Une contribution pour l’agriculture au débat de la présidentielle

En cette période d’élections présidentielle, l’agriculture ne figure soit pas dans les débats , soit est présentée comme négative avec l’image de « l’agriculture intensive et chimique » et des pesticides (tous les candidats de la gauche avec des degrés plus ou moins caricaturaux). Tous les candidats excepté François Fillon ne jurent que par le bio, le local et les circuits courts sans jamais s’interroger sur la pertinence économique et environnementale de tels modèles pour une agriculture aussi diversifiée que la France. La dimension scientifique et technique de l’agriculture est totalement occultée : on glorifie  la « révolution numérique, la « rupture technologique » des énergies renouvelables, mais on ne parle jamais de l’innovation et des technologies dans l’agriculture. Pire, certaines à l’image des biotechnologies végétales sont diabolisées, la robotisation, la « climate-smart agriculture » est vu par certains comme un moyen d’augmenter les pesticides. La figure du paysan qui est en fait un agriculteur-entrepreneur n’a jamais été aussi bien formé (44% font des études supérieures) avec des compétences scientifiques et technique (climat, agronomie, mécanique, entrepreneur). Pourtant, le paysan est encore vu de façon romantique comme quelqu’un grattant la terre dans une petite exploitation traditionnelle, ou comme un pollueur arriéré dans une ferme usine au pire.

Tous les discours politiques français en fin de compte traitent l’agriculture comme une « exception » et la rejettent hors du reste du monde technologique et économique.

Alors oui l’agriculture fournit un besoin vital : la nourriture, mais si les expériences de nationalisation et de « Bien commun » avaient fonctionné dans l’Histoire, cela se serait vu. Il y a eu malheureusement de nombreuses victimes. Oui c’est un besoin vital et stratégique (l’indépendance alimentaire est au centre des enjeux géopolitiques), mais l’agriculture fonctionne mieux de façon décentralisée en étant organisée en filières privées au service de la société. Ce sont aussi des citoyen.nes qui la font et ils/elles n’en sont pas moins responsables que les autres :  ils ont besoin de manger, le bien commun n’est pas qu’étatique.

Pourtant encore aujourd’hui, dans la classe politique française, il existe cette envie inavouée d’en faire une exception nationale (ou nationaliste). On le voit encore dans la dernière loi contre l’accaparement des terres qui renforçait le pouvoir des SAFER (agences immobilières monopolistiques qui sont régulièrement dénoncées pour dérives) , elle a été censurée en partie par le Conseil Constitutionnel car elle piétinait le droit de propriété et la liberté d’entreprendre. D’ailleurs, cette politique protectionniste se confond parfois avec la peur de l’étranger; ah ces méchants chinois pollueurs qui viennent acheter des vignobles ou des usines de lait… Pas une seule fois, on ne citera leur intérêt pour la culture française et le bon vin, pas une seule fois on ne dira que la Chine n’a pas les ressources en terre arable pour nourrir sa population immense et qu’elle est obligée d’en acheter à l’étranger (sécurité alimentaire encore une fois). S’il y a d’autres contextes en Afrique, qui peut croire qu’un pays comme la France pourrait se faire dominer? Ce sont plutôt eux qui sont en position de faiblesse pour un phénomène qui ne concerne au maximum qu’un 1% des terres en France : 1% mérite-t’il de sacrifier la liberté d’entreprendre et donc les investisseurs français également pour les 99% autres?

La nostalgie caricaturale d’une agriculture collectivisée est incarnée en Jean-Luc Mélenchon et chez certains écologistes (je l’ai entendu de la bouche de certains employés d’agences régionales), mais elle figure bien dans toute la classe politique à des degrés plus ou moins softs.

Alors que ce modèle subventionné et très administré est en crise par une ouverture progressive aux marchés mondiaux (et l’évolution de la PAC), nous nous trouvons entre un entre deux : l’agriculture souffre de la réglementation, d’une organisation corporatiste empêchant un juste prix et des règles économiques très encadrées dans un contexte concurrentiel avec de moins en moins d’aides. Comment s’étonner alors d’une crise économique de cet ampleur? De mauvais choix dans les filières (viande de qualité et valorisation des races locales) dûs à l’absence d’offre et de demande? Des cultures paysannes  disparaissent ainsi dans l’indifférence sans qu’aucun politique ne parle des enjeux réels pour l’avenir. L’avenir parce que la production alimentaire n’est pas terminée et on ne peut pas uniquement se focaliser sur les enjeux environnementaux! La population française va croître de 15% et la population mondiale atteindra 9 milliards en 2050.

Au dernier Salon de l’agriculture, les visiteurs ont placé en premier trois préférences  : produire durablement de la nourriture de qualité et avec du goût. Or ces objectifs sont majoritairement des acquis de la révolution verte depuis 50 ans! Jamais on n’a aussi bien mangé qu’aujourd’hui avec une diversité de produits et une qualité sanitaire irréprochable. On avait des milliers de morts d’intoxication alimentaire en 1960 contre quelques centaines aujourd’hui et les alerte sur les pesticides ne font que baisser. Certes, le goût n’était pas la priorité et il est plus complexe à prendre en compte, mais désormais il est pris en compte dans les programmes de recherche.  Les prochaines biotechnologies permettront de s’y attaquer en activant ou inactivant des gènes pour augmenter certains composés bénéfiques.

Les questions économiques ont été reléguées au second plan, pourtant les techniques sont en route et se feront pour répondre à ces demandes variées : l’enjeu est d’avoir une politique économique ambitieuse pour l’agriculture. Le choix des modèles de production et de distribution sont l’affaire des consommateurs et des citoyens tirant la demande pour les producteurs et les industriels.

Un contexte en crise et sous de multiples contraintes :

Les enjeux d’ici 2050 sont en effet nombreux et ambitieux, il s’agit en fait de répondre à la question : Comment augmenter la production agricole et alimentaire en quantité et qualité suffisantes pour répondre aux besoins de la population mondiale en pleine croissance de manière durable, tant au niveau économique, que social et environnemental, et dans le contexte du changement climatique ?

Il reste donc à préciser les différents moyens pour y arriver en oubliant pas les modèles économiques.

L’agro-écologie est l’équivalent de « sustainable intensification » au niveau mondial et en anglais c’est-à-dire l’agriculture écologiquement intensive. Le choix des mots est d’ordre pédagogique, elle repose sur ces principes :

-Produire plus, mieux, de qualité des produits alimentaires et non-alimentaires avec un coût abordable dans des filières spécialisées et mondialisées.

-L’accès à une eau de bonne qualité et à coût réduit par la protection et la prévention en amont plutôt que le traitement des eaux.

-Préserver la biodiversité dans les paysages et les parcelles cultivées : Le Sol est reconnu en tant qu’écosystème a une place centrale pour remplacer ou substituer des intrants par la gestion de la matière organique et la biodiversité du sol. Il s’agit aussi de diversifier les cultures et de développer de nouvelles activités (espèces cultivées, arbres, essences, énergies renouvelables).

En conclusion, il s’agit d’arriver à une triple performance économique, sociale et environnementale.

Mais il s’agit de savoir quelles seront les méthodes (robotisation, machines adaptées au non-labour, génétique, aménagements écologiques, type de variétés, rôle de l’élevage, l’organisation à l’échelle du territoire) pour y arriver.

Par exemple, les légumineuses et les couverts végétaux pour réduire les engrais et diversifier les rotations ont aussi besoin d’irrigation et même de phytosanitaires supplémentaires. C’est donc des systèmes complexes et variés et il n’y a pas de réponse unique : tout dépend du contexte local. Dans ce système, les variétés performantes, les nouvelles molécules chimiques à faible impact écotoxique, l’irrigation et la robotisation ont toutes leur place car ils permettent une gestion la plus optimale possible sans rien s’interdire.

Perspectives d’évolution technologique de l’agriculture :

L’agriculture est un secteur aussi innovant que les autres et on a tendance à la traiter en « small is beautiful ». Il n’y a pas à rougir des développements technologiques comme la robotisation ainsi que les biotechnologies : la biologie moderne a accumulé énormément de connaissances, il serait absurde de refuser les avancées scientifiques alors qu’on les accepte sans même s’interroger sur l’éthique/impact sanitaire pour la voiture, l’énergie ou l’électronique…

1)En premier lieu il s’agit de viser l’optimisation dans l’utilisation des intrants, la durabilité est à l’opposé du gaspillage. Par exemple, en production laitière on a les moyens de valoriser tout le cycle de production et pas seulement le lait en y intégrant la production de biogaz et de valoriser les sous-produits. On peut aussi réfléchir à transférer des propriétés intéressantes de plantes comme le métabolisme du maïs aux autres plantes (optimisation de la photosynthèse) ou bien la capacité de fixation d’azote des légumineuses via les biotechnologies.

-D’autre part, il y a une crise de compréhension de l’agriculture via une urbanisation grandissante. Ainsi, il reste à encourager le développement de la communication entre agriculteurs et consommateurs pour connaître le métier et les contraintes agricoles. Il faut que la société soit consciente que tout choix dans l’agriculture a un coût. Si on veut voir des vaches dans un pré, il faut savoir que cela a un coût environnemental et être prêt à le payer.

Cette urbanisation oblige à un nouveau contrat entre la société et les agriculteurs : de nouveaux modes de financements, de production et de distribution se créent (AMAP, plateformes numériques, crowfunding) donnant lieu à l’agriculture urbaine, aux microfermes urbaines où à des nouveaux modes de vivre-ensemble avec la nature (jardins partagés, cultures en ville). De nouveaux marchés pourront ainsi se créer et fournir à une population urbaine des produits variés et locaux.

-Les débats sur l’étiquetage nutritionnel soulève l’importance de l’information du consommateur pour ses choix, mais la fiscalité comportementale ou l’incitation paternaliste n’a pas toujours des effets escomptés . L’éducation à la nutrition et au goût à l’école est essentielle pour avoir de vrais choix. Dans ce domaine d’ailleurs, la génétique et la connaissance du microbiote intestinal va aussi avoir un rôle via la nutrigénomique qui est la nutrition personnalisée des humains et aussi des animaux; elle peut relier le producteur au consommateur par le biais d’une technologie d’étiquetage.

La  numérisation des sols, des pratiques agricoles, des écosystèmes et des données sur les plantes vont aussi apporter les moyens d’avoir des pratiques agricoles optimales.

La nouvelle génétique (gene editing) ne produit pas forcément des ogms, mais peut par l’utilisation de biotechnologies activer par exemple les gènes dormants d’une tomate en améliorant ses propriétés nutritives. Elles apporteront aussi des réponses pour la résistance aux maladies ou aux insectes, la réduction de l’utilisation d’eau et des engrais. En viticulture où on utilise 20% de tous les volumes en phytosanitaires, les vignes résistantes sont par exemple un bon moyen de réduire massivement leur emploi.

C’est pourquoi il n’y a pas à opposer agriculture et environnement  car elle est ancrée dans ces préoccupations, et on voit aussi que la compétitivité nécessaire à l’agriculture française peut aussi faire appel à l’agro-écologie pour baisser ses charges. Ce n’est pas qu’une question de normes et de charges sociales même si le poids de l’Etat peut aussi avoir une influence sur le coût de production. Cette agro-écologie est aussi multiple et recouvre différents systèmes agricoles comme les microfermes.

2) Ces techniques se feront de toute façon, il s’agit surtout de les intégrer en redonnant toute sa place à l’offre et la demande par plus de marché.  Les politiques devraient ainsi se concentrer a) sur la place économique de l’agriculture française et de l’agroalimentaire  pour reprendre des parts de marché à l’export (on a perdu beaucoup en 15 ans), b) rendre une certaine compétitivité économique à tous les agriculteurs français et c) mettre moins de concentration monopolistique dans les filières en autorisant les agriculteurs à s’organiser. Le développement d’une agriculture locale et plus proche du consommateur (circuits-courts) se fera aussi car cela correspond à un marché dans les zones périurbaines. De même, ce développement de modèles différents n’est pas antinomique à plus de libertés économiques. Mais cela ne peut pas être une solution à moyen terme pour la majorité des agriculteurs ni par rapport à une population urbanisée qu’il faut nourrir.

Il ne faut pas oublier que le prix reste important pour une majeure partie des français et qu’on compte encore 9 millions de pauvres, les demandes des consommateurs doivent donc concilier de multiples paramètres et on ne peut réduire cela au bio où au bien-être animal. C’est pourquoi l’agriculture productive a tout son sens et sa place.

L’agriculture française semble donc aller dans deux directions : l’amélioration du bilan environnemental de son agriculture productive et d’export et le développement de l’agriculture de proximité ou alternative.

Quelques propositions :

Les programmes détaillés sont finalement peu utiles car ils seront ajustés avec toutes les réalités du terrain qu’on ne peut pas connaître dans leur ensemble. tous ces éléments et les enjeux détaillés ci-dessus permettent déjà d’inspirer une politique agricole conséquente. C’est donc non exhaustif :


Relancer la recherche publique dont l’agriculture (agronomie, écologie, génétique, élevage) en donnant à la fois des crédits stables pour tous les laboratoires (y compris ceux plus marginaux comme la sélection participative et les microfermes) et par projets d’envergure pour mettre en œuvre les connaissances déjà accumulées (il y en a en fait depuis 30 ans à l’INRA!) de façon opérationnelle. La recherche ne peut pas être non plus que top down car les expérimentations sont souvent faites dans des conditions hors réalité économique (seul Ecophyto innove un peu avec son réseau de fermes). On manque cruellement de références techniques agronomiques : il faut via la numérique organiser la diffusion des connaissances et la collaboration directe avec les agriculteurs.  La recherche pourrait par exemple recenser les pratiques innovantes sur le terrain et les évaluer dans le but de les transférer plus rapidement.

Continuer et amplifier la numérisation de toutes les données utiles et en libre accès pour optimiser les charges et les pratiques agricoles tout en informant les centres de recherche de l’utilisation des phytosanitaires pour étudier plus précisément leur impact sanitaire et environnemental.

Il manque un cadre légal basé sur les preuves et indépendant des jugements sur les techniques utilisées. La transition agro-écologique serait efficace au meilleur coût économique et social si elle incite à des systèmes aux meilleurs impacts environnementaux. C’est le cas par exemple de l’agriculture intégrée, raisonnée et de conservation (non labour et semis direct). La production biologique est indispensable comme laboratoire de l’agriculture durable et pour protéger la ressource en eau, mais elle peut en moyenne avoir moins de performances environnementales que ces systèmes intermédiaires. Il faut favoriser plutôt les pratiques et une politique d’alimentation en amont (par exemple nutrition des animaux en oméga3 ou raisonner sa consommation de viande) pour améliorer l’impact environnemental des régimes alimentaires plutôt qu’être figé dans un système particulier.  Un cahier des charges bio peut être moins optimal car limité en termes d’usages.

Les paiements environnementaux sont un moyen de valoriser ces pratiques écologiques si elles restent volontaires et dans les zones sensibles, sinon on risque d’avoir les mêmes effets que pour les subventions.

Permettre le développement économique de l’agriculture de proximité via les circuits courts  pour revaloriser des territoires délaissés. Certaines formes d’agroécologie plus low-tech  comme les microfermes sont  une chance et méritent une consolidation. On doit protéger les terres agricoles de l’urbanisation, mais ceci peut peut être s’expliquer par le contrôle excessif du foncier et le système très encadré qui conduit à des arrangements entre élus, urbanistes et SAFER… L’installation des jeunes doit être garantie avec une bonne fiscalité et les surfaces minimum d’installation pourraient être assouplies. Ce n’est pas aux pouvoirs publics (par l’aval du préfet) de dire ce qui serait rentable ou non, c’est à la responsabilité de l’agriculteur d’anticiper son modèle économique, qui imaginerait qu’on dirige cela pour tout autre type d’entreprise?

-Au niveau économique, la PAC pourrait se concentrer sur le a) développement des territoires pauvres ou en handicap naturel, b) sur l’environnement (avec le renforcement des paiements environnementaux), c) une politique alimentaire et de nutrition (à l’image du PNNS en France pour financer l’éducation au goût) et d) sur l’intervention en cas de crise via des aides contracyliques et un système assurantiel. Mais, le temps des aides publiques et des subventions doit se terminer car les conséquences au niveau international sont nocives comme pour l’agriculture africaine. La liberté d’organisation des producteurs doit par contre être permise pour négocier les prix et les lois LME/Raffarin pourraient être révisées, il n’est pas normal de conserver des monopoles à l’abri de la concurrence mondiale dans la grande distribution et un marché aussi faussé.

La révulsion face aux « fermes usines » est dangereuse car elle s’oppose finalement aux intérêts des petites exploitations. Dans une logique d’économie d’échelle et de concurrence internationale, il est plus sage de confier les produits moins chers et standardisés (mais de qualité grâce aux normes et nouvelles pratiques) à de grandes exploitations et de favoriser la montée en gamme des petites exploitations pour gagner en qualité et conquérir certaines demandes des consommateurs. Il est suicidaire (malheureusement) de continuer à favoriser des fermes de 50 ha en leur disant d’être compétitive sur le marché mondial alors qu’elles ne font pas le poids. Il faut faire en sorte qu’elles se reconnectent au consommateur et au marché (viande de qualité par exemple avec races mixtes). On ne gardera ce modèle familial (quel politique dirait de sauvegarder l’entreprise familiale d’ailleurs?) que si on fait preuve de pragmatisme en autorisant l’investissement sur des grandes fermes mais qui sauvent l’activité de toutes les autres dans un département. Et un peu de liberté : tant que ces fermes respectent les normes et n’ont rien à se reprocher au niveau environnement (il existe des contrôles déjà assez tatillons), laissons les tranquille!

Les conflits d’intérêts dans les filières (corporatisme, plusieurs casquettes en même temps) pourraient être aussi interdits. Mais il ne faut pas oublier que les marges de la grande distribution restent tout de même raisonnables, le problème est bien le prix payé faussé par une administration excessive. Assouplir l’ensemble du système administré et songer à en finir avec une planification excessive à plusieurs échelles (départemental, régional etc, foncier) parait une nécessité. Les terres agricoles peuvent être protégées par une loi et une taille critique, mais une intervention trop régulière est nuisible.

-Le conseil agricole doit être aussi indépendant (un conseil véritable est la maximisation de l’intérêt de l’acheteur et non du vendeur) et concurrentiel pour faire émerger des innovations et des nouvelles pratiques, il y aurait donc à réformer les chambres d’agriculture dans cette perspective.

Repenser une fiscalité qui ne soit pas punitive au niveau environnemental, mais qui puisse internaliser de façon juste les coûts sociaux et environnementaux des choix des agriculteurs. Pour cela, il y a une perte d’expertise en France sur l’économie des exploitations qui ne permet pas d’avoir des connaissances suffisantes pour raisonner l’optimisation des charges (et donc la diminution des intrants) à l’échelle de la ferme. La fiscalité tout en étant favorable au foncier devrait aussi éviter les charges structurelles en décourageant l’investissement à des bonnes périodes (qui plombe ensuite les années difficiles).

En conclusion, l’agriculture française en 2017 est confrontée à son avenir et à des choix douloureux ou optimistes qui décideront de sa forme dans les 10 et 20 ans à venir. Une majorité des politiques proposent une conversion au bio et au local sans mesurer les conséquences de tels choix généraux et trop verticaux, d’autres proposent simplement un ajustement à la marge en permettant le déploiement des progrès scientifiques sans changer le système économique trop verrouillé et encadré.

Ces réflexions personnelles essayent d’inspirer et de concilier ces deux voies pour  faire entendre une autre musique sur l’agriculture en faisant le choix de l’entreprise, en valorisant le statut du paysan-entrepreneur voire chercheur pour redonner envie aux jeunes de s’installer. En fin de compte, c’est une modeste contribution au débat pour une agriculture diversifiée et durable, petite ou grande ancrée dans la culture gastronomique française et qui se valorise à l’international.

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Présidentielles 2017 : Le programme environnement/Agriculture de Marine Le pen

Comme nous sommes en période d’élections importantes pour l’avenir du pays (et du monde), j’ai un peu de temps (entre autres articles en préparation) pour vous faire part de mon analyse sur les thématiques environnement et agricoles des principaux candidats à la présidentielle. Je le ferai avec toute l’objectivité nécessaire car  bien qu’ayant choisi un.e candidat.e je suis de toute façon en désaccord avec la vision générale (pas forcément les propositions concrètes) de la majorité des candidats sur ces thématiques.

Le premier de la série sera donc celui de Marine Le Pen.

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L’écologie n’est pas un thème nouveau pour l’extrême droite, Jean-Marie Le Pen avait déjà abordé ce sujet dès 1995, ce thème est un enjeu majeur  pour le FN car il peut recouvrir une dimension identitaire par la valorisation du terroir et la revendication de l’ homogénéité ethnique (c’est une interprétation raciste de la théorie de l’évolution et les biais du fixisme d’une nature immuable). Sa résurgence dans les propositions de Marine Le Pen se marie assez bien avec les thématiques anti-immigration. Depuis sa prise du parti, un collectif nommé « Nouvelle écologie » s’est crée et est animé par l’économiste Philippe Murer (il a écrit notamment sur la transition énergétique). Néanmoins, les élus frontistes une fois sur le terrain ne sont pas vraiment écologistes.

Dans les 144 propositions du programme Présidentiel de Marine Le Pen, on compte 13 propositions seulement regroupant à la fois l’agriculture et l’environnement, ce qui est assez maigre.C’est assez inquiétant quand 35% des agriculteurs voulant voter se disent prêts à voter pour le FN. Sous la bannière « Une France Durable », deux axes « LA FRANCE, PUISSANCE AGRICOLE AU SERVICE D’UNE ALIMENTATION SAINE » et « ENVIRONNEMENT ET TRANSITION ÉNERGÉTIQUE: LA FRANCE DOIT VISER L’EXCELLENCE » se déclinent. On ne fait pas plus banal…

I) LA FRANCE, PUISSANCE AGRICOLE AU SERVICE D’UNE ALIMENTATION SAINE :

La majorité des propositions économiques sont axées sur du protectionnisme et un isolement commercial de la France au nom d’une « indépendance » (comme si on pouvait être indépendant en se mettant à dos nos partenaires commerciaux), jusque là rien d’étonnant à l’extrême droite.

On peut les diviser entre la sortie de l’UE et d’accords commerciaux internationaux d’une part et la promotion du local, « manger français » d’autre part.

-Patriotisme économique en réservant la commande publique (État, collectivités) pour les paysans et pêcheurs français : autrement dit du protectionnisme en créant un petit débouché artificiel. Que seront ces débouchés? Les cantines? Les restaurants des ministères? Les hôpitaux? Ceci est déjà appliqué dans les mairies, ou par les services restauration des établissements concernés (qui sont des entreprises privées). Et dans la mesure du possible car il n’est pas possible de fournir un repas entier local en production française car nous sommes déficitaires sur les oléagineux, protéagineux et sur les fruits et légumes. Par ailleurs ces marchés ne sont pas suffisants et ne peuvent être qu’une solution à court terme. Aucune proposition ne fait mention du mot  » compétitivité  » pour notre agriculture pour le marché européen ou mondial (nous avons perdu 5% des parts de marché à l’exportation en 15 ans). Il y a aussi un différentiel de coût de production avec nos voisins européens à cause des prélèvements obligatoires très élevés. Il n’y a de toute façon aucune mesure sur le sujet si ce n’est la réduction des normes administratives. La restriction de la concurrence en favorisant un monopole peut conduire également à du favoritisme en pénalisant au final d’autres producteurs français et en limitant l’innovation et la responsabilité. C’est de l’arbitraire pur.

-Refuser les traités de libre échange (TAFTA qui n’est plus de ce monde, CETA) : Rien d’étonnant et la classe politique française est de toute façon dans l’ensemble opposée aux traités de libre échange. Ces traités imposent le libre échange par la bureaucratie (normes homogènes qui sont celles des grandes entreprises, règles d’ États qui ont le plus de pouvoir dans la négociation) ce qui est antinomique à une politique commerciale ouverte et unilatérale.  Cette homogénéisation peut restreindre l’innovation et la concurrence et en confortant des cartels d’entreprises. On peut donc être contre ces traités même en étant favorable au commerce. Néanmoins, rien d’autres n’est proposé pour les remplacer, cela veut-il dire qu’elle ne favorisera pas l’export alors que nous sommes leader sur plusieurs filières (céréales, viande bovine, sucre…)? Le commerce a pourtant aidé l’humanité depuis 2 siècles. L’extrême pauvreté est passée de 95% en 1800 à 12% aujourd’hui et on penche pour une éradication dans 15 ans.  Restreindre des débouchés potentiels à nos agriculteurs tout en prétendant les défendre relève de l’imposture, le protectionnisme par ailleurs peut coûter très cher.

La deuxième marotte est le « développement des circuits-courts » : la logique de l’ensemble des propositions crée une confusion entre circuit court et circuit local. Un circuit court est une circuit de distribution entre le consommateur et le producteur avec moins d’un intermédiaire (vente directe, plate-forme numérique, AMAP, magasin spécialisé). Un circuit long peut reposer sur du local s’il est vendu en supermarché. Si c’est un débouché évident pour des agriculteurs en voie de périurbanisation, ça ne l’est absolument pas pour le reste de l’agriculture, c’est donc un peu court comme vision agricole… Produire local est également un non-sens économique qui n’a pas non plus de sens agronomique (conditions pédoclimatiques).

Interdiction des importations ne respectant pas les normes de production françaises : avant ou après sortie de l’UE? On gardera les normes européennes en normes françaises ?  Les normes françaises étant jugées comme étant pénalisantes par rapport aux normes européennes par les agriculteurs. Les importations doivent déjà respecter les normes du pays. Il s’agit donc d’interdire d’autres importations selon quels critères? Qui contrôlera cela et comment surveiller (une armée de bureaucrates supplémentaires)? Comment seront indemnisés les filières qui dépendent de ces importations? La France importe par exemple de l’alimentation animale qui est nécessaire pour la ration en protéines de l’agriculture productive. On peut suivre les décisions politiques évidemment, mais la filière estime qu’il faudrait du temps pour s’adapter, ça ne peut donc pas s’improviser en 5 ans. Tant d’interrogations sans réponse précise… 

Quant à la traçabilité TOTALE de l’origine géographique et du lieu de transformation : oui pourquoi pas, mais elle peut s’appliquer pour les ingrédients principaux (comme la viande) et les produits peu transformés, mais absolument pas pour des produits totalement transformés. Comme le reste des produits, ceci est intégré dans des chaînes de valeur : il y a plusieurs lieux de transformation même au niveau national.

Promouvoir les exportations agricoles et labels de qualité : sans aucune mesure économique, organisationnelle et de compétitivité présent dans le programme, cela reste incantatoire. Les labels de qualité sont inconnus du reste du monde et n’offrent pas assez de potentiel de croissance pour l’industrie agroalimentaire au niveau international. On voit mal comment favoriser les exportations quand on sera sorti du marché européen et qu’on montrera de l’hostilité aux échanges commerciaux. Comment imaginer que les pays vont se laisser faire sans rien dire? Sans réformes structurelles clairement dites,  cela pourrait amener une explosion des prix pour les consommateurs et appauvrir les agriculteurs en leur fermant des marchés.

Évidemment ce seront les petites exploitations déjà mal au point qui seront balayées car ce genre de mesure ne défavorise jamais les plus riches.

-Encourager l’installation des agriculteurs par des défiscalisations : oui le foncier est majeur pour les jeunes agriculteurs, mais c’est tout? Quels défiscalisations? Quels garantis à ceux qui n’ont pas le capital ? Que dire de l’administration du foncier contre-productif et opaque ? Aucune réforme du système planificateur et monopolistique n’est à prévoir de ce coté.

La protection animale aurait du figurer dans la partie agriculture car cela concerne en premier lieu les éleveurs :

Faire de la protection animale une priorité nationale. Défendre le bien-être des animaux en interdisant l’abattage sans étourdissement préalable et en remplaçant le plus possible les expérimentations animales. Refuser le modèle des fermes-usines, du type « ferme des 1000 vaches : ce thème n’a en fait rien à voir avec l’écologie car ce n’est officiellement pas lié au Développement Durable. Ça ne mange pas de pain dit comme ça, mais on remarquera que seul l’abattage musulman est visé (et pas du tout le reste). L’expérimentation animale n’a rien à voir avec tout ça, je renvoie à mon précédent article pour savoir en quoi c’est utile.  Pour les fermes de 1000 vaches, il n’y a pas  de problème de bien être animal dans cette ferme. Il y a aucune corrélation entre la taille et des pratiques favorables ou non, les normes sont les mêmes et les installations les plus récentes avec le plus de capital sont celles qui ont les moyens de s’offrir tout le nécessaire (litière confortable, ouverture à température ambiante avec régulation automatique des conditions, jouets, espaces suffisants et gros volumes d’air par vache). De même elle permet de produire du biogaz et recycle les effluents, il y a un cycle écologique qui est mis en place. Enfin, ces grandes fermes permettent de maintenir des marchés bas de gamme à l’export (que nos fermes moyennes ne peuvent plus assurer au niveau mondial) afin de garder nos parts de marché et de maintenir l’activité dans un département (tout ce qui est en aval et en amont de l’exploitation tout de même). Elles sauvent les petites fermes au contraire!

Le meilleur reste la proposition la plus systémique : nationaliser la PAC

-Transformer la Politique Agricole Commune en Politique Agricole Française.Garantir le montant des subventions dont les critères seront fixés par la France et non plus par l’Union européenne, avec l’objectif de sauver et soutenir le modèle français des exploitations familiales : c’est à dire revenir à un modèle totalement subventionné alors que depuis 1992 les aides directes ne font que baisser!  Nous voilà revenu à l’après guerre avec un modèle de rattrapage qui a permis de moderniser l’agriculture française totalement détruite et d’arriver à l’autonomie alimentaire pour les céréales et les produits transformés. Or ceci n’est plus valable à l’heure actuelle parce que nous ne sommes pas dans ce contexte, que nous sommes intégrés dans les marchés mondiaux et que cette PAC fut à moyen terme nocive tant pour les agriculteurs européens que pour l’agriculture africaine que les produits exportés subventionnés a ruiné. Par ailleurs, il y a nécessité de développer l’autonomie alimentaire et de diversifier l’indépendance des productions, les subventions ont favorisé les plus grandes exploitations productives comme les céréales en délaissant les cultures mineures, moins productives, l’élevage et les fruits et légumes.

Elle fut ruineuse en terme de budget car l’aide à la production a provoqué des surproductions qu’on devait écouler sur les marchés mondiaux (en faisant baisser les prix pour les autres) ou acheter en masse sans savoir quoi en faire, le budget de l’époque à explosé jusque dans les années 1980. C’est Margaret Thatcher qui a fait arrêter les frais de cette fuite en avant : « I want my money back » . On était obligé de mettre des terres en jachère.

Elle fut ruineuse en terme écologique car les subventions directes déconnectent de la relation aux facteurs de production (sol, intrants, écosystèmes) empêchant l’optimisation raisonnée des charges et l’adaptation au contexte local. Cela peut conduire à des absurdités agronomiques en mettant des cultures non adaptées.

Elle fut ruineuse pour les consommateurs qui payent des produits plus chers (alors que leur budget alimentaire est de 12% aujourd’hui) et pas forcément adaptés à leur demande. Les productions se dirigent en effet toujours vers les subventions, il se peut qu’on cultive rien que pour les subventions sans avoir jamais la notion d’offre et de demande. Or c’est bien la demande des consommateurs et elle seule qui peut permettre des produits durables et de qualité (bien plus qu’ils ne le sont déjà). Les subventions appauvrissent l’innovation, l’adaptation et la créativité :  le réveil fut très brutal et destructeur quand ce système fut ouvert à la concurrence  après 1992. On me racontait encore dernièrement que des éleveurs étaient réticents à offrir un agneau de bon goût pour la fête musulmane de l’Aïd, dans ce système l’esprit entrepreneurial par la conquête des marchés et des  attentes des consommateurs ne peut pas exister.

Comment s’étonner ensuite d’une catastrophe économique? Revenir à ce système  serait catastrophique sur tous les points et la France n’aurait de toute façon pas les moyens financiers pour le mettre en œuvre vu qu’elle serait isolée au niveau commercial et aurait son économie très fragilisée.

En résumé, on ne notera aucune proposition pour régler les vrais problèmes des agriculteurs : comme la répartition de la valeur ajoutée captée par des acteurs monopolistiques (grande distribution et industriels).  La mention de la PAF  penche clairement pour une sortie de la France de l’Union Européenne alors que ce n’est pas annoncé dans le reste du programme et que Marine Le Pen a promis un référendum sur le sujet.

Doit-on alors comprendre que rien ne sera fait pour les agriculteurs avant le résultat? Et si les français votent non? La majorité des propositions énoncées ne seront alors plus applicables et la crise agricole française n’aura aucune réponse.

Au moins on n’entendra plus parler d’agro-écologie, puisqu’au final ces propositions ne mentionnent à aucun moment l’expression » transition écologique. Certains seront contents, mais ça laisse présager la réalité de la « France durable ».

II) ENVIRONNEMENT ET TRANSITION ÉNERGÉTIQUE: LA FRANCE DOIT VISER L’EXCELLENCE

6 propositions pour l’écologie à proprement parler résument cette « France Durable ».

-Pour préserver l’environnement, rompre avec le modèle économique fondé sur la mondialisation sauvage des échanges et le dumping social, sanitaire et environnemental ; la véritable écologie consiste à produire et consommer au plus près et retraiter sur place : une redite de ce qui a déjà été dit pour l’agriculture (sans doute pour meubler).  Évidemment c’est totalement faux, les transports ne comptent pas pour beaucoup dans l’empreinte carbone des productions (17% pour l’alimentation), la spécialisation a déjà bien commencé avant le XVIIIème siècle car cela correspond aux ressources et capacités de chaque pays. C’est justement une adaptation au contexte local et cela respecte donc le sens strict de « l’écologie ».

-Afin de lutter contre la précarité énergétique et agir directement sur le pouvoir d’achat des Français, faire de l’isolation de l’habitat une priorité budgétaire du quinquennat, parce que l’énergie la moins chère est celle que l’on ne consomme pas : cette partie est bien comprise car la priorité est bien l’efficacité énergétique et la baisse de la consommation, la précarité énergétique est un gros sujet pour assurer un prix décent aux famille les plus modestes. C’est un problème de pauvreté.

-Développer massivement les filières françaises des énergies renouvelables (solaire, biogaz, bois…) grâce à un protectionnisme intelligent, au patriotisme économique, à l’investissement public et privé et aux commandes d’EDF. Décréter un moratoire immédiat sur l’éolien : cela peut se faire sans « protectionnisme intelligent », la recherche est nécessaire et ce dès maintenant pour passer les verrous physiques du faible rendement des énergies renouvelables. Mais ce n’est pas forcément en faisant les mêmes erreurs (colbertisme) du passé qu’on arrivera à optimiser la production d’énergie sur le territoire. Les acteurs et élus locaux ici ne semblent pas avoir leur mot à dire.

– Pour maintenir, moderniser et sécuriser la filière nucléaire française, engager le Grand Carénage, et garder le contrôle de l’État sur EDF, en lui redonnant une véritable mission de service public. Refuser la fermeture de la centrale de Fessenheim : cette position est moins hypocrite que les autres candidats, l’ASN n’a pas trouvé de raison de fermer Fessenheim car des travaux de mise aux normes post-Fukushima ont déjà été faits. Avec les retards de l’EPR, il est difficile de prévoir une fermeture, ce serait plus de l’ordre du deuxième mandat en fonction de la montée des énergies renouvelables. Il faut en effet éviter de faire exploser le bilan carbone de notre production électrique en réduisant trop vite la part du nucléaire alors que nous sommes les meilleurs là dessus. Le véritable enjeu n’est pas d’être anti-nucléaire mais la baisse des émissions carbone si on veut être écolo. Les enjeux comme la sécurité et l’anticipation du coût du démantèlement sont bien compris.

 –Soutenir une filière française de l’hydrogène (énergie propre), par un appui de l’État en matière de recherche et développement, afin de réduire notre dépendance au pétrole :il s’agit de la marotte de Philippe Murer, mais on en est bien loin (même si le CNRS prévoit cela à long terme avec la fusion nucléaire). Sauf que le problème n’est pas la dépendance au pétrole, il faut produire de l’énergie pour faire de l’électrolyse et produire de l’hydrogène, c’est secondaire. C’est donc un faux problème, mais par contre cela peut être complémentaire à l’électrique. Mais cela manque de réflexion sur la mobilité car la consommation augmentera encore si l’usage de la voiture n’est pas réduit.

Dans toutes ce propositions, l’Etat occupe une place centrale car l’énergie est considérée comme stratégique, tout comme la transition énergétique qui doit être pilotée par l’Etat. Cette glorification de  l’Etat-Stratège pose question au vu de son échec et des problèmes financiers d’EDF. On recommence dans l’autre sens?

-Interdire l’exploitation du gaz de schiste, tant que des conditions satisfaisantes en matière d’environnement, de sécurité et de santé ne seront pas réunies, et appliquer le principe de précaution en interdisant les OGM : La même égalité qu’on retrouve chez d’autres politiques : les poncifs  refusant les OGMs et les assimilant au gaz de schiste alors que les consensus scientifiques sur le sujets n’ont rien à voir entre eux et que cela ne touche pas les mêmes problématiques. Le gaz de schiste a des risques reconnus par l’EPA mais qui peuvent être maîtrisés si la réglementation est respectée. Par contre, cela pose la question  éthique de continuer à utiliser des énergies fossiles alors que nous sommes en transition énergétique.  Les OGms sont liés à la sécurité alimentaire et à l’environnement et doivent être étudiés au cas par cas, mais le consensus actuel ne permet pas de les rejeter pour un danger quelconque.

En conclusion, ce programme axé sur le protectionnisme et l’Etat Stratège a une cohérence dans un contexte d’une société fermée où il n’y a pas de mondialisation, pas d’UE, pas de marché mondial. C’est à dire la société d’après guerre. Il repose sur une nostalgie et des mensonges économiques qui sont coûteux à moyen terme. Pour l’agriculture, rien ne se fera sans appliquer une fermeture total des marchés et des échanges et cela ne réglera en aucun cas la crise agricole, mais cela l’empirera.

Sur l’écologie, mise à part la transition énergétique et des idées reçues sur le local, il n’y a absolument rien sur l’économie circulaire (pour justement produire mieux sur place), la biodiversité (comment arrêter l’urbanisation et les atteintes? C’est pourtant un gros sujet!), la transition énergétique se résume aux mêmes recettes du passé en oubliant totalement la société civile, les acteurs locaux et le changement technologique qui a lieu sur ces énergies (où les énergies décentralisées via le numérique et une logique de flux deviendront moins chères que des énergies centralisées). Pourquoi imposer la même énergie à tous alors que des territoires peuvent en exploiter d’autres? C’est cela qui aurait pu être développé dans les axes de recherche, on ne trouvera rien.

Ce programme est une imposture et est inquiétant tant pour les agriculteurs que pour ceux qui s’inquiètent à juste titre de l’avenir de notre environnement.

 

 

 

 

 

 

 

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Loi biodiversité :entre progrès et idéologie. Les vrais enjeux n’y sont pas

Il aura fallu attendre 37 ans (1979) pour que le droit français mette à jour sa législation sur la protection de la nature et la biodiversité avec « la loi biodiversité pour la reconquête de la nature et des paysages », discutée depuis plus d’un an au Parlement. En 40 ans, le changement climatique est devenue une réalité, tout comme l’effet d’un développement humain qui a généré de nombreuses externalités négatives. Partant de ces constats, l’écologie scientifique est au service des gestionnaires pour analyser ces impacts sur notre environnement afin de les réduire, de choisir les systèmes techniques les moins négatifs pour les écosystèmes ou bien de baser notre économie sur ces écosystèmes afin de les accroître*. Au vu du temps passé, il est légitime d’attendre d’une telle loi de mettre à jour notre droit en prenant en compte les nouvelles connaissances accumulées depuis cette période. Et elles sont nombreuses, nous disposons déjà de nombreux consensus scientifiques sur la perte de biodiversité et sur les solutions à mettre en œuvre, tant au niveau agricole, qu’en terme de protection de la nature ou au niveau urbain.

Une définition floue scientifiquement et avant tout politique

Qu’est ce que la biodiversité? A première vue ce mot est utilisé à toutes les sauces au niveau du débat politique. Or scientifiquement c’est un concept difficile à définir et qui a plusieurs niveaux. C’est d’abord sous le nom de « diversité biologique » (en 1980) qu’elle est apparue.
Elle recouvre l’ensemble des formes de vie sur Terre, les relations qui existent entre elles et avec leurs milieux depuis l’origine commune de la vie. Ses niveaux sont le gène, les espèces et les écosystèmes. Ces niveaux ne sont pas indépendants, c’est là que toute la difficulté de l’évaluation et  de la quantification commence.  Il semble difficile de traiter de la même façon que la biodiversité française; la forêt amazonienne ou la savane africaine… Des zones endémiques plus menacées recèlent en effet une richesse spécifique (=nombre d’espèces sur une surface) qu’il y a plus urgent à protéger que dans des zones moins riches. Non seulement, gène et espèce sont des catégories qui ne sont pas encore totalement définies, mais comme le dit Hervé le Guyader, « décrire la biodiversité dans son ensemble signifie connaître à la fois les écosystèmes, les espèces et les gènes. Autant dire que l’on vient de créer un objet dont il est certain que la totalité de ses composants est inaccessible ». Ce mot est donc politique et reflète la géopolitique Nord-Sud. Il privilégie aussi les politiques de biologie de la conservation alors qu’il faut de plus en plus de l’ingénierie écologique.

De la stabilité à la trajectoire : une biodiversité dynamique

L’écologie est désormais évolutive et on abandonne petit à petit le concept d’équilibre fixe et de stabilité : un écosystème est dynamique et a des états ponctuels, transitoires. Tout est aléatoire, variable et hétérogène. Une addition d’espèces ou une perte ne va pas forcément abîmer un écosystème, ils peuvent même l’enrichir (même des espèces appelées invasives). Les écosystèmes sont surtout perturbés bien avant que ça arrive (comme la fin de la glaciation il y a des milliers d’années). Dans les écosystèmes aquatiques par exemple, c’est souvent suite à un milieu perturbé que les espèces exotiques vont occuper la place laissée par la régression des espèces natives. Il n’y a pas d’harmonie ou d’ordre dans la nature (ce sont les fondements créationnistes de Linné).

De la protection de la nature à la résilience et au pilotage de la biodiversité

On admet désormais la notion de résilience. Ce terme est à la mode depuis peu et est utilisé à tort dans tous les domaines. Il relève souvent d’une interprétation fausse. Holling l’a défini comme étant en fait la capacité pour un écosystème d’intégrer les conséquences d’une perturbation dans son fonctionnement, sans pour autant changer de structure qualitative. Un écosystème résilient ne revient pas à un état initial, mais il s’adapte et évolue en assurant sa pérennité par l’intégration de ces changements. C’est cette trajectoire qu’il faut surveiller. Or de nombreuses publications et de discours politiques ont repris ce terme dans son sens physique ou psychologique (retour à l’état initial) alors que sa définition prend bien en compte les trajectoires évolutives des écosystèmes. C’est une stabilité structurale. Le conservatisme et le fixisme semblent être difficile à remettre en cause…

Une bioxénophobie envers les espèces exotiques

Ces représentations de  la nature qui ne doit pas être perturbée (ni par des espèces non-natives, ni par l’humain) relèvent de préjugés essentialistes et d’une construction sociale qui sont plus en plus contredits par les preuves empiriques. Les écosystèmes suivent une trajectoire et on ne peut plus parler de « bon état écologique », de « référence » (sans compter tous les biais liés à l’impression d’un écosystème). Les « espaces de biodiversité »sont ainsi le résultat d’un processus dynamique d’interactions entre des humains et des écosystèmes, associant des composantes biologiques et sociales qui modifient les représentations et l’usage de l’objet. Or en France métropolitaine, cette biodiversité est déjà ancienne et entièrement façonnée par la co-évolution agriculture et écosystèmes naturels. La mondialisation et les échanges a apporté de nouvelles espèces qui se sont parfaitement intégrées aux écosystèmes (Ibis Sacré, crevette américaine, buddleia, moule zébrée). Dans les milieux perturbés on observe ainsi 21% d’espèces exotiques pour 10% fréquente et seulement 1 à 5% envahissantes. C’est le même ordre de grandeur que les espèces natives…

Bien plus que des invasions d’espèces (vu comme la deuxième cause de perte par les ONG), c’est le remplacement des espèces spécialistes (spécialisées d’un milieu et donc traduisant une diversité) par les espèces généralistes (adaptées à tout milieu même à ceux très perturbés) qui est donc majeur.

Ainsi, comme l’écologie est née de diverses idéologies (dont le malthusianisme), elle garde encore ces stigmates et peut parfois se perdre dans des analyses peu scientifiques afin de donner du crédit à ses travaux. Les trajectoires et la biodiversité vont ainsi se piloter** suivant les indicateurs écologiques choisis, il faut accepter qu’il n’y a plus un état de la nature « modèle ». L’écologie scientifique ne peut ainsi plus dire ce qui est bon ou mauvais. Depuis peu, de nombreux écologues et biologistes remettent en cause la « pseudoscience » que serait la biologie des invasions.

Un droit de l’environnement imprégné de fixisme

Pourtant, depuis la première loi sur la biodiversité en 1979, notre droit se fonde sur ce fixisme et cette « nature immuable ». Par exemple, la directive européenne  cadre de l’eau parle de « bon état écologique »alors qu’il est impossible à déterminer de façon unique. Il faut se référer aux multiples états viables que peut connaître un écosystème. Pour un gestionnaire, le « bon fonctionnement » serait alors l’ensemble des états qui permettent le maintien de l’écosystème au prix d’un minimum d’interventions. Elle ne prend pas non plus en compte les espèces exotiques traduisant la vision d’un écosystème originel et pur en excluant les espèces « pas de chez nous ». S’il y a bien entendu des espèces introduites vraiment invasives (malaria aviaire à Hawai ou la moule zébrée aux USA), il existe aussi des espèces natives « envahisseurs de l’intérieur » qui peuvent prospérer selon les mêmes causes et devenir problématiques. On exhorte plutôt les décideurs à se focaliser sur les impacts environnementaux de chaque espèce et à ne pas préjuger de leurs origines. La gestion des espaces naturels doit donc les inclure et reposer sur des preuves empiriques.

Un catastrophisme facile dans un océan d’incertitudes sur le déclin de la biodiversité

Le consensus scientifique établi est qu’il y a un déclin de la biodiversité au niveau mondial avec une variabilité par régions. Mais dans quelles proportions? Quelles causes? Quelles influences respectives de ces causes? C’est cela qui semble pour le moment incertain avec des données manquantes où bien qui ont une trop grande variabilité. Les indicateurs sont en tout cas au rouge (ci-dessous), même si la prise de conscience de la protection des espaces naturels a évolué dans le bon sens.

Rougebiodiversité

Indicateurs biodiversité au rouge avec une prise de conscience au niveau de la conservation (Xavier Le Roux, FRB).

Au niveau global toutes causes confondues, on a surtout des scénarios d’extinction avec une grande variabilité. Des taxons (mammifères, oiseaux, amphibiens, arthropodes) sont sur-présentés ce qui rend difficile l’évaluation d’une crise biologique (par familles). De plus, dans les rapports de l’IPBES ou des méta-analyses :  il y a un manque de données fiables, des zones non-étudiées et pourtant les plus menacées. On évoque des moyennes de 30% d’extinction pour des oiseaux, des mammifères et des amphibiens. Mais on remarque aussi une grande variabilité dans les scénarios sur les causes attribuables à cette extinction (entre 0%-1% et 63%!!).
Dans ces conditions, il reste à discuter la notion de « sixième extinction »(75% des espèces disparaîtraient) comme certaines études peuvent le laisser entendre (on la pense arriver vers 2200). Difficile à dire, notamment parce qu’une crise biologique (au sens de Cuvier) du même ampleur repose sur une évaluation précise par la paléobiologie. Pour mettre en évidence une telle catastrophe elle doit être comparée avec les crises précédentes. On réalise des décomptes des apparitions / disparitions au niveau de la famille, on ne descend pas au niveau de l’espèce (plus difficile à estimer et plus réaliste) . Une étude mentionne que ces données paléobiologiques peuvent prédire une telle crise et qu’il existe plusieurs définitions de crise biologique ou des échelons justifiant ce terme. Alors, combien de familles ont disparu actuellement? Au vu de ces incertitudes, ce sera au nouveau GIEC de la biodiversité : l’IPBES d’y répondre au niveau mondial. Chaque crise a été aussi suivie d’une explosion de vie car les espèces survivantes ont pu coloniser les niches écologiques restées vacantes et ont évolué (au Crétacé/Tertiaire, les dinosaures survivants se sont diversifiés en oiseaux et les mammifères ont pu se déployer).
Extinctions

Scénarios d’extinctions par taxons et facteurs (Pereira et al, 2010). De 0% à 63% : une trop grande variabilité est inexploitable

 Ayant écouté une partie de la séance de la deuxième lecture de la loi avec les sénateurs. La ministre de la biodiversité Barbara Pompili a cité des chiffres précis globaux sur les extinctions par taxons. Or je ne vois pas ces chiffres dans aucune publication et on ne sait pas dans quel pays cela se situe, l’Europe et les USA étant les moins impactés (voir ci-dessous). On ne peut que s’étonner de ces propos alors qu’aucun consensus sérieux n’est établi. Le problème étant que suivant les taxons on ne connaît pas toutes les espèces. On a en effet 99% des microorganismes non-connus! Ou encore 80% des insectes, la moitié des animaux et des plantes…. Seulement 4% des espèces sont décrites.
Selon les dernières publications et la classification des espèces connues, décrites et menacées par l’IUCNl’IUCN : on estime l’extinction des principaux taxons à 26% des mammifères, 13% des oiseaux, 41% des amphibiens , 0,5% des insectes. Cela nuance donc les grosses variabilités précédentes… Ce ne sont pas ceux vraiment décrits par le débat sur la loi. En tout cas, comme des espèces peuvent disparaître sans qu’on n’ai jamais pu les décrire, cela laisse une énorme incertitude tout en poussant à agir  malgré tout…
Peut être s’agissait-il d’une confusion avec la part imputable au changement climatique (tellement il est facile de l’accuser pour tous les changements qu’on va vivre)? Là dessus le biais de publication est assez évident et on a une littérature abondante sur des scénarios d’extinction par ce facteur (beaucoup moins pour tous les autres et pourtant gérables de façon immédiate). Le consensus établi est bien entendu sur sa part de responsabilité et qu’il risque d’augmenter le nombre d’extinctions… Mais là encore dans quelles proportions?

Incertitude sur le rôle du changement climatique dans le déclin de la biodiversité

Des études reprises dans les médias ont repris une fourchette générale  de 15%-37% d’espèces menacées à cause du changement climatique. On extrapole surtout avec un modèle prenant en compte les changements d’habitats, les dispersions et les espèces qui ne pourront pas s’adapter.  Si c’est un seul facteur de risque, cela semble déjà énorme. D’un côté, W.B Foden et al, 2013 trouve un risque d’extinction par le changement climatique de (6–9%) des oiseaux,  (11–15%) pour les amphibiens et (6–9%) pour les coraux. R. Warren et al 2013 trouve 57% des plantes et 34% des animaux. De même on trouve aussi une augmentation avec les scénarios (plus de 2°C ou plus de 4°C…) du changement climatique ce qui empirerait le déclin. Difficile de se retrouver dans ces énormes fourchettes, et sont elles représentatives de la littérature? C’est à dire qu’on ne procéderait pas plutôt à une sélection bien choisie?
C’est ce que montre une méta-analyse récente incluant un modèle statistique plus robuste. La majorité des publications sont plutôt en dessous de 10% du facteur de risque d’extinction attribuable au changement climatique. On l’estimerait en moyenne à 7,9%. Si on passe à plus de 3°C de réchauffement ce qui est fort probable, on sera à 8,5%. 15,7% est la valeur du scénario « catastrophe » à plus de 4°C (ces scénarios étant eux mêmes incertains dans leurs conséquences). Une autre estime bien à 7% ce pourcentage.
risqueextinctions

Quand on regarde le nombre d’études, le facteur changement climatique serait responsable de l’extinction de 8% des espèces (Urban et al, 2015)

Par taxons, on arrive finalement à moins de 10% de risque d’extinction par le changement climatique voire moins que cette moyenne pour les oiseaux, les plantes, les poissons, les mammifères, les invertébrés, les reptiles et les amphibiens (+10%).
Sur les plantes, si on a un taux global de 21% d’extinction estimé récemment (ce qui contredit Pereira et al 2010), la part du changement climatique est estimé à 4% confortant donc les ordres de grandeur de ces estimations.

Des nombreuses limites à l’évaluation du déclin :

Comme souvent ces moyennes importantes pour quantifier les causes ne veulent absolument rien dire pour les politiques publiques car elles masquent la grande variabilité des taux régionaux et locaux. On sait bien que toutes les biodiversités ne se valent pas vu qu’il y a des hotspots spécifiques avec une richesse plus importantes dans certaines régions du monde.  Les déclarations lyriques des discussions en séance et l’aspect guerrier de la loi (Reconquête de la nature et des paysages) oublient ce fait et prétend ramener la biodiversité en France alors que ce problème est mondial et bien plus important ailleurs. Il est d’ailleurs logique que ces « points chauds »aient le plus grand risque d’extinction (Amérique du Sud  23%, Australie et  -Zélande 14%).  Tandis que les plus faibles risques sont en Amérique du Nord et en Europe (5-6%). Sur les taxons 25% de 144 espèces d’ oiseaux communs ont déjà disparu en 30 ans. Plus qu’une disparition de la vie, on a surtout une homogénéisation biotique. La France est surtout concernée par ses territoires en Outre-Mer où 90% de sa biodiversité est présente. La variabilité est d’ailleurs très forte sur les régions du Sud car la majorité des études sont faites dans les pays développés (intéressant sociologiquement…) où on obtient une moyenne mieux estimée. Dans toutes ces études, le manque de donnée et la grande incertitude est globalement soulignée.
Néanmoins, on doit prendre ses précautions car ces études reposent sur de la modélisation qui extrapole des corrélations entre le climat actuel, la distribution des espèces et de nouvelles conditions. Or on omet d’autres facteurs qui interviennent sur le devenir d’une espèce : des mécanismes biologiques, des interactions entre espèces, l’évolution et l’adaptation qu’on oublie paradoxalement, des isolations géographiques, la dégradation de l’habitat etc…
 Le consensus semble être que la vitesse d’extinction d’espèce toutes les millions d’années est bien plus élevée qu’auparavant. Mais, il y a aussi une tendance à le surestimer dans un discours catastrophiste (par les ONGs). C’est pourquoi, de nombreuses publications et évaluations publiques reprennent le chiffre d’une vitesse d’extinction supérieure de 100 fois à 1000 fois que le taux de référence (0,72% des espèces par an). Mais là encore la variabilité avec un écart de 1 à 70.Or la plupart des modèles comme dans les publications précédentes se basent sur la relation espèces-dispersion habitat et celle-ci a tendance à surestimer les taux d’extinction estimés.
Évidemment personne ne dit qu’il faut le relativiser car le déclin est bien là, 7% des espèces se seraient déjà éteintes en prenant en compte les invertébrés dont les données manquent. Mais comme pour les pollinisateurs on ne connaît pas les taux d’extinction exactes dans le monde (en Europe 9% abeilles et 9% papillons), on manque de données dans les régions peu étudiées.  L‘importance de chaque facteur n’est pas non plus déterminé par un consensus scientifique.  Au delà des extinctions, il y a aussi les diminutions de population (30% estimés pour ces deux groupes précédents) qui ne sont pas négligeables au niveau des services écosystémiques comme l’agriculture (pollinisation, baisse de pression des ravageurs).

 La cause majeure : l’occupation des terres

En fin de compte la cause majeure et ses multiples déclinaisons du déclin de la biodiversité, c’est bien l’ occupation des terres. Il s’agit essentiellement de la conversion (37% changement d’usage des terres par exemple déforestation pour élevage ou agriculture, extraction minière) ou de la dégradation d’habitats (44% idem, intensification agricole et/ou urbanisation et artificialisation des sols). Finalement on atteint bien 5% et 7% pour le facteur espèces invasives et changement climatique respectivement. Or les ONG environnementalistes les mettaient en 2ème et 3ème position sans spécifier ces proportions! Ces changements provoquent une disparition des espèces spécialistes et une colonisation par les espèces généralistes (et exotiques). Il s’ensuit une diminution de la richesse spécifique dans les habitats les plus touchés pouvant aller jusqu’à 80%.
De plus, dans le monde, le manque de réglementation sur les phytosanitaires et  des insecticides laisse présager des conséquences néfastes en terme d’ éco-toxicité. Même si pour le moment, on n’a établit que leur présence dans la majorité des eaux dans le monde en ayant des preuves incomplètes sur l’effet sur la biodiversité.

De même pour l’agriculture, l’humain utilise plus d’azote que l’ensemble des cycles naturels et 50% du prélèvement est utilisé pour les engrais.
Si le changement climatique risque d’accélérer les extinctions, on a aussi les extinctions en chaine pouvant affecter certaines chaînes trophiques.
Quant à la biomasse, les humains accaparent 25% de la production primaire net annuelle, soit le double qu’il y a un siècle. Ce doublement est tout de même  assez efficient par rapport à une démographie multipliée par quatre et un produit économique multiplié par 17 .On ne doit pas aller au delà de 29% sauf que l’utilisation des bioénergies (biomasse) relèverait ce taux à 44%, une valeur critique… Les choix énergétiques doivent être intégrés dans la réflexion sur la biodiversité. Comme cet appel d’écologues pour défendre le nucléaire?
Il ressort que c’est bien l’efficience de l’occupation des terres qui doit être améliorée. On peut difficilement accuser les espèces invasives d’être responsable majoritairement du déclin, c’est bien la chasse et la conversion en terres cultivées ou l’urbanisation qui sont les facteurs les plus importants. Or l’office de la chasse ne sera pas inclut dans la future Agence de la biodiversité. Sans cette expertise de la biodiversité terrestre, on peut déjà prédire qu’elle marchera sur une jambe et n’aura aucun moyens financiers et humains. L’augmentation des rendements réduisant la surface nécessaire de culture, il est nécessaire de rappeler que l’agriculture productive (donc à gros rendements ) est une nécessité pour préserver la biodiversité, c’est un enjeu de taille. Sans compter qu’elle devra l’être avec peu d’intrants… Cette loi malgré quelques progrès n’attaque pas frontalement ces enjeux de façon claire et précise.

Quelques progrès dans la loi…

La notion de solidarité écologique inscrite en préambule de la loi est essentielle car comme on a vu précédemment on ne peut pas faire l’économie des enjeux sociaux et d’usage de la biodiversité. Pour surmonter et ralentir le déclin de la biodiversité , il faut aller au delà de la valorisation fonctionnelle des écosystèmes (par exemple un agrosystème va purifier l’air et permettre la pollinisation, une zone humide purifie l’eau et atténue les perturbations) en instaurant de nouvelles relations entre urbains et ruraux.  Chacun est contraint par des dépendances réciproques (en amont et aval d’un cours d’eau) et il s’agit de concevoir de nouveaux tissus sociaux. On a des exemples de part le monde qui illustrent cette notion. Par exemple, la rémunération  des agriculteurs pour le maintien de la qualité de l’eau à Munich et New York City ou la complémentarité entre urbains et ruraux pour un réservoir à Pékin.
Cette solidarité écologique doit s’appliquer concrètement par des innovations sociales et des gouvernances locales (à l’échelle des collectivités) avec un encadrement scientifique nécessaire pour les services écosystémiques. Or aucun article faisant office de norme laissant présager l’expérimentation de ce type d’innovation n’est présent dans cette loi. Les grands principes sont très beaux, mais ils ne demandent qu’à être appliqués. Toute la loi se consacre à mettre en place une comitologie centralisée par la création du conseil national de la biodiversité et de l’agence française de la biodiversité. Mais sans les chasseurs!
Si on note des dispositifs générals et des avancées pour les parcs naturels, les océans, la limitation des brevets sur le vivant pour les découvertes  et la réaffirmation de l’échange des semences entre particuliers; la communication anxiogène et partiellement fausse est de mise. Les mesures décriées sont loin des enjeux réels qu’on vient d’énoncer (néonicotinoïdes ou huile de palme à l’autre bout de la planète alors que la consommation française est dérisoire) et cela traduit un manque de vision globale (notamment sur les alternatives, le mais OGM bt permettant d’utiliser moins d’insecticides).
La loi il est vrai vient après une dispersion de ces problématiques dans la loi ALUR (protection des terres agricoles) et la loi d’orientation agricole (agro-écologie et biodiversité cultivée)… Dès lors on ne voit pas bien ce qu’elle apporte  de plus à part communiquer pour des raisons électoralistes .Pourtant, il y a tant à faire! En France, la transformation des habitats est intense avec plus de 40% d’espaces agricoles urbanisés (l’équivalent du département de l’Aube) tous les 10 ans. La compensation écologique a d’ailleurs des effets pervers et renforce l’artificialisation.

 Une loi sans ambitions ni moyens et pourtant les solutions existent…

Plus qu’une série de mesures visant à des modifications de divers aspects des pratiques (comme certaines mesures communicatives emblématiques), la nature des relations agriculture-biodiversité implique de raisonner sur l’ensemble du système de production ainsi que sur l’organisation spatiale des usages à l’échelle du territoire.
La préoccupation majeure d’une loi ambitieuse sur la biodiversité serait ainsi de limiter le changement d’utilisation des terres notamment dans les pays tropicaux et subtropicaux où la majeure partie de la biodiversité est présente. Face à l’incertitude climatique croissante avec la température, il faut aussi mettre en œuvre la réduction des gaz à effet de serre.  C’est à dire en fait l’Accord de Paris qui vient d’être ratifié! Cette loi biodiversité ne s’attaque donc à aucun de ces problèmes en allant même plus loin par l’exclusion de l’agriculture.
Elle nie que la biodiversité française est issue d’une co-évolution socio-écologique avec l’humain en la considérant comme une menace (notamment l’obligation de protéger des espèces en cas de menace supposée par un préfet ou une assemblée d’experts institutionnels non-élus). Elle stigmatise aussi ses pratiques (non justifiées par la science), elle diabolise des produits négligeables dans la situation française et qui ne correspondent pas à la réalité évoquée. En fin de compte, elle a des obsessions et prend des mesures cosmétiques qui risquent d’être contreproductives .
Ainsi s’il y a quelques progrès sur les principes, aucun article n’annonce un gros changements au niveau de ces enjeux.
L’usine à gaz de la compensation écologique ERC (éviter, réduire, compenser) est renforcée dans la loi. En soi c’est plutôt consensuel, mais son application se révèle en pratique très difficile. Les bénéfices d’une exploitation économique compensent-ils cette perte d’écosystèmes? Le choix de mettre en place des banques de compensation (des actifs de réserves naturels) de manière très floue juridiquement risque d’accroître une gouvernance par le marché. Sans disposer de régulations et de définitions claires des acteurs il y a un risque de multiplication des conflits locaux.  Il conviendrait de prendre en compte les leçons et des limites de cette compensation comme sur le cas de l’aéroport de Notre Dame des Landes (mauvaise estimation des trajectoires temporelles des écosystèmes, usage des terres, mauvaise anticipation des pouvoirs publics, non maturité du génie  écologique). On voit bien qu’au final, l’agriculture en subira les conséquences en étant considérée comme une réserve foncière tout en augmentant l’artificialisation des terres. Les questions  économiques et d’acceptabilité sociale que vont poser ces banques d’actifs naturels vont émerger dans l’avenir.
Pourtant, on connaît déjà depuis 20 ans les solutions concrètes et immédiates qui  ont fait leurs preuves sur le terrain. Par exemple, les effets de la fragmentation des habitats (en partie inévitable avec la démographie et des besoins qui vont avec ) peuvent être freinés en s’occupant plus de l’utilisation des terres entre ces différents points dispersés. On peut ainsi jouer sur la qualité (par exemple en ville améliorer les continuités écologiques des espaces verts) .
Ces solutions sont donc globales et multicritères, elles incluent les systèmes de protections intégrées et de résistance pour baisser l’utilisation de pesticides…  On sait que les arthropodes (auxiliaires de cultures) augmentent en diversité avec les espaces semi-naturels , les haies et bocages et la diversification des variétés cultivées (quand c’est possible).  On sait que les oiseaux spécialistes agricoles apprécient ces milieux également et la diminution d’engrais. En fin de compte, c’est  bien la reconnaissance de l’agriculture et de la nature anthropisée comme éléments essentiels au pilotage de la biodiversité qui doit être affirmée…
L’IPBES (le GIEC de la biodiversité) a d’ailleurs été assez clair dans son rapport sur les pollinisateurs. On peut sourire des préconisations tant c’est en décalage avec le discours français et européen anxiogène qui confond danger et risque.

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Il est plus facile d’instrumentaliser la science que d’appliquer réellement ce qui est dit

 C’est pourquoi dans ce premier rapport non -exhaustif, on trouvera des solutions pragmatiques, immédiates et prouvées (certaines existent déjà d’ailleurs, le reste étant connu mais ne fait pas l’objet d’une documentation validée) comme la rémunération des agriculteurs pour les bonnes pratiques envers les pollinisateurs, des bandes de végétation non agricoles comme les bordures des champs en fauche tardive, l’intensification écologique par la diversification des cultures et des modèles agricoles et la restauration écologique des habitats naturels y compris en milieu urbain.

Conclusion

Tout est dit. Alors qu’on risque d’avoir un courant biodiversité-sceptique se constituer à  l’image du changement climatique dans un futur proche, le catastrophisme n’est pas non plus de mise pour avancer. On ne doit pas opposer la conservation et le pilotage de la biodiversité à l’efficacité économique (ce qui veut dire aussi s’appuyer sur les écosystèmes), on peut s’interroger donc de l’absence du monde agricole dans la loi. Sans adopter une vision multicentrique, cette loi ne réussit pas à dépasser les anciens paradigmes écologiques. Sans ambitions, sans moyens, floue juridiquement, contradictoire même en mélangeant une vision anthropocentrique (gouvernance par le marché) à une vision écocentrique (fixisme et nature sanctuarisée), cette loi ne peut que sombrer dans l’oubli. D’ailleurs, elle risque finalement de ne pas arriver au bout, tout ça pour ça!  Il faudra donc attendre l’accord de Paris pour avoir des résultats tangibles, ainsi va la France…
* Je partage plutôt la position minoritaire de l’académie des sciences sur ce point. Tout en étant d’accord avec les limites reconnues au niveau de la quantification de la biodiversité.

**Ou Blandin P.2009. De la protection de la nature au pilotage de la biodiversité. Sciences en questions, Editions QUAE.

 

 

 

 

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C’est officiel : les OGM sont sans dangers… mais les gens refusent d’y croire

Associations Libres

Les variétés génétiquement modifiées (GM) sont aussi sûres que leurs équivalents non-GM, elles n’ont pas d’impact environnementaux négatifs et ont réduit les besoins en pesticides.. Tout ceci selon un rapport exhaustif rendu aujourd’hui par l’Académie National des Sciences – un groupe fondé par le congrès américain afin de fournir des réponses basées sur la science sur une large gamme de problématiques.

Cet article est une traduction de  : Scientists Say GMO Foods Are Safe, Public Skepticism Remains

Mais l’académie a également découvert que ces mêmes variétés n’avaient pas fait augmenter le rendement potentiel des cultures et avaient conduit à des problèmes liés à des plantes résistantes aux herbicides, ces derniers étant aussi coûteux que répandus.

Le rapport fait état de ce que, en plus de la sécurité, d’autres problèmes doivent être pris en compte, y compris le fait de gagner la confiance du public. Il recommande un débat plus transparent…

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Feedback on the Forest Garden

theculturalwilderness

My last post dealt with the permaculture edible forest garden, and it received some commentary on a couple of Facebook groups and permaculture forums. A lot of the responses were, predictably, from permaculture advocates who took umbrage at my having deigned to critique their philosophy at all, but there was one very valid criticism concerning yields: while I had compared weights of different crops per acre, a more useful approach would be to compare calorific yield. Doing this for the crops I listed gives a result looking something like this:

Crop                         tonnes/ha                 Cal/100g              m cal/ha

potatoes                           40                                  70                        27

wheat                                 8                                  333                        26.6

hazelnuts                       3.5-4                 …

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Permaculture and the Edible Forest Garden- a Critical Analysis

Skepteco

I’ve been interested in the edible forest garden idea for over twenty years and have planted and designed several myself in Ireland in that time, and visited several others. But they have never lived up to my expectations and were largely unproductive, despite sourcing as many perennial vegetables and other interesting edible plants as I could. Here I review the claims made for them and what evidence there is to support the idea- and conclude that, as Permaculture founder Bill Mollison said in the first place, in temperate regions you are far better growing your fruit trees and vegetables separately.

Temperate permaculture– is this a passing fad, an idealist’s hobby or is there a case for wider promotion of the practice?

  • Introduction- Design By Nature: Permaculture and the Forest Garden Concept

 “Permaculture” – derived from permanent agriculture – is a concept of sustainable land use and design coined and…

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Son mec ultra sexy lui demande de faire une sextape, sa réponse est juste incroyable…

La Théière Cosmique

Complètement fou ! Ce mec demande à sa copine si elle veut pas tourner une sextape avec lui. Sa réponse bouleverse tout l’internet !

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[Trad] Qui sont ces risques qui sifflent sur nos têtes ? Pesticides, vaccins et autres produits chimiques [difficulté : moyenne] (3000 mots ~ 20 mins)

La Théière Cosmique

Penchons nous ensemble sur ces risques dont on entend tant parler dans les médias et à la machine à café.

risk Non, cette illustration n’est pas si hors sujet que ça : les risques sont omniprésents et les évaluer, c’est avant tout éviter les écueils des probabilités.

Ce billet est une traduction de l’article de The Logic of Science datant du 7 Mars dernier. Je reviendrai certainement sur la notion de risque et comment elle se traduit dans la réalité dans une future parution,  mais cet article est une première approche très pertinente et claire qu’il m’a semblé intéressant de relayer, sur les conseils avisés de Plasmodioum.

Nous sommes constamment bombardés par les médias d’annonces telles que « une nouvelle étude affirme que la substance X augmente les risques de Y de 100 % » ou encore « faire X double la probabilité d’avoir Y ». Mais que signifient réellement ces nombres ? Nous, en tant qu’humains…

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Tempête au HCB Saison 2 : hystérie ou craintes justifiées?

HCB : Haut-Conseil des Biotechnologies

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Riz génétiquement modifié pour combler des carences en fer et en zinc. Source : http://ricetoday.irri.org/genetically-engineered-rice-with-high-levels-of-iron-and-zinc-is-developed

Les organismes génétiquement modifiés reviennent sur la table des gouvernements grâce à l’évaluation des New Breeding Techniques. Ces 8 nouvelles technologies de modifications génétiques (telles que CRISPR cas9 qui a pu soigner un bébé atteint de leucémie) vont apporter de nouvelles possibilités pour l’amélioration des plantes et signent la fin des « OGM » de première génération. L’enjeu est de taille : inclure ou non ces techniques dans l’actuelle directive sur les OGMs (qui inclut la transgénèse donnant les fameuses variétés transgéniques Maïs ou soja) décidera de leur avenir en Europe, et donc de l’avenir des biotechnologies végétales, de la recherche européenne en la matière et de ses entreprises! La commission européenne doit statuer via son groupe de travail en mars, et le HCB doit fournir un avis d’ici le mois de mai pour le gouvernement.

Un conseil de la discorde

Rappelons que le Haut-Conseil des Biotechnologies est une institution bicéphale créée à la suite du Grenelle de l’environnement en 2008 incluant un comité scientifique et un comité d’éthique (CEES). Or c’est l’organisation et la composition de ce dernier qui fait polémique : il est une sorte de forum des lobbies dont certains sociologues postmodernes pensent qu’il représente le mieux la « société civile » (relativisme et addition des opinions comme se valant toutes). Il met ainsi face à face  industriels de l’agroalimentaire et des biotechnologies, syndicats d’agriculteurs, représentants des politiques, associations de consommateurs et des familles, les apiculteurs et les représentants de l’agriculture biologique et les associations écologistes (dont certaines très radicales comme les Amis de la Terre ou bien des faucheurs volontaires!) pour aboutir à des synthèses controversées et générant des tensions au sein même du comité. Dans ces conditions, ce « false balance » se résume plutôt à la foire d’empoigne. Bien que le CEES n’émet que des recommandations liées au cadre juridique, sociétal et réglementaire, elles servent allégrement à brouiller le message de l’avis du conseil scientifique auprès des politiques qui en profitent pour ne pas prendre leurs responsabilités sur le sujet majeur des PGMs.

Scènes de ménage

Pourquoi une saison 2? Parce que le HCB c’est un peu comme Plus Belle la vie, c’est une véritable cacophonie. Il y a eu déjà une saison 1 en 2012 lors de la démission fracassante de la moitié du Comité économique éthique et social suite à de profondes divergences entre ses membres. Et pas des moindres : la représentante de la CFDT (sensée défendre l’outil de travail des chercheurs : les tests en champs) avait vivement critiqué le fonctionnement du CEES et le fait que des membres aient publiquement soutenu le fauchage des vignes de Colmar (au détriment des salariés qu’elle défend!).

Fallait-il donc que ça recommence  pour le  sujet des NBT? Mais n’est-ce pas le but finalement?

Que s’est-il donc passé cette fois-ci? Les questions de génie génétique n’intéressant pas les médias généralistes français (qui à mon sens relayent une désinformation assez surprenante sur ce sujet), aucun ne l’a abordé. Il faut alors consulter les médias écologistes et la sphère militante pour être au courant  du drame de début février :  la démission cette fois-ci d’un membre du comité scientifique suite à la publication d’une première synthèse de travail sur les NBT. Celle-ci doit constituer la matrice du prochain avis du HCB et est une ébauche : « un brouillon ». Évidemment, les médias militants comme Reporterre ont publié la tribune des membres du CEES (voix de la Confédération Paysanne et du Réseau semences paysannes) qui au passage critiquent abondamment un comité dont ils font partie. N’y t-il pas un manque de déontologie?  On retiendra également l’épouvantail du brevetage du vivant qui n’est absolument pas spécifique aux OGms, mais bien à toutes les variétés. Comme un mauvais remake, les 7 associations représentantes de l’écologie politique ont suspendu leur participation, histoire de faire pression sur le bureau ?

Le site d’information de « veille citoyenne » sur les OGMs : Inf’OGM (financé notamment par la Fondation pour le progrès de l’homme) décrit suffisamment la situation. On rappelle que sous des airs de neutralité (centraliser toutes les infos sur les OGms sans prendre parti) ce site passe à son temps à écrire des articles philosophiques et métaphysiques anxiogènes à souhait.

Exploitation de la démission d’un chercheur, pourtant dans son rôle…de scientifique!

Le scientifique Yves Bertheau directeur de recherche de l’INRA, plutôt spécialiste de la traçabilité des OGms et de leur détection n’est a priori pas opposé aux PGMs : lors du débat en 2008 sur la coexistence entre OGMs et non-OGms, il soulignait à juste titre les mesures de précaution à prendre (décalage du semis, barrières pour éviter la dissémination, zones refuges  pour la gestion des résistances) et qui peuvent être négligées par les semenciers. Il demandait alors que le haut-conseil des biotechnologies soit le garant public de cette gouvernance à la française pour un bon usage de cette technologie. Or c’est le refus catégorique de la coexistence  par les associations écologistes membres du CEES qui avait démarré le premier conflit.

Selon les associations, Yves Bertheau aurait démissionné car le HCB aurait censuré sa position divergente au sein du CS dans le premier compte rendu des NBT . Et il aurait pointé  « « les effets non-intentionnels » et potentiellement dangereux des NBT ». Diable, un effet non-intentionnel devient dangereux dans la traduction de Reporterre! Ah que n’a t-il pas dit là! Un mot suffit pour ces mouvements à condamner un problème complexe.

Si on met de côté la rhétorique de la censure pour avis divergent (voir à ce sujet que ça se passe rarement ainsi en science), vu la position précédente de Mr Bertheau, on peut douter qu’il ait vraiment dit cela.

Info’Ogm étant assez transparent (ce qui ne l’empêche pas de philosopher sans contextualiser), la publication de sa lettre envoyée à la présidente du HCB Christine Noiville éclaire pas mal de choses. Et là les raisons sont toutes autres! On observe surtout une cacophonie au niveau du règlement intérieur, des règles de discussion et de la méthode de travail employée (une note de synthèse qui n’existe pas légalement) : de la forme donc!  Quant à l’avis scientifique divergent sur les effets « indésirables »? :

JFHCB

Les effets non intentionnels prennent tout un autre sens insérés dans cette phrase…Mais un dossier scientifique de cet ampleur doit être exhaustif et la science doit dire tout ce qui se sait, il a donc raison.

Une position plutôt humble et scientifique donc. Rien d’alarmant de ce coté, n’est ce pas plutôt un problème d’organisation et de pression sociétale/gouvernementale auquel les membres du CEES participent allégrement (voir la saison 1)? Un vrai travail scientifique exhaustif semble donc difficile à mettre en place dans ces conditions. Cependant, à entendre certaines associations et militants écologistes anti-Ogms : les défenseurs des ogms auraient dit qu’il n’y a aucun risques ni effets indésirables. C’est bien évidemment faux (là encore pour toutes variétés par définition, les mécanismes ne vont pas changer par le transfert d’un gène!) et cela relève de la technique de l’épouvantail! Simplement un danger n’est pas un risque (lié à la densité et à l’exposition chronique). Et pour le coup, les risques se maîtrisent et on connaît les techniques de surveillance et de contrôle (ce que les anti-OGms nient parfaitement). Au passage, on a la même chose entre un champ bio et non-bio car les variétés ne répondent pas aux même critères. C’est un faux problème.

Un travail sous pression politique qui ne permet pas d’être exhaustif et rigoureux

La suite est aussi flagrante : il commente une  réponse à sa position qui a bien été discutée en séance malgré le fait que le règlement intérieur n’avait été pas respecté quand il l’a demandé. On repassera pour la censure!

Là encore il reproche à ses collègues le fait que « les effets « hors-cibles » ne sont pas un problème car les techniques s’améliore et qu’on peut le contrôler ». Cest vrai en principe et c’est aussi un sophisme effectivement. Mais quel est le but du HCB? Pour rappel, les scientifiques ont chacun une spécialité en biologie liée à la question multidisciplinaire des OGMs, mais ils n’ont pas forcément publié sur les variétés concernées (Bt, tolérance au Round-up ready, variétés biofortifiées reposant sur les nouvelles techniques), ils ne font que compiler les données existantes . Et elles sont rassurantes. Il reproche donc encore un manque de forme, qu’il  pointe des problèmes ne veut pas dire que c’est majeur. Ici, les scientifiques parlent bien du risque (faible) et ils ne considèrent pas pertinent de l’inclure dans un brouillon. Dans le même temps, on note une pression et des réponses « sous stress » demandées par les conseillers des politiques, il y a fort à parier qu’ils n’ont pas voulu détailler pour éviter de faire peur avec des détails anecdotiques. Et quand on voit comment les associations réagissent avec un mot prononcé, on comprend pourquoi! 

Une autre remarque pointée par les associations écologistes porte sur l’équivalence en substance.C’est une veille marotte qui ne repose sur rien car il s’agit  d’une méthodologie validée au niveau mondial. Il est impossible de distinguer un variété transgénique d’une variété non-transgénique sans détecter spécifiquement l’ADN inséré. La transgénèse en effet introduit un, deux ou un tout petit nombre de gènes nouveaux qui ne codent qu’un petit nombre de caractères. Une sélection traditionnelle transfère tout le génome aboutissant à de nombreuses modifications! On peut juger sur ce point ce qui en probabilité est le plus dangereux… En plus, la réglementation européenne OGM oblige à une véritable évaluation (génétique, biochimique) de la plante modifiée pour conclure à son équivalence. Les tests de toxicologie sur l’animal ne sont d’ailleurs pas obligatoires. Le cadre réglementaire est ainsi critiqué et des experts plaident pour une approche au cas par cas en jugeant le produit. Les techniques elles mêmes ne pourront plus être détectables par une analyse moléculaire ce qui rend la législation obsolète.

Yves Bertheau aborde ces exemples dans sa lettre mais sans plus de précisions (ni de sources), pas de quoi en faire une preuve scientifique! La mutation ciblée ne suffit pas effectivement à montrer l’équivalence. Sauf que comme dit précédemment ce n’est pas le cas non plus pour les variétés conventionnelles! N’est ce pas un épouvantail?

En fin de compte, il continue de reprocher dans la suite des vices de forme, des cacophonies, des manques de communication. Plus qu’une expertise scientifique sur les OGms, c’est surtout une bonne analyse du délabrement des pouvoirs publics…

Cependant, après avoir critiqué à juste titre l’avis hors-compétence sur l’aspect réglementaire de ses collègues, on peut s’étonner de trouver à la suite de ses remarques sur les risques : « Je ne pense pas qu’on puisse se passer d’une période de probation d’au moins 10 ans de ces techniques (donc avec des dossiers d’évaluation complets) jusqu’à ce qu’on soit sûr qu’elles sont précises, bien maîtrisées et les effets hors-cibles effectivement recherchés de manière efficace » Plus loin, il parlera de « spécificité parfaite » (ça existe?).

Quel rigueur … et quel effet d’aubaine pour les contempteurs du génie génétique! Les mêmes qui demandent des certitudes indéboulonnables sur l’impact des OGms. Alors que personne n’a dit qu’il y avait pas d’incertitudes! Ils demanderont toujours plus d’études, le sophisme du déplacement des goals est utilisé à l’infini.  Or en science on ne peut pas démontrer une inexistence car on ne peut tester que des hypothèses réfutables. Il y a toujours un risque et le but est de le minimiser par sa maîtrise. Le but est bien de ne jamais autoriser le test des PGMs car le principe de précaution sera caricaturé en inaction.

Et surtout étonnant de sa part, puisque quelques lignes plus haut il dit que l’aspect réglementaire n’est pas un aspect scientifique! Contradiction ou zèle invétéré ? D’ailleurs sur le fond, sait-il que la législation actuelle est trop contraignante pour les petites entreprises, que seules des multinationales (au hasard Monsanto…) peuvent se permettre de payer les tests d’évaluation demandées par la directive OGM ? Et qu’elles ne sont pas justifiées scientifiquement parce qu’on ne le fait pas pour toutes les autres variétés conventionnelles? Ce genre d’argument théoriquement recevable est bien hors de ses compétence car la réalité économique n’est pas compatible avec cela quand on a déjà une concurrence avec les entreprises américaines. Et sa remarque plus loin sur les coûts forcément réduits de façon intentionnelle par ces entreprises capitalistes témoigne d’une certaine méconnaissance de la notion du coût de production…

On lui renvoie donc son argument, si les autres n’ont pas à donner leur avis sur la réglementation (rôle du législateur et du juriste), lui non plus.

Des effets indésirables oui… Mais la science ne peut pas démontrer une absence totale de risques

Dans ce document très long et en fait assez répétitif (ce qui laisse songeur) :« Les progrès toujours en cours prouvent que les techniques ne sont pas encore totalement matures », beau sophisme! Et la voiture? Et le train? L’avion? Les téléphones? Les ordinateurs toujours en évolution? C’est un truisme, aucune technique n’est mature! Pour quelqu’un qui dénonce des sophismes, il en fait aussi un paquet…

« Ce cas particulier d’utilisation d’une technique de transgénèse, temporaire ou stable, ne peut être considéré sans tenir compte des erreurs de manipulation et de possibilités d’échappement dans l’environnement lors de leurs utilisations à l’interface milieu confiné / milieu disséminé, comme par exemple pour des lixiviations ou la détoxification de sols ». On remarquera un drôle de raisonnement par analogie et pas du tout par analyse scientifique. Des bactéries ou des plantes modifiées ne sont souvent pas adaptées à leur environnement et ne vont pas survivre. Les caractères d’amélioration nécessaires pour les besoins humains sont souvent trop gourmands en énergie pour le milieu naturel. Quand par contre il y a des possibilités de croisements avec des espèces sauvages comme le Colza GM, là c’est aussi surveillé et contrôlé (on a aussi des techniques pour limiter la dissémination). Il outrepasse aussi sa compétence également car on ne peut pas tout savoir!  Par ailleurs le CS contient plus d’une quarantaine de membres et le but est bien d’avoir tous les aspects dans les sous spécialités de la biologie pour réfléchir sur  cette question scientifique. Beaucoup de bruit pour rien après un avis contraire sur quarante membres…
Un consensus n’est pas non plus l’unanimité et on ne doit pas l’attendre! L’avis divergent vu par les écologistes est ainsi de nature relativiste : les avis scientifiques sont vus comme des opinions et il suffit d’une divergence pour faire croire qu’il n’y a pas de vérité. L’erreur est humaine, mais la probabilité que plusieurs milliers de scientifiques se trompent sur cette question (les OGms sont les plus étudiés au monde) est faible (pas nulle). 

Les effets indésirables sont évidemment réels et ne diffèrent en fait pas des autres variétés et les moyens de contrôle existent. En tant que scientifique (on dit ce que l’on sait), il est normal que Yves Bertheau les rappelle pour maîtriser les risques. Au passage, le consensus est bien clair : les variétés transgéniques (et celles des NBT rappelées dans la première « note » du HCB) sont aussi voire plus sûres que leurs homologues non modifiées. Enfin, les impacts environnementaux dépendent essentiellement de la gestion agronomique (pesticides et résistance commune à tous les systèmes de production!). A nous de faire des variétés « socialement » utiles avec les bons critères les plus écologiques possibles, mais ce n’est pas une question de « modification du vivant ».

Sa lettre est finalement une longue dissertation sur les risques probables d’une autorisation dérégulée. Des banalités sont avancées sur les enjeux financiers (oui), les négligences (oui), les éventuels effets épigénétiques (sérieusement et pour tous les transposons/ ARN interférents des variétés actuelles? Et les produits carnés?), les profits à court terme des semenciers (oui). Et alors? Est ce une raison pour ne pas les tester en champ dans le but d’avoir une évaluation des risques et de leur utilité?  Évidemment qu’il faut penser à tout ça, mais c’est un problème de gouvernance et de politique et pas de science. L’incertitude existe pour tous les domaines et elle subsiste toujours, ça n’empêche pas d’avancer et de développer des techniques qui fonctionnent. La réglementation impose ces suivis post-commercialisation mais elle n’est plus adaptée à l’évolution de la science. Alors pourquoi ne pas en faire une nouvelle moins contraignante et incluant cette gouvernance et ce contrôle?

En critiquant ses collègues de façon exagérée alors que lui-même s’attarde sur des détails hors de sa compétence, des banalités (oui on ne peut pas prouver l’innocuité à 100% d’un produit, c’est IMPOSSIBLE),  il outrepasse finalement lui aussi les conditions pour lequel il a été mandaté. L’échange des courriers montre qu’il n’a jamais été censuré et que la discussion a eu lieu, mais que le règlement et l’organisation est médiocre. Ajoutez cela au vu de la teneur du débat des égos bien proportionnés, vous obtenez une controverse en apparence scientifique et qui ne l’est pas. Il semble d’ailleurs regrettable qu’en dépit de ses avis scientifiques, il adhère à l’idéologie postmoderne de la gestion des controverses. Sa conclusion effarante demande un groupe de réflexion contenant uniquement des sociologues, des juristes et des biologistes non utilisateurs de NBT. On est en plein dans la négation de la notion d’expertise scientifique en faisant taire le Comité scientifique.

Conclusion : beaucoup de bruit pour rien

En résumé, non sa divergence principale portait sur la méthode de discussion et la forme du document à présenter aux politiques. Non, il n’a jamais  démissionné à cause  d’une divergence sur les effets dangereux intrinsèques supposés. Ce n’était qu’un prétexte pour pointer l’information incompréhensible sans les bénéfices et les risques destinée aux politiques. Il a pointé en toute rigueur les incertitudes qui existeront toujours, et fait preuve de Zèle sur des recommandations hors de sa compétence. Il souligne aussi l’amateurisme inquiétant d’un Haut-comité sensé aider le politique à décider de l’avenir des biotechnologies végétales en France. Finalement, il semble surtout orienté et semble regretter l’organisation du comité qui répond pourtant à ses critères postmodernes…

Ce sont donc  des conflits internes et des querelles idéologiques sans rapport avec la science,  mais suffisant pour déclencher une tempête … dans un verre d’eau comme le dit la présidente du HCB.

NB : Ce Zèle et l’instrumentalisation de l’incertitude me fait penser à ça :

trustmeImbiologist

Quand on analyse les arguments des anti-OGMs on tombe sur les mêmes procédés que les climatodénialistes.

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Pourquoi les veggies ont raison

plat-végétarien

En théorie oui…et avec tous les arguments rationnels et logiques suite aux nouvelles connaissances scientifiques, tout le reste n’est que sophismes, appels à la nature et autres figures de rhétorique pour se mentir à soi même : c’est la dissonance cognitive. Attention : je ne dis pas qu’il est possible d’arriver à ne plus manger de viande (pour des raisons économiques, culturelles, traditionnelles etc c’est à dire tous les arguments sophistiques), je dis que ce ne sont pas des raisons fondées. Il est évident qu’en démocratie cette  question doit être débattue, mais par le passé des choses autorisées sont devenues immorales et interdites grâce au soulèvement d’une minorité. L’Histoire et le monde évoluent et rien ne peut justifier l’immoralité.

Note : Je voulais écrire un article sur le sujet depuis longtemps et les réseaux sociaux ont beaucoup apporté à renforcer cette réflexion. Cet article résume ainsi les contributions collectives depuis quelques mois que j’ai pu lire via des camarades d’école (on en retrouve pas mal chez les biologistes et agronomes), de mes lectures sur le mouvement de la cause animale, de connaissances rencontrées grâce aux réseaux sociaux, ainsi que des discussions du groupe Zététique qui m’ont apporté beaucoup d’éléments éclairants repris ici. J’ai pu les compléter par une recherche des sources adéquates et apporter des précisions supplémentaires. Merci donc aux biologistes, zootechniciens et zootechniciennes et veggies pour ces apports.

Ce qu’il ne faut pas inventer pour justifier de manger de la viande : on appelle ça une dissonance cognitive, c’est à dire que connaissant les réalités de la souffrance animale lors de la production de viande (pas forcément l’élevage traditionnel), on n’invente toutes les excuses pour se le dissimuler à soi. C’est une hypocrisie morale. Alors que moralement, depuis les découvertes scientifiques en éthologie et en neuropsychologie animale : on sait que les animaux d’élevage (et d’autres dont les primates, les homards, les crabes) sont des êtres sentients . Ce mot est un néologisme et va au-delà de la sensibilité : il caractérise à la fois la sensibilité (les animaux ressentent de l’émotion, de la crainte, de la peur, de la douleur, ils peuvent avoir des émotions négatives et positives), certains sont doués de formes de consciences caractérisant ce qu’on appelle l' »esprit » (et ce n’est pas forcément identique à nous, ce sont des comportements tout aussi complexes!).

Des progrès en élevage…Mais des conditions encore inacceptables pour la filière :

Ce préambule est nécessaire car nul n’est sensé l’ignorer quand il mange des produits animaux : l’élevage en soi peut négliger les besoins et le bien être des animaux. Toutefois, beaucoup de progrès ont eu lieu en Europe (via la mise en place des 5 libertés de l’animal) :

1. libres de soif, de faim et de nourriture impropre ;
2. libres de désagréments corporels et thermiques ;
3. libres de douleurs, de blessures et de maladies ;
4. libres d’angoisse et de stress chronique ;
5. libres de présenter leur comportement naturel.

L’application se décline en une remise aux normes de tous les bâtiments d’élevage, des bonnes pratiques et attribue à la recherche un pan entier d’études. Cet investissement sur les normes (agrandissement des stabulations, volume d’air plus important pour éviter de respirer l’ammoniac de ses excréments, aires de circulation agrandies pour la traite, matelas pour la litière, nourriture et eau suffisante, brosses etc…) a coûté beaucoup d’argent aux éleveurs, c’est même une cause (parmi d’autres) de leur trésorerie négative avec la crise agricole.

Néanmoins, la structure et l’organisation même de l’élevage génèrent encore une souffrance qu’on n’accepterait pas pour des êtres humains (sensibles et sentients au même titre que les animaux). Les végétariens acceptent d’ailleurs certaines souffrances en n’étant pas végétaliens!

Le lait : on sépare le veau de la mère pour l’engraisser en élevage de taurillons (la vache à viande mange avec son petit dans les pâturages), puis on l’abat. Idem pour la mère au bout de 6 ans de cycles gestation-lactation (et moins que ça pour les super-vaches Prim’Holstein) au lieu de 15 ans d’espérance de vie.

-Les oeufs et volaille : quand on renouvelle le cheptel, on élimine les mâles qui ne peuvent pas avoir d’oeufs (sexage des poussins) en les broyant de façon abominable. Parfois dans un élevage de grande dimension il y a débecquage (on leur coupe le bec pour éviter le cannibalisme qui n’est pas un comportement naturel de l’animal). De même pour la ponte en cage et les poules sont abattues au bout de 90 semaines (sur 5-6 ans d’espérance de vie). La sélection génétique vise maintenant les 500 oeufs en 100 semaines… Le taux de mortalité a diminué de moitié depuis 10 ans chez les poules pondeuses (de 6% à 3%), mais il existe. Néanmoins, il existe désormais des techniques génétiques de détection du sexe dans l’œuf ce qui permettrait d’éliminer les embryons avant qu’ils éclosent. Encore faut-il les obliger! Il y a aussi possibilité de sauver les poussins mâles et de les engraisser pour ensuite vendre les poulets, on retombe sur les autres problématiques même si c’est une bonne initiative.

Mais tout ceci correspond aux procédés de transformation et de commercialisation et ne sont pas causés par l’éleveur (à part dans les grands élevages), c’est la filière qui est en cause. Dans l’ensemble, l’élevage a beaucoup progressé sur les 5 libertés. Il reste néanmoins quelques problèmes :

Toutes les vaches ne sont pas dans des élevages herbagers ou au moins avec une possibilité de sortir dans le pré les jours de beau temps. Le transport des animaux surtout s’il est à destination des pays de l’UE ou du moyen-orient peut être terrible

Les porcs sont parfois castrés sans anesthésie et idem pour le transport (circonstances stressantes des camions pour l’abattoir).

Poules : en l’absence de perchoir, leur rythme de jour et de nuit est perturbé. Leur comportement naturel n’est pas de vivre dans le voisinage d’animaux de leurs espèces et il y a une hiérarchie dans un poulailler : elles peuvent être forcées à l’être (surtout dans le cas des grands élevages). Si la litière n’est pas adaptée, elles sont empêchées de prendre un bain de poussière ou de gratter le sol (émotions positives). Un transport dans des caisses à claire-voie avec le risque de fracture d’ailes ou de pattes est terrible.

La sélection génétique qui a eu lieu après la guerre (et avant pour les animaux « domestiques ») peut aussi générer des souffrance physiques via les choix de traits utiles pour l’être humains : problèmes respiratoires et de mobilité via une disproportion entre les chairs et le squelette/appareil respiratoire (chats persans, dindes reproductrices), prédispositions génétiques à des maladies (races de chiens), problèmes reproducteurs (césarienne obligatoire pour les vaches de race blanc bleu belge).

Les nouvelles méthodes de séquençage haut débit et de modifications génétiques vont accélérer cela pour le pire… ou pour le meilleur. Il y a nécessité d’intégrer le bien être animal dans les critères de sélection.

L’émergence d’une conscience animale (résumé de l’interview d’une éthologue à lire pour plus de détails)

La conscience se définit en philosophie comme « la faculté mentale qui permet d’appréhender de façon subjective  sa propre existence (incluant les émotions, les sensations). En neurosciences, elle est en fait une faculté complexe à définir. On peut aussi dire qu’elle se caractérise par une aptitude à s’adapter à des circonstances changeantes. Ainsi l’écologie comportementale et l’éthologie montrent de nombreux exemples d’animaux dans la nature (cerfs, oiseaux, tétras lyre…) qui sont capables d’avoir une compréhension suffisante du monde pour  le manipuler et atteindre leurs propres fins. Les comportements dus à l’instinct et à des processus mécanistes (comme le pensait Descartes) sont en fait l’exception. Des mécanismes d’apprentissage, de mémorisation et d’évaluation d’une situation existent chez les animaux et vont aboutir à une forme de « décision » en fonction de cette évaluation.  Ils rendent ainsi leur vie meilleure en ayant une compréhension minimale du monde. Le langage existe également chez les primates et certains oiseaux (chants qui comportent des phonèmes) pour défendre son territoire.En revanche,  il est certain que pour la plupart des animaux il n’y a pas encore de preuves significatives de ces formes de consciences : il convient de faire attention aux biais anthropomorphiques (interprétation de l’attitude et automatismes). Cependant, il n’y a pas non plus les preuves qu’ils n’en ont pas!

Néanmoins, il reste la sensibilité, les besoins éthologiques qui eux sont prouvés et documentés.  Le fait est  qu’un animal souffre quand on l’élève, qu’il peut mourir avant l’âge normal (alors que cela peut être évité) et qu’il peut ressentir de la peur à l’approche de l’abattoir. Cela ne semble t-il pas moralement suffisant pour arrêter de les manger non?

L’humain être de technologie, de culture et d’éthique qui évolue dans sa condition :

Dans notre société, la peine de mort et la torture ont été abolies (malheureusement pas partout encore), les sévices sur les enfants aussi, on ne traite plus comme inférieurs des personnes considérées au départ comme différentes (femmes, esclaves). L’humain a interdit également le cannibalisme. Certes, ce n’est souvent pas par bonne volonté, mais plutôt grâce à des opportunités et des circonstances favorables au changement et au progrès. L’humain est ainsi un être de technologie qui invente sans cesse face aux nouveaux enjeux  et problématiques (démographie, santé, construction, énergie, environnement) qu’il rencontre, les technologies sont donc facteurs d’évolutions et de mutations profondes. Les historiens des sciences et techniques s’accordent à dire que, par exemple, c’est la découverte du charbon et pétrole au XIX ème siècle qui a enclenché l’abolition de l’esclavage humain et animal (une énergie humaine et animale remplacée par une autre plus puissante). A coté de l’évolution biologique et de ses caractéristiques, l’humain a ainsi une extraordinaire capacité à améliorer son bien-être et changer sa vie pour évoluer de façon historique. Il est un être de technologies, de culture et donc d’éthique. A partir du moment où on a les connaissances scientifiques sur une situation, on bascule du choix personnel à un choix éthique (on ne peut plus faire comme si on ne savait pas sauf à entrer en dissonance cognitive). N’est ce donc pas sa responsabilité sur Terre d’éviter la souffrance d’animaux sensibles qui ne sont différents qu’en terme de degré?

Bien sûr, en plus de ces évolutions, il y a toujours eu une minorité d’humains qui ont trouvé insupportables et moralement injustifiées certaines pratiques (torture, mise à mort, sévices sur les enfants, discrimination raciale, exclusion des femmes), jusqu’au jour où ils ont dit Non.

Vrai et faux : Y a t-il des raisons rationnelles et logiques à ne pas manger des produits animaux?

Ce quiz va reprendre les idées reçues et excuses entendues à ce sujet. Normalement après avoir lu cet article, vous devriez savoir qu’il n’est moralement pas justifiable de manger des produits animaux en sachant que cela crée de la souffrance (les choix de consommation sont irrationnels, mais des actes irrationnels sont interdits car moralement injustifiables).

Hélas, ce n’est pas si simple car les végétariens (pas manger de viande), végétaliens (en plus ni lait ni œufs ni miel) et végans (aucun produit issu de l’animal ou activité qui l’exploite) vont être confrontés à des tonnes d’excuses, de tournures sophistiques de la part de gens voulant  confirmer leurs croyances. Évidemment, les concernés pourront aussi justifier la cause animale et leur mode de vie par de la mauvaise science (pseudo-nutrition et mauvais arguments écologiques), ce n’est pas acceptable non plus (mais ce n’est pas forcément la majorité heureusement) et ils seront abordés également. Soyons honnêtes sur les faits et assumons ensuite nos choix éthiques !

Nutrition et alimentation

1)L’homme est omnivore :

Vrai. C’est une évidence biologique, mais ça veut justement dire qu’on a le choix de manger ce que l’on veut grâce à notre système digestif!

2)On a pas besoin de viande, des légumes (choux, brocolis, légumes-feuille) contiennent du fer non hémique, du calcium, du zinc, des acides gras et des vitamines de la même façon.

Vrai/faux. Ils en contiennent autant et certains suffisent. Mais, les matrices végétales et de nombreux facteurs anti-nutritionnels rendent la biodisponibilité de ces nutriments difficile contrairement à la viande. Il est possible d’atteindre une bonne partie des apports en variant ses sources végétales(légumineuses, haricots, fruits à coque, huiles de lin et canola pour les oméga3 à la place du poisson), mais dans la majorité des cas (surtout pour les enfants) il est conseillé d’avoir des aliments supplémentés (pas des compléments alimentaires mais des produits transformés enrichis) comme céréales enrichies (fer), produits céréaliers, jus enrichis et surtout beaucoup de produits à base de soja fermenté ou non, graines germées également pour le Zinc et des suppléments.  Le seul vrai problème reste pour la vitamine B12 qui n’est contenu que dans les produits animaux (et indispensable au cerveau) : le supplément est indispensable (lait de soja enrichi en B12 ou céréales).

3) On va être carencé en protéines  :

Vrai-Faux. Là encore il est vrai que les végétaux contiennent des acides aminés non-indispensables (qu’on ne synthétise pas et dont on a pas besoin) et une très mauvaise biodisponibilité (50% pour le blé) : le soja reste la meilleure source des apports, et on peut aussi varier avec des légumineuses (haricots et lentilles), produits céréaliers et fruits à coque. Toutes les protéines végétales n’ont pas la même digestibilité, ni la même qualité ou quantité d’acides aminés indispensables : il faut donc diversifier au maximum les sources…Il peut aussi avoir des problèmes de ballonnements. Toutefois, ceci (mais comme précédemment) peut être modifiable grâce à l’amélioration variétale et la génétique des plantes (voir projet légumineuses). De nouveaux compléments alimentaires apparaissent comme les micro-algues et les insectes (non sentients) pour avoir de nouvelles sources de protéines et de nutriments. Il y a donc une diversification énorme de notre alimentation qui ne justifie plus de manger de la viande.

4) Les végétaux crus comme les graines germées ont plus de pathogènes (voir en Allemagne en 2011)

Vrai-Faux. En théorie oui et même en lavant les aliments (raison pour laquelle la cuisson à améliorer la qualité de vie, voir plus loin), mais dans le cas de l’Allemagne c’était parce qu’ils n’ont pas désinfecté au chlore les graines germées ce qui aurait pu éviter ce drame. La « chimiophobie »cause parfois plus de tort…

5) On est super maigre avec ce régime :

Faux. On rééquilibre tout de même le rapport lipide/protéine ce qui est meilleur pour la santé . Quant à  la densité énergétique, il suffit de manger plus, idem pour l’apport en protéines. Le soja et les fruits à coque comme la noix ont aussi une forte densité énergétique.

6) La viande rouge donne le cancer :

Faux-Vrai. Tout est mauvais pour la santé et est potentiellement cancérigène (voir le classement IARC), mais c’est une question de dose et d’exposition (le risque). Et il est franchement faible dans notre cas car il y a aussi des prédispositions génétiques. On estime à 34000 morts par cancer dû précisément à la viande rouge dans le monde, par rapport à la pollution de l’air (5 millions) et le tabac (6 millions), on est loin d’un risque majeur pour la santé publique… La consommation de viande rouge des français est en fait inférieure aux limites possiblement toxiques. Les chiffres cités (87 kilos par an) incluent souvent toutes les viandes (porcs, volailles, lapins, abats) et ils n’ont pas le même effet nocif. Les français restent des consommateurs raisonnables de viande (dont la consommation diminue de tout même). Ce n’est pas le meilleur argument pour défendre le véganisme.

7) Le soja et certains composés des légumes (isoflavones, flavonoïdes) sont considérés comme perturbateurs endocriniens voire générateurs de cancers

Vrai. Nombreux rapports de l’ANSES à l’appui : ils sont déconseillés chez l’enfant et chez la femme enceinte. Mais là encore comme dans le cas des PE de synthèse (bisphénol A), quelles sont les doses admissibles journalières et les comportements de ces molécules? Il ne faut pas tomber dans la peur. Les expositions pour les nourrissons semblent importantes, mais il manque des études cliniques et épidémiologiques concluantes. Si c’était avéré, la réglementation sur les teneurs des produits enrichis doit être modifiée en connaissance de cause. On sait aussi que les végétaux contiennent 50 % de métabolites secondaires probablement cancérogènes. Il manque des données sur les effets à long terme des cancers pouvant être déclenchés par des perturbateurs endocriniens d’origine végétaux. Mais, les études montrent aussi que les végétariens et végans sont quand même en meilleure santé globalement. Les équilibres entre les différents composés (anti-radicalaires, antioxydants) permettent d’avoir une balance positive. Mais ne se nourrissent-ils pas mieux en général que les autres (information et sensibilisation suffisante)? C’est un biais possible de telles études.

8) Les végétaux, fruits à coques et légumineuses contiennent des allergènes :

Vrai. Mais ces pathologies sont tout de même minoritaires dans la population pour le moment (l’allergie au gluten a par exemple a une prévalence de 0,3%). Et on peut parfaitement imaginer grâce aux progrès technologiques de concevoir des aliments spécialisés et  diététiques (comme on a déjà pour les personnes âgées et sportifs). Comme dans le cas de molécules cancérogènes ou tératogènes, les technologies existent pour améliorer cela (comme quand on élimine les précurseurs de l’acrylamide dans la pomme de terre).

9) Et pour les autres intolérances, le diabète et l’obésité : l’ajout de fructose et d’additifs en tout genre dans les produits transformés peuvent être problématiques… Difficile de ne plus manger de viande dans ces conditions !

Vrai/Faux. Sophisme de la solution, que ce soit le cas maintenant n’empêche pas de le réaliser. On peut limiter ces pratiques. De la même façon on peut produire des aliments  spécialisés et adaptés dans une société totalement végan. Sinon la viande in-vitro sera possible pour remplacer la viande. (bon pour le moment  c’est toujours fait à partir d’animal dans des conditions atroces).

10) De toute façon pour avoir un élevage respectueux des besoins animaux il faut passer au bio :

Vrai/Faux. Les poulets de chair vivent en cages (batterie), mais ceci est une norme qui s’applique à tous les élevages désormais. Être contre les élevages en batterie n’est donc pas suffisant pour passer au bio. Le bio tient compte effectivement des conditions d’élevage (densité, surface mini du parcours et taille maximale des bâtiments, écosystème pris en compte sur le parcours avec des arbres et arbustes)… Mais, le label rouge aussi soit de la viande de qualité! D’ailleurs, le taux de mortalité diminue de la même façon, mais il est tout de même le double en élevage bio par rapport au conventionnel (et plus que le Label Rouge).
Ensuite, l’argument de la nourriture de mauvaise qualité en élevage conventionnel est faux, vu que les normes imposent une nourriture de qualité au plus près de leurs besoins. Tandis que le bio interdit certains additifs de synthèse (acides aminés), on pourrait ainsi dire que leurs besoins ne sont pas totalement couverts…Idem pour les parcours des poulets et poules en plein air qui ne servent pas à grand chose car ils vont rester proches du bâtiment et un stress environnemental peut déclencher une maladie. Enfin, q
uelque soit le système choisi ce sont des animaux immatures qui sont abattus pour des questions de rentabilité (ratio aliments/gain de poids). C’est donc un problème intrinsèque à la nature de l’élevage moderne.

11) C’est mieux pour le goût et le plaisir de manger de la viande :

Faux. C’est une question subjective et en plus ce n’est pas prouvé, les recherches en sciences des aliments œuvrent en permanence pour améliorer la qualité des produits agroalimentaires. Ce n’est pas fondé et c’est un appel à l’hédonisme. En plus, il existe aussi l’hédonisme utilitariste qui recommande d’avoir du plaisir et d’éviter la douleur comme guide de tout notre comportement, cela implique de ne pas faire souffrir autour de nous. Des comportements qui peuvent nous apporter du plaisir ne sont pas forcément moralement justifiés. C’est parce qu’on a cette conscience de la souffrance animale que nous avons ou nous pouvons inventer les moyens de s’en passer et faire cesser l’exploitation animale comme jadis l’exploitation des humains perçus comme différents.

12) On peut revenir à de la consommation familiale avec un poulailler dans son jardin :

Faux. Si l’espérance de vie peut-être respectée dans ce cas et qu’on puisse manger des œufs de façon plus raisonnable, il reste des interrogations. Dans quels conditions les animaux vont être abattus? Les pratiques d’autrefois n’ont pas montré de grandes attentions pour le bien-être animal (décapitation, égorgement qui peut rater, pas d’étourdissement), ça reste d’une rare violence…

Biologie de l’évolution/ Anthropologie

13) Les élevages existent depuis que l’humain existe il y a 10000 ans et même avant il a toujours consommé de la viande (chasseurs cueilleurs)

Vrai/Faux. Sophisme de l’appel à la nature. Ce n’est pas parce que ça existe depuis toujours que cela ne peut pas changer. Les conditions de vie et d’alimentation de l’époque (et pendant 10 siècles) répondaient à ce besoin. C’est le cas par exemple  aujourd’hui des populations dans les pays en développement (1 milliards de personnes selon la FAO) mangent de la viande pour pallier le déficit en cultures agricoles. Aujourd’hui notre nourriture est tellement diversifiée (dans notre cas en pays industrialisé) qu’on peut s’en passer (cf Nutrition).

14) Il y a des prédateurs dans la nature, les animaux se mangent entre eux sans s’en soucier et nous sommes aussi des prédateurs

Faux. Encore un appel à la nature!  D’une part dans une chaîne ou un réseau trophique, nous ne sommes pas vraiment au sommet. D’autre part parce qu’il y en a pas (macrofaune et microfaune du sol qui décomposent, micro-organismes), et aussi parce que des animaux sont aussi capables de nous manger! Ils le font quand ils le peuvent, mais dans nos sociétés développées c’est devenu rare (mais c’est encore le cas en Afrique) c’est tout. De plus, c’est parce que nous humains avons une conscience et une éthique qu’on peut arrêter de le faire, que des animaux le fassent n’est pas un argument (sophisme de la solution immédiate). Il serait par contre moralement acceptable de consommer des animaux morts naturellement ou à la fin de leur espérance de vie réelle (et au moyen des nouvelles technologies de transformation adéquat pour la qualité alimentaire) dans cette perspective.

15) S’il était inutile de manger de la viande, la sélection naturelle aurait éliminé ce caractère non adaptatif à l’environnement depuis longtemps

Faux. C’est presque de la sociobiologie une pseudoscience établie via une vision partielle et fausse de la théorie de l’Evolution! D’une part l’évolution ce n’est pas que la sélection naturelle, c’est aussi la dérive génétique, la sélection sexuelle et les exaptations (caractère sélectionné pour un raison et utilisé pour une autre) etc…C’est également à cause de tous ces procédés évolutifs complexes que la notion d’espèce fait débat, c’est une convention humaine pour étudier notre environnement sans représenter TOUTE la réalité. Une espèce n’est pas non plus à son optimum évolutif dans un environnement fluctuant, la balance avantages/inconvénients de la consommation de viande a pu être positive par le passé quand les besoins énergétiques, protéiques etc étaient difficilement couverts. Aujourd’hui encore une fois avec toute notre nourriture diversifiée, il se pourrait que ce soit négatif et donc non justifié, à confirmer dans cette discipline ?

16) La viande dans cette perspective a été un facteur d’évolution pour augmenter le volume de notre cerveau, l’Homo sapiens sapiens existe grâce à elle :

Vrai/Faux. D’une part l’évolution simultanée n’est nullement preuve de cause à effet. Il se peut que ce soit une corrélation (augmentation du taille de cerveau en même temps que la consommation de viande) sans causalités. D’autre part, les recherches s’accordent à dire que c’est multifactoriel (régression musculaire et augmentation parallèle du volume crânien, cuisson des aliments, recherche nourriture, organisation sociale, agriculture et glucides). Il semble de plus en plus que ce soit d’ailleurs les glucides (arrivée de l’agriculture) couplé à la cuisson des aliments (le feu) qui sont les principaux facteurs de cette augmentation. En fin de compte, la viande a bien pu participé, mais rien ne dit que sans elle, l’humain n’aurait pas connu la même évolution.   Ces arguments paléontologiques, évolutifs et anthropologiques invalident au passage les régimes crudivores et paléo (à la mode chez les pseudo-nutritionnistes du net).

Culture, économie, traditions

17) C’est une atteinte à notre culture (les produits animaux sont solidement ancrés ainsi que la gastronomie) à nos terroirs et à nos traditions :

Vrai/Faux. C’est un sophisme de l’appel à la tradition. D’une part, il y a des possibilités biotechnologiques de produire du lait végan pour pouvoir continuer à produire nos fromages locaux de la même façon. D’autre part, ces évolutions détruisent mais créent aussi : les personnes finiront par s’habituer à ces nouveaux aliments, y prendront goût (celui-ci n’est pas inné et la dimension éducative est très importante dans celui-ci). Il y aura de nouvelles pratiques, de nouvelles entreprises, de nouveaux emplois et de nouvelles habitudes. On peut aussi inventer une nouvelle gastronomie! Il y a des grands chefs végétariens et végans. L’économie et les traditions culturelles ne sont pas des arguments logiques et fondés car ils peuvent changer. Ensuite, il est vrai que sociologiquement ce sont des évolutions très longues.

18) Cela va éliminer les éleveurs et renforcer l’industrialisation de notre alimentation

Vrai/Faux. Je partage cet avis, mais il s’agit de politique de  » projet de société », alors oui c’est essentiel quand on réfléchit de façon collective. Mais ce n’est pas non plus logique et fondé rationnellement (le but de cet article). Enfin, on justifiait aussi l’esclavage pour les nécessités économiques, de traditions et de rentes  (Voltaire). De la même façon, le refus du droit des vote des femmes a été justifié pour des raisons politiques (conservatrices, trop religieuses et alliées de la monarchie ou plus « simplement » inaptes à comprendre la politique). Les intérêts particuliers ne représentent pas toujours l’intérêt général, c’est à dire les libertés fondamentales et l’immoralité de la souffrance animale. Enfin, on peut imaginer les conditions pour qu’ils ne perdent pas leurs métiers (voir Écologie).

Écologie et environnement (on le trouve dans les deux parties)

19) L’élevage produit une grande partie des Gaz à effet de serre 

Vrai/Faux. Il y a beaucoup d’idées reçues sur ce sujet.

-On parle d’abord de la perte de « matière » entre les fourrages consommés et le kilogramme de chair produite. En fait, cela dépend beaucoup du type d’élevage (poissons d’élevage, porcs, poulets ont un beau taux de conversion kg fourrages pour kg produit, ce sont les bovins qui ont un mauvais taux), du système de production (intensif et extensif), des bonnes pratiques…

-L’alimentation animale en France est à majorité de l’herbe avec des compléments (8% de mais, 0,1% de soja soit rien). Un système intensif peut optimiser ses GES grâce à la méthanisation (15%) tout en produisant de l’énergie verte, tandis qu’un élevage herbager s’il est trop chargé (UGB) peut avoir des effets délétères. Mais dans le cas contraire les effets sont positifs grâce aux prairies (8 millions d’hectares!) naturelles, permanentes et temporaires. Elles procurent : biodiversité, drainage, limitation de l’érosion, recyclage des nutriments, précédents de culture sans engrais et habitats divers et variés grâce aux haies et bocages qui sont importants pour nos paysages.  Cela est utile dans une perspective d’agro-écologie et de durabilité de toute l’agriculture. Les GES peuvent être ainsi compensés par le stockage de carbone.

-Il est montré également que la baisse des engrais organiques appauvrit la fertilité des sols, s’en passer serait ainsi mauvais pour une agriculture durable. Les dernières données vont dans le sens d’un stockage de carbone largement sous-estimé. Cela dépend bien d’où on se trouve car les élevages n’ont pas les mêmes conséquences suivant le contexte environnemental original. Les projets européens NitroEurope et Animal Change montrent que les prairies stockent autant de carbone que les forêts européennes et peuvent compenser 30 à 80% des émissions GES de leurs ruminants.

-Ainsi, le chiffre de la FAO ne prend pas en compte ces compensations à une échelle plus globale (l’élevage compte alors pour 14,5 % des GES dans le monde et 8% en France). En analyse en cycle de vie, on trouve plutot 5% (GIEC).

20) L’élevage a un impact sur la biodiversité alors qu’on peut avoir des écosystèmes naturels :

Vrai/Faux. Il est vrai qu’avec l’augmentation de la population, 50% des terres risquent d’être utilisées pour répondre à la demande en viande (le double est prévu pour une population de 10 milliards d’humains). La consommation de viande serait ainsi la troisième cause de perte de la biodiversité. Sauf qu’on parle ici des habitats « naturels » et qu’on raisonne de façon homogène. Ce raisonnement aborde la question au niveau mondial en se limitant à la disparition des habitats, mais se valent-ils tous? Quel rapport entre nos forêts et l’Amazonie? Les savanes et les marécages? Les forêts de Chine ou d’Indonésie? La question de la perte de biodiversité est un sujet en discussion scientifique et on manque énormément de données pour se faire une idée, elle a plusieurs échelles (du gène à l’écosystème). Il semble incongrue de comparer entre les pays alors que ce ne sont pas les mêmes biodiversités.  Comment quantifier les pertes? Et quantifie t-on les espèces apparues ou les nouveaux écosystèmes grâce à des paysages entretenus? Les services écosystèmiques ont autant de bénéfices que de risques et il convient de les évaluer Cette question se confronte donc aux questions et aux déficits de la science écologique actuelle et l’agronomie comme on a vu précédemment a besoin d’engrais organiques.

-L’illustration de cette hétérogéinité suivant le climat, le sol, la biodiversité originale s’illustre par le fait que dans les zones pastorales subtropicales et semi-arides n peut compenser également les émissions de GES. Idem en Amérique du Nord. Par ailleurs, les écosystèmes naturels sont attrayants d’un point de vue romantique, mais dans la réalité ils sont aussi nuisibles. Ainsi,  les prairies évoluent en friches puis en forêt ou en zones humides et zones marécageuses émettant du méthane, sans fixation de carbone. Et les zones humides en plus d’apporter des nuisances (moustiques, hébergement de pathogènes) ne contribuent plus à la production alimentaire, dans certaines zones du monde ceci est problématique.

-Les haies et les bocages sont essentiels pour la régulation des cycles naturels (azote, carbone, eau) et héberger la biodiversité pour les auxiliaires de cultures et ainsi baisser la pression des ravageurs. Leur présence est même plus significative sur la biodiversité que le système de production (bio ou non-bio).

-Le projet GENOSOL de l’INRA a montré que les sols prairiaux et forestiers sont bien plus riches en biodiversité, moins sensibles à l’érosion, plus riches en biomasse que les sols des cultures. Les solutions d’intensification écologiques sont possibles et il ne faut pas les balayer. Les recherches préconisent par exemple de privilégier les monogastriques (poulets, porcs) aux bovins pour les émissions de GES et le meilleur taux de conversion global afin de répondre à la demande mondiale sans aggraver la crise environnementale. Il en résulte un changement de mode d’alimentation dans tous les cas.

En résumé, bien plus qu’une réalité moins romantique, c’est aussi une vision un peu trop réductrice qui sous-estime la « nature ordinaire » pour le citoyen. Celle-ci est anthropisée. Remplacer ces espaces par des forêts (qui ont certes un bon taux de carbone stocké en croissance) n’est pas forcément très apprécié car la « nature sauvage » n’est pas vue comme utile (sans compter l’effet d’aubaine et l’urbanisation). De même pour des zones humides (marécages) qui remplaceraient les prairies alors qu’elles sont aussi sources de dangers (moustiques, pathogènes, bêtes sauvages…). La nature du citoyen est plutôt récréative (et ça ne se limite pas à des balades en forêt surtout que la majorité sont privées et peu entretenues). Dans ce cas, la prise en compte de nos besoins (ici la nature modifiée à notre guise) et notre bien-être (au même titre que les animaux) est un bon argument pour maintenir une forme d’élevage dans un respect et une bienveillance mutuelle (sans consommation par exemple, ou bien avec consommation au bout de l’espérance de vie des animaux pour atteindre un équilibre).

21) De même pour l’eau, ce sont des coûts écologiques

On entend souvent le chiffre de 15000 L d’eau consommé par kg pour les bovins (et 1000 L pour le lait repris dans le film Cowspiracy) c’est un hoax repris par les médias sans aucun recul critique : ce chiffre non standardisé prend en compte le cycle naturel de l’eau (eau de pluie) qui retourne aux prairies.  L’institut de l’élevage travaille au niveau mondial à le standardiser mais on est plutôt aux alentours des 550 L d’eau par kg de boeuf produit et 200 L pour une vache en lactation… Un calcul simple aurait révélé l’absurdité : multipliez 150000 L par la consommation totale de viande rouge des français et comparez à l’eau totale consommée en France (toutes activités), convertissez les unités en m3: vous obtenez un chiffre 10 fois supérieur rien que pour la production de viande!  Ce chiffre se basait peut être sur un pays en particulier, mais il est absurde de généraliser au monde entier.

22) Les élevages et ses effluents ont un impact sur la qualité de l’eau et les zones humides (eutrophisation, nitrates,algues vertes)

Faux. Partiellement vrai. D’une part, la règlementation avec la directive nitrate a obligé à pas mal de changements pour gérer ces effluents (et ça concerne surtout le lisier des élevages de porcs intensifs principalement en Bretagne). D’autre part, contrairement aux idées reçues, l’eutrophisation est principalement déclenché par le phosphore. Or celui-là est majoritairement d’activité humaine non agricole (50%), les nitrates intervenant pour 25%. Depuis lors, les stations d’épuration éliminent le phosphore et purifient l’eau de manière plus efficace. Beaucoup de progrès ont été ainsi faits. Quant aux nitrates, la norme est totalement obsolète car elle se base sur une étude peu rigoureuse de 1958, leur nocivité a été en fait remise en cause plusieurs fois depuis. On parle sérieusement depuis 2011 des vertus et bénéfices santé des nitrates pour notre développement. De même, les nitrates auraient ralenti l’eutrophisation en favorisant les cyanobactéries.

23) Le soja fait déforester l’Amazonie :

Faux. Cet argument est plutôt en faveur du véganisme. En effet, dans le monde la majorité du soja est consommé par les animaux, seulement 4% est mangé par les êtres humains (il serait donc facile de l’inverser  sachant que le rendement du soja est environ 30 fois plus élevé par hectare qu’un bœuf en pâturage)

24) L’élevage utilise 2/3 des sols arables du monde, autant qui ne sont pas utilisés pour l’alimentation humaine et nourrir la planète

Vrai/faux. Sur le chiffre brut c’est exact. On peut revenir aux arguments sur prairies qui ne sont pas mauvais quand la balance est équilibrée (et surtout certains articles omettent totalement la biodiversité qui est plus importante qu’en forêt même pour un taux de carbone stocké inférieur!). Pour les fourrages : une minorité de protéines pourraient être utilisées pour la consommation humaine, mais une majorité 70% ne sont pas digestibles pour l’être humain et le taux de conversion est très bon (0,8 à 1 voire plus dans des bons systèmes herbagers!). Ensuite, l’allocation de changements de sol a un effet sur le climat : le retournement des prairies va provoquer des émissions importantes de GES sans compter les autres pertes. De plus, cette répartition résulte de l’observation et du savoir des agriculteurs et éleveurs : ils savent qu’ils ne sont pas bons pour leur cultures. Les cultures fourragères ne sont pas très exigeantes et des sols pauvres conviennent, mais c’est insuffisant pour le blé de l’alimentation humaine .

Toutefois, on peut faire le choix d’avoir des forêts à la place (stockage carbone important) avec les conséquences sur les abeilles sauvages (flore sauvage) et les effets sur l’agriculture… Nos paysages ont aussi une valeur environnementale et ils sont récréatifs (pastoralisme, promenades en Montagne, espèces spécifiques, cours d’eau, vie des campagnes), ce sont donc aussi nos propres besoins et désirs qui résultent de cet entretien par l’élevage. Quant à l’impact du régime végétarien sur la planète, il ne comporte pas de différences avec le régime carniste (notamment parce qu’on doit manger plus). C’est donc indirectement faire souffrir les animaux liés à l’agriculture. L’environnement contrebalance donc vraiment les autres arguments et mérite d’être mis dans la balance (en les maintenant sans consommation à nouveau par exemple), le temps au moins de résoudre la crise climatique car celle-ci va affecter tous les êtres vivants sur terre. Ce serait donc moralement acceptable de garder une forme d’élevage bienveillant.

Politique, éthique et droit

N’étant pas spécialiste, cette blogueuse résume bien les problématiques des excuses politiques ou juridiques (notamment la confusion entre sujets de droits et agents de droit). La vision du logos a vécu par son exclusion des personnes handicapés, des malades mentaux et les personnes âgées dépendantes. Cela nécessite de sortir d’une vision contractualiste (on accorde des droits à des individus qui partagent les mêmes caractéristiques notamment raison, parole, jugement pour faire société) pour aller vers une vision plus utilitariste. Et pourquoi pas une nouvelle forme de contrat incluant les animaux qui fut utile pour l’émancipation des humains?

CONCLUSION :

On attend toujours les arguments fondés pour continuer à consommer des produits animaux. Vous l’avez compris : il y en a pas! Maintenant vous pouvez vivre en connaissance de cause et assumez votre dissonance cognitive (comme moi finalement et je le vis bien) jusqu’à que cette connaissance commence à vous déranger sérieusement. Peut être qu’un jour vous serez végétarien et même végétalien (on reviendra sur les autres revendications discutables des végans en dehors de l’alimentation), tout commence par le doute et la remise en cause de ses propres croyances.

govegan

Malgré cela, la plupart des éthiciens du droit des animaux continuent à manger de la viande, ce qui prouve que la dissonance cognitive peut être très puissante même chez les personnes bien informées et qui réfléchissent sur le sujet. Cette hypocrisie morale malheureusement a lieu sur tous les sujets et les rationalistes, sceptiques s’y confrontent en permanence. Notre cerveau est programmé ainsi et nous pouvons lutter contre.

En résumé, ces choix alimentaires carnistes n’ont pas de raisons logiques et fondées. Nos choix alimentaires deviennent éthiques dans cette perspective. La question est : se valent-ils tous (relativisme)? Faut-il continuer à en manger en sachant tout cela? Une morale qui découlerait de tout ça semble évidente : il est immoral de manger de la viande au vu de l’exploitation et de la souffrance animale (on ne fait pas le bien autour de nous). Cependant, la réalisation effective va se confronter à des choix de consommation, de l’économie , des emplois et de la vie rurale, du contexte géographique, des traditions culturelles et gastronomiques, à du plaisir égoïste etc… 

De plus, sauf à prôner une alimentation exclusivement synthétique (mais possible théoriquement pour les produits animaux), l’agriculture a un impact en soi sur les espèces sentientes sauvages, les abeilles, les insectes (via l’agriculture intensive)… Et si on parle du besoin des animaux, on ne doit pas oublier les nôtres (se nourrir, se vêtir, se déplacer, se loger, se chauffer, s’amuser etc…)!  Le fait même de vivre  implique aussi de la souffrance animale et ceci est non-intentionnel (contrairement au système organisé et rationalisé de l’industrie de l’élevage). Cependant, un nouveau contrat incluant les humains et non-humains nécessite de  chercher le juste équilibre entre nos besoins et celui des autres espèces sentientes dans nos choix alimentaires (ce qui implique aussi de réduire les impacts environnementaux de l’agriculture intensive, l’élevage en règle une petite partie seulement).

On ne peut donc plus se cacher derrière des choix personnels sauf à assumer notre éthique et ignorer cette souffrance animale.Et si cela peut aboutir  à encore plus de bien être animal (par la recherche et les normes plus strictes) jusqu’à ce qu’on puisse s’en passer totalement, alors c’est une bonne cause.

Voilà pourquoi les Veggies ont raison sur le fond et sur tous les plans.

NB : commentaires, arguments oubliés, sources complémentaires et précisions seront très utiles ;).

 

 

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