cette loi ne réussit pas à dépasser les anciens paradigmes écologiques. Sans ambitions, sans moyens, floue juridiquement, contradictoire même en mélangeant une vision anthropocentrique (gouvernance par le marché) à une vision écocentrique (fixisme et nature sanctuarisée), cette loi ne peut que sombrer dans l’oubli. D’ailleurs, elle risque finalement de ne pas arriver au bout, tout ça pour ça!  Il faudra donc attendre l’accord de Paris pour avoir des résultats tangibles, ainsi va la France…
* Je partage plutôt la position minoritaire de l’académie des sciences sur ce point. Tout en étant d’accord avec les limites reconnues au niveau de la quantification de la biodiversité.

**Ou Blandin P.2009. De la protection de la nature au pilotage de la biodiversité. Sciences en questions, Editions QUAE.

 

 

 

 

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C’est officiel : les OGM sont sans dangers… mais les gens refusent d’y croire

Associations Libres

Les variétés génétiquement modifiées (GM) sont aussi sûres que leurs équivalents non-GM, elles n’ont pas d’impact environnementaux négatifs et ont réduit les besoins en pesticides.. Tout ceci selon un rapport exhaustif rendu aujourd’hui par l’Académie National des Sciences – un groupe fondé par le congrès américain afin de fournir des réponses basées sur la science sur une large gamme de problématiques.

Cet article est une traduction de  : Scientists Say GMO Foods Are Safe, Public Skepticism Remains

Mais l’académie a également découvert que ces mêmes variétés n’avaient pas fait augmenter le rendement potentiel des cultures et avaient conduit à des problèmes liés à des plantes résistantes aux herbicides, ces derniers étant aussi coûteux que répandus.

Le rapport fait état de ce que, en plus de la sécurité, d’autres problèmes doivent être pris en compte, y compris le fait de gagner la confiance du public. Il recommande un débat plus transparent…

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Feedback on the Forest Garden

theculturalwilderness

My last post dealt with the permaculture edible forest garden, and it received some commentary on a couple of Facebook groups and permaculture forums. A lot of the responses were, predictably, from permaculture advocates who took umbrage at my having deigned to critique their philosophy at all, but there was one very valid criticism concerning yields: while I had compared weights of different crops per acre, a more useful approach would be to compare calorific yield. Doing this for the crops I listed gives a result looking something like this:

Crop                         tonnes/ha                 Cal/100g              m cal/ha

potatoes                           40                                  70                        27

wheat                                 8                                  333                        26.6

hazelnuts                       3.5-4                 …

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Permaculture and the Edible Forest Garden- a Critical Analysis

Skepteco

I’ve been interested in the edible forest garden idea for over twenty years and have planted and designed several myself in Ireland in that time, and visited several others. But they have never lived up to my expectations and were largely unproductive, despite sourcing as many perennial vegetables and other interesting edible plants as I could. Here I review the claims made for them and what evidence there is to support the idea- and conclude that, as Permaculture founder Bill Mollison said in the first place, in temperate regions you are far better growing your fruit trees and vegetables separately.

Temperate permaculture– is this a passing fad, an idealist’s hobby or is there a case for wider promotion of the practice?

  • Introduction- Design By Nature: Permaculture and the Forest Garden Concept

 “Permaculture” – derived from permanent agriculture – is a concept of sustainable land use and design coined and…

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Son mec ultra sexy lui demande de faire une sextape, sa réponse est juste incroyable…

La Théière Cosmique

Complètement fou ! Ce mec demande à sa copine si elle veut pas tourner une sextape avec lui. Sa réponse bouleverse tout l’internet !

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[Trad] Qui sont ces risques qui sifflent sur nos têtes ? Pesticides, vaccins et autres produits chimiques [difficulté : moyenne] (3000 mots ~ 20 mins)

La Théière Cosmique

Penchons nous ensemble sur ces risques dont on entend tant parler dans les médias et à la machine à café.

risk Non, cette illustration n’est pas si hors sujet que ça : les risques sont omniprésents et les évaluer, c’est avant tout éviter les écueils des probabilités.

Ce billet est une traduction de l’article de The Logic of Science datant du 7 Mars dernier. Je reviendrai certainement sur la notion de risque et comment elle se traduit dans la réalité dans une future parution,  mais cet article est une première approche très pertinente et claire qu’il m’a semblé intéressant de relayer, sur les conseils avisés de Plasmodioum.

Nous sommes constamment bombardés par les médias d’annonces telles que « une nouvelle étude affirme que la substance X augmente les risques de Y de 100 % » ou encore « faire X double la probabilité d’avoir Y ». Mais que signifient réellement ces nombres ? Nous, en tant qu’humains…

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